06/04/2012

Seul Dieu voit tout de nous

Seul Dieu voit tout de nous

 

Parler de Sartre en ces jours de Pâques même si le pape de l’existentialisme était athée. En fait c’est de l’avoir entendu dans un vieil enregistrement repassé sur <France culture> qui en a donné l’idée. C’était dans le cadre d’un entretien entre la journaliste Laure Adler et cette personnalité étonnante qu’est Georges Steiner. Il était question du langage et de la perception des uns par les autres à travers les mots. On y disait combien la manière d’être et d’agir des Anglo-saxons et des Français, par exemple, était différente, en partie déterminée par leur langue qui conduisait leur manière de penser. Mais c’est surtout l’irruption dans l’émission de la voix de Sartre qui frappait.

Que disait-il ? En substance, il rêvait d’une communication totale entre les êtres humains. De même que chaque personne devant une autre expose, en quelque sorte, la vérité de son corps, de même faudrait-il que chacun lise toute l’âme de l’autre à travers le corps ainsi offert au regard. En somme, une vraie communication entre les hommes exigerait de chacun une authenticité absolue, sans réserve, une transparence totale de la pensée et de l’émotion au travers de mots vrais.  Je te vois comme tu me vois et donc je te connais comme tu me connais.

Eh bien, cette vue des choses suscite à la fois le sourire et l’inquiétude. Le sourire devant une dialectique aussi abstraite qui ne prend pas en compte la réalité subtile, contradictoire, inconsciente aussi bien que consciente de chaque personne humaine. Certes, de Socrate à Sartre en passant par bien d’autres l’idée de se connaître soi même résonne comme une belle exigence philosophique, morale. Mais qui peut prétendre se connaitre absolument ? Qui peut affirmer ne pas être en partie dupe de lui-même, de ses mots et de ses pensées avouées qui en masquent d’autres, inavouées ?  Dans le face à face de chacun avec l’autre quelle est la part de l’authenticité ou du rôle que l’on joue, parfois à son insu.

Sans doute faut-il retenir dans l’aspiration de Sartre son exigence quant à la liberté de chacun qui doit éliminer la tricherie, le convenu, le conformisme et les positions acquises. C’est bien pourquoi le philosophe vieillissant a cru baigner dans un bain de jouvence dans l’effervescence de mai 68. Il y avait quelque chose d’un peu pathétique à le voir se mêler aux ouvrier de Renault Billancourt, lui si imbriqué dans un certain élitisme contestataire parisien. Mais l’exigence de vérité est bien là ; celle que chacun devrait avoir vis-à-vis de lui-même et des autres. Oui, dans le contexte historique et dans le fil des pensées philosophiques on peut retenir cela : une liberté pour une vérité de l’être et des êtres.

Mais c’est ici que commence l’inquiétude. Postuler la transparence absolue de chacun sous le regard de l’autre c’est ouvrir la porte à la négation de la sphère privée ; de cette part d’intimité quelquefois indéchiffrable à soi-même et qui a le droit d’être protégée du regard inquisiteur étranger. Il faut se souvenir que tous les régimes totalitaires ont voulu non seulement domestiquer les corps, les comportements mais dicter tous les mots et infléchir les pensées, les sentiments dans le sens proclamé par les faux prêtres d’une fausse vérité. De l’inquisition à Staline, en passant par Hitler et tant d’autres on y a voulu la transparence absolue. D’ailleurs, c’est bien le paradoxe pénible de voir un Sartre chantre de la liberté individuelle se trouver compagnon de route aveugle et sourd d’un communisme français demeuré stalinien jusqu’au bout du possible. Mais ce paradoxe n’est pas un hasard. Sans aller jusques là, que penser de cet excès de revendication d’une transparence par exemple chez les personnages publics ; revendication qui fait le beurre et l’argent du beurre de médias incitant au voyeurisme davantage qu’à la réaction morale. Evidemment, c’est toujours l’histoire du balancier. Il y a eu trop de périodes où l’hypocrisie, le conformisme trompeur ont eu droit de cité. Alors on lance l’exigence de transparence comme gage d’authenticité et de vérité. Mais, si l’on n’y prend pas garde, c’est une invitation à brutaliser l’intimité irréductible dans un étalage public.

