18/04/2012

Des directeurs qui lâchent leurs fidèles

Banques : des directeurs qui lâchent leurs fidèles

 

Une information concernant les banques suisses et les Etats Unis a passé inaperçue tant le sentiment qui prévaut est celui de la faiblesse suisse face aux menaces américaines ; faiblesse qui contraste péniblement avec les propos musclés tenus encore il y a peu d’années. On apprend, en effet, que le Conseil fédéral, --évidemment à la demande des grandes banques--, autorise ces dernières à livrer les noms de collaborateurs qui se sont occupés de clients dans le collimateur du fisc américain. Oh, c’est un peu moins simple, il est vrai. Ces noms de collaborateurs ne pourront être donnés que par l’autorité de surveillance helvétique et dans le cadre de l’Accord global qui devrait mettre fin au différent fiscal avec les Etats Unis. Berne espère ainsi régler le cas pendant du Crédit suisse et de dix autres banques qui, écrit l’ATS, sont dans le viseur du fisc américain. Quant aux noms des clients américains, ils ne devraient pas être livrés un par un mais seulement imbriqués dans des informations groupées dites cryptées, c'est-à-dire non nominales.  Mais on sait que les indications déjà transmises ont  permis au fisc américain de resserrer inexorablement la traque de ses évadés fiscaux. Beaucoup ont d’ailleurs préféré se dénoncer, non sans donner parfois les noms de leurs gérants suisses, quitte à les accuser des les avoir incité à l’évasion fiscale dont ils n’auraient pas eu l’idée tous seuls. C’est ainsi que des noms, par exemple de collaborateurs du Crédit suisse sont déjà sortis dans la presse ; noms de personnes qui ont évidemment avantage à ne plus mettre un bout de pied aux Etats Unis

 

Mais ici, c’est plus grave. Afin de permettre un Accord les sortant d’embarras,--moyennant une grosse somme à verser bien sûr--, des directions de banques, telle celle du Crédit suisse, ont obtenu que les noms de leurs collaborateurs-gérants soient officiellement communiqués. Certes, ces derniers doivent être informés préalablement et ils auront un droit de recours au Tribunal fédéral administratif.  Mais ne jouons pas sur les mots : pour ces collaborateurs, le principe du lâchage est acquis, sur l’autel d’un intérêt dit général.

De cet intérêt général, parlons-en. On peut vraiment estimer que les banques et le Conseil fédéral, suivi par un Parlement résigné, ont trop cédé aux Etats Unis. Ce pays aurait-il vraiment un intérêt à mettre ses menaces à exécution, à interdire les banques suisses, par leurs filiales, de toute activité aux Etats Unis, à exercer des représailles à travers les visas et autres mesures contre l’ensemble des citoyens helvétiques ? On peut en douter.  N’aurait-il pas suffi, moyennant une ferme résistance à la pression, d’ accepter un Accord faisant payer aux banques concernées une grosse somme pour solde de l’arriéré, étant entendu que  les banques suisses, ici et aux Etats Unis, n’accepteraient désormais que de l’argent américain leur étant formellement annoncé par le client comme étant dûment déclaré ? On aurait pu y ajouter, sur les avoirs déposés non déclarés, un prélèvement lourd à la source avec restitution globale au fisc américain ; comme cela s’est négocié avec déjà trois pays de l’Union européenne.  Peut être n’est-ce pas réaliste. Mais en tout état de cause,  jamais n’auraient dû, ne devraient être transmises des données valant quasiment dénonciation de clients ayant fait confiance à leurs banques et à la Suisse.

Cela étant déjà dit, il est proprement scandaleux, indigne, humainement cynique et d’une hypocrisie sidérante que des directions de banque lâchent leurs collaborateurs qui, le plus souvent, n’ont agi que dans le sens indiqué, explicitement ou implicitement, par ces mêmes directions. Je suis leur chef par beau temps. Je les ignore dans la tempête. Les intéressés ont de quoi être écoeurés.  En fait, les dits collaborateurs devraient se concerter au lieu d’attendre chacun la trahison, et faire savoir ensemble qu’ils iront jusqu’au Tribunal administratif fédéral le cas échéant : en disant qu’ils ont simplement agi, pour la plupart, conformément à la stratégie de leurs employeurs.

Nous souhaitons très vivement qu’un Accord avec les USA libère des banques si importantes à notre économie et la place financière suisse en général de cette crise pénible qui est aussi une crise entre Etats. Mais cela ne saurait se faire en abandonnant sans scrupules des fidèles sur la route.

 

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Commentaires

C'est plus complexe M. Eggly. Certains boss ont clairement envoyé au feu des collaborateurs et s'en lavent les mains aujourd'hui. Dans d'autre cas, des collaborateurs ont "oublié" les consignes, voire même sciemment violé les règles de compliance mises en place depuis plusieurs années avec les Etats-Unis. L'UBS en particulier se vantait il y a déjà dix ans de ne plus avoir besoin d'argent non déclaré, on a su ce qu'il en était, mais de nombreuses banques ont joué le jeu honnêtement.
Les clients étasuniens étaient eux-mêmes prévenus depuis des années. Dans les banques sérieuses, et ils ont eu amplement le temps de se retourner. Certains ont fait le nécessaire pour se régulariser proprement, ou récupérer leurs billes en liquide, d'autres ont préféré jouer la montre, suscitant un impressionnant ballet de gestionnaires, affolés par l'odeur de l'argent sale et cherchant par tous les moyens à les abriter quelque part en douce, moyennant finance bien sûr.
C'est cette ère là qui est terminée, et bien évidemment, il y a du sang sur les murs.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/04/2012

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