25/04/2012

France: la fébrilité monarchique

Etonnante France. Attachante France. Inquiétante France. Quel autre pays verrait le succès populaire, relatif mais néanmoins spectaculaire, d'un Mélenchon puisant son lyrisme dans la nostalgie de la Révolution française ? Où verrait-on autant de gens croire à la mise en coupe étatique réglée de toute l'économique, particulièrement de la Finance, sans la moindre considération pour le cadre européen dans lequel s'insère la France ? Quant à Marine Le Pen, elle dirige un mouvement analogue à d'autres mouvements d'extrême droite dans plusieurs pays de l'Union européenne. Mais quand même : qui peut vraiment croire à la possible réalisation d'un tel programme étroitement nationaliste ? Et pourtant...

En fait il y a un décalage énorme entre les discours des candidats et les marges de manœuvre, d'influence sur les situations. Certes, la Grèce paye ses errements et la longue déliquescence de son Etat. Certes, tous les Etats qui ont gonflé et augmenté les dépenses sans imaginer la crise économique doivent serrer la ceinture en surmontant les tensions sociales en découlant. Quant au retour de la croissance, les Etats peuvent sans doute y contribuer ici et là mais pas de façon déterminante ; tant elle dépend de facteurs multiples et supranationaux.

Dès lors, la compétition présidentielle française a quelque chose d'une stabulation libre en apesanteur. Nous caricaturons bien sûr. Mais ce qu'un François Hollande reproche habilement à Nicolas Sarkozy, à savoir les promesses non tenues et les difficultés actuelles, tient précisément à ceci : le Président a fait croire qu'il pouvait presque totalement infléchir le cours des choses, de par sa volonté, son pouvoir. <Je veux, je ferai...>.Il n'en reste pas moins qu'il serait assurément le mieux placé pour assurer une continuité des efforts, des adaptations, des réformes nécessaires.  Mais son adversaire, jouant ce jeu en trompe l'œil de la personnalisation, ne cesse de parler des échecs du Président en oubliant tout ce qui pourrait être retenu à son actif. Et lui se présente en homme nouveau, qui dit ce qu'il fera et fera ce qu'il dit. Exactement les mots de Nicolas Sarkozy en 2007. Or, on n'imagine guère qu'il puisse obliger ses partenaires européens à réviser les traités, ni que ses recettes à lui puissent résorber un chômage évidemment lié à des paramètres européens, internationaux et à la capacité concurrentielle, ou non, de l'économie française.

On peut bien prétendre à une plus grande justice, cela ne donne pas la clé de la réussite. Les gouvernements et les majorités socialistes n'ont jamais pu redresser un pays qu'en revenant beaucoup sur leurs engagements électoraux imprudents . Ceux qu'ils ont tenus ont souvent été des boulets et des rigidités payés chers. Exemple français : les 35 heures, la retraite à 60 ans, même corrigée par le nombre d'annuités de cotisations requis, et le poids excessif de la fonction publique que François Hollande va encore augmenter.

Mais, au fond, pourquoi même parler de tout cela ? Même si les deux candidats auront dû confronter leurs programmes respectifs et s'affronter dans un débat-duel, les téléspectateurs, les commentateurs n'auront eu qu'un propos : qui a gagné, qui a perdu ce duel ? En somme, c'est l'attrait exercé par un homme, la confiance ou la défiance qu'il inspire en tant que personne, la sympathie ou le rejet qu'il suscite qui auront été déterminants. On veut mettre un roi sur le pavois mais aussi l'en éjecter si l'humeur vous en prend. Au moins, la chute de Bonaparte ne sera pas St.Hélène et le vainqueur ne sera pas un Robespierre précipitant le roi déchu ou le prétendant écarté vers la guillotine. Mais la fébrilité monarchique est bien là. De Gaulle,  en somme, a créé un régime plébiscitaire tempéré de mœurs démocratiques qui convient finalement bien aux Français.

C'est vraiment tout le contraire de la Suisse qui a tellement horreur des plébiscites et dont toute la démocratie directe assure le contrôle des élus par le peuple, pas à pas, sujet après sujet. D'ailleurs, à l'échelon de nos exécutifs comme à celui de nos Parlements, il n'y a pas de majorité s'imposant totalement durant toute une législature.

Le jeu politique existe, bien sûr, mais le peuple reste l'arbitre de tout temps, au fil des sujets débattus et au gré de son humeur. Parfois, ce système enviable, où les affrontements ne peuvent tuer la nécessité d'une concordance suffisante, manque de souffle, de cohérence et de vision. Toutefois, en y regardant bien, quelle chance et quelle réussite institutionnelle à ne pas gâcher. Le combat français des chefs aux lendemains qui déchantent nous captive ; heureusement nous lui échappons.

 

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