Finalement, il y a un équilibre à trouver. Mais à la fin, chaque homme, chaque femme avec ses ombres et ses lumières, ses faces ouvertes et ses faces cachées est une Personne unique. A la fin, selon la foi chrétienne c’est pour chaque Personne singulière que s’est déroulée ce que l’on appelle la Passion et la Résurrection. C’est elle qui est peut être connue jusqu’au tréfonds, jusqu’au moindre recoin de son âme et à laquelle est peut être donnée la Parole de pardon, d’amour et de salut.  


Seul Dieu voit tout de nous

 

Parler de Sartre en ces jours de Pâques même si le pape de l’existentialisme était athée. En fait c’est de l’avoir entendu dans un vieil enregistrement repassé sur <France culture> qui en a donné l’idée. C’était dans le cadre d’un entretien entre la journaliste Laure Adler et cette personnalité étonnante qu’est Georges Steiner. Il était question du langage et de la perception des uns par les autres à travers les mots. On y disait combien la manière d’être et d’agir des Anglo-saxons et des Français, par exemple, était différente, en partie déterminée par leur langue qui conduisait leur manière de penser. Mais c’est surtout l’irruption dans l’émission de la voix de Sartre qui frappait.

Que disait-il ? En substance, il rêvait d’une communication totale entre les êtres humains. De même que chaque personne devant une autre expose, en quelque sorte, la vérité de son corps, de même faudrait-il que chacun lise toute l’âme de l’autre à travers le corps ainsi offert au regard. En somme, une vraie communication entre les hommes exigerait de chacun une authenticité absolue, sans réserve, une transparence totale de la pensée et de l’émotion au travers de mots vrais.  Je te vois comme tu me vois et donc je te connais comme tu me connais.

Eh bien, cette vue des choses suscite à la fois le sourire et l’inquiétude. Le sourire devant une dialectique aussi abstraite qui ne prend pas en compte la réalité subtile, contradictoire, inconsciente aussi bien que consciente de chaque personne humaine. Certes, de Socrate à Sartre en passant par bien d’autres l’idée de se connaître soi même résonne comme une belle exigence philosophique, morale. Mais qui peut prétendre se connaitre absolument ? Qui peut affirmer ne pas être en partie dupe de lui-même, de ses mots et de ses pensées avouées qui en masquent d’autres, inavouées ?  Dans le face à face de chacun avec l’autre quelle est la part de l’authenticité ou du rôle que l’on joue, parfois à son insu.

Sans doute faut-il retenir dans l’aspiration de Sartre son exigence quant à la liberté de chacun qui doit éliminer la tricherie, le convenu, le conformisme et les positions acquises. C’est bien pourquoi le philosophe vieillissant a cru baigner dans un bain de jouvence dans l’effervescence de mai 68. Il y avait quelque chose d’un peu pathétique à le voir se mêler aux ouvrier de Renault Billancourt, lui si imbriqué dans un certain élitisme contestataire parisien. Mais l’exigence de vérité est bien là ; celle que chacun devrait avoir vis-à-vis de lui-même et des autres. Oui, dans le contexte historique et dans le fil des pensées philosophiques on peut retenir cela : une liberté pour une vérité de l’être et des êtres.

Mais c’est ici que commence l’inquiétude. Postuler la transparence absolue de chacun sous le regard de l’autre c’est ouvrir la porte à la négation de la sphère privée ; de cette part d’intimité quelquefois indéchiffrable à soi-même et qui a le droit d’être protégée du regard inquisiteur étranger. Il faut se souvenir que tous les régimes totalitaires ont voulu non seulement domestiquer les corps, les comportements mais dicter tous les mots et infléchir les pensées, les sentiments dans le sens proclamé par les faux prêtres d’une fausse vérité. De l’inquisition à Staline, en passant par Hitler et tant d’autres on y a voulu la transparence absolue. D’ailleurs, c’est bien le paradoxe pénible de voir un Sartre chantre de la liberté individuelle se trouver compagnon de route aveugle et sourd d’un communisme français demeuré stalinien jusqu’au bout du possible. Mais ce paradoxe n’est pas un hasard. Sans aller jusques là, que penser de cet excès de revendication d’une transparence par exemple chez les personnages publics ; revendication qui fait le beurre et l’argent du beurre de médias incitant au voyeurisme davantage qu’à la réaction morale. Evidemment, c’est toujours l’histoire du balancier. Il y a eu trop de périodes où l’hypocrisie, le conformisme trompeur ont eu droit de cité. Alors on lance l’exigence de transparence comme gage d’authenticité et de vérité. Mais, si l’on n’y prend pas garde, c’est une invitation à brutaliser l’intimité irréductible dans un étalage public.

Finalement, il y a un équilibre à trouver. Mais à la fin, chaque homme, chaque femme avec ses ombres et ses lumières, ses faces ouvertes et ses faces cachées est une Personne unique. A la fin, selon la foi chrétienne c’est pour chaque Personne singulière que s’est déroulée ce que l’on appelle la Passion et la Résurrection. C’est elle qui est peut être connue jusqu’au tréfonds, jusqu’au moindre recoin de son âme et à laquelle est peut être donnée la Parole de pardon, d’amour et de salut.  

13:23 | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Seul Dieu voit tout de nous...vous oubliez que GOOGLE et la CIA aussi...Sauf si vous ne les laissez pas faire! ; )

Écrit par : Barbie Dark Side Forever | 06/04/2012

@Monsieur J.E Eggly, et Dieu dans sa grande sagesse n'imposa jamis aux humains quoique ce soit non plus,alors imitons le et admettons que personne n'a le droit d'imposer aux Suisse surtout l'agenouillement perpétuel et récurent demandé par Bruxelles
Joyeuse fêtes de Paques pour Vous Monsieur

Écrit par : lovsmeralda | 06/04/2012

Transparence, exigence ou nécessité de connaissance absolue!Voici qui évoque l'idéal hippie, partage sans limite et l'idéale nudité édenique! Celle justement dont l'Adam a eu honte! mais c'est une autre histoire. Connaître l'autre, selon ce que je retiens du Sartre évoqué ci-dessus, est le figer! Le statufier. Le réduire. Et, notez le bien, c'est le rendre objet d'un résultat... d'un monde meilleur! Comme... manger un fruit pour être "comme Dieu"? Avec pour résultat que, justement, on se voit nu! Et notez que la honte éprouvée par Adam et Eve est formulée par un verbe au réflexif! Ils eurent littéralement honte l'un de l'autre. De plus, si l'on ose considérer que la "femme" était la capacité réflexive de l'homme (et non une femelle destinée à la copulation) on verra peut-être que le fameux serpent n'en était pas un! Mais bien la faculté spéculative de l'intellect! En admettant ce postulat on ne peut que constater que l'homme a honte de lui-même! L'homme paradigmatique! En pleine action aujour'hui même!
Connaître... Quand Moïse, près du buisson ardent, demande "qui m'envoie?" il s'entend répondre "je serai celui que je serai"! Alors que les versions que je connais de la Bible traduisent: "Je suis qui je suis"! Un personnage figé dans le roc! Autre chose: nous disons j'aime la choucroute, ou mon prochain. Dans les deux cas, un complément d'OBJET direct! Mais j'ai appris qu'en hébreu on aime "vers" l'autre! Ce qui implique que l'autre sera toujours ailleurs. Mais ce sera tout. Peu, mais peut-être trouverez-vous une piste dans mes lignes. Mais, encore une bricole! Le problème, dans la Genèse, portait sur le manger! Or Jésus invite ses disciples à manger! Et à Le manger! Lui! Arbre de vie, mais aussi de connaissance car "il connaissