10/06/2012

Politique étrangère:pas à la roulette

Politique étrangère : pas à la roulette

 

Nous allons voter sur l’initiative de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN). Elle entend que le peuple et les cantons votent obligatoirement sur tous les accords de politique étrangère importants. Certes, le Parlement devrait, chaque fois, estimer l’importance. Le texte de l’Initiative est donc vague mais la pression sera évidemment forte. Même en ne poussant pas au maximum l’interprétation nul doute que l’on votera beaucoup plus sur de tels accords. Chaque année ou presque y verra son lot. Et, chaque fois, la double majorité du peuple et des cantons serait requise pour une ratification.

Une première objection jaillit. Trop de démocratie directe nuirait à la démocratie directe. Ce système qui fait la singularité de la Suisse demande une grande motivation des citoyens. Franchement, l’effort doit porter sur l’information des citoyens, sur la qualité des débats et non sur une surcharge de l’autoroute civique déjà bien saturée.

Mais, à supposer que l’envie d’une augmentation des droits populaires vous démange pourquoi, alors, ne pas les élargir pour tous les domaines d’engagement de l’Etat ; social, financier, universitaire etc.. La raison est simple. C’est la politique étrangère que l’ASIN veut combattre pour ne pas dire paralyser. Ce sont particulièrement les Accords nous liant à l’Union européenne qui sont dans leur collimateur. L’obsession, qui est aussi celle de l’UDC, est la protection de notre soit disant souveraineté contre ce Conseil fédéral, ces partis ces médias qui ne rêveraient qu’à nous inféoder à une UE dont le spectacle serait pourtant affligeant ; contrastant avec la bonne santé d’une Suisse sautillant allègrement hors de ce bourbier.

Il n’y a aucune lucidité dans cette position. Certes, après le refus de l’EEE, en 1992, Berne a remarquablement négocié des Accords bilatéraux. Elle n’en a pas moins dû reprendre nombre d’acquis communautaires qui avaient été décidé sans qu’elle ait eu droit au chapitre dans leur élaboration. Et tous les indices semblent montrer que ce sera toujours plus le cas. Sans doute la Suisse se porte-t-elle dix fois mieux que des pays membres de l’Union : l’Espagne, l’Italie ou la France. Mais cela tient assurément à ses caractéristiques internes. Au sein de l’UE, quelle ressemblance y a-t-il entre l’Allemagne, voire l’Autiche ou la Suède et la Grèce, l’Espagne ou l’Italie.

La réalité est que la nature de nos relations, vitales, avec l’UE est une question bel et bien posée. Nous n’y échapperons pas. Il est de plus en plus indispensable que le Conseil fédéral, --si possible collégialement moins un (suivez le regard…)---soutenu par une majorité parlementaire développe une vision, une stratégie, une pédagogie à usage interne afin d’imprimer à notre politique un mouvement identifiable, reconnaissable. Le pragmatisme dans la manœuvre a du bon. Il ne saurait tenir lieu, à long terme, de vision et de stratégie. Or, l’Initiative de l’ASIN, si elle s’imposait, serait une condamnation à une politique du coup par coup, à un jeu de roulette donnant un poids énorme aux petits cantons lors des votes. Il est évident que la défense en continu de nos intérêts en pâtirait, que notre crédibilité internationale en subirait les conséquences et que notre soit disant souveraineté serait vidée de substance en proportion de sa proclamation populiste.

Ah, vraiment, cette Initiative de l’ASIN serait mauvaise pour le pays. Mais on peut avoir confiance dans la sagesse du peuple et des cantons interpellés sur une telle question de principe. Ils écarteront la tentation.   

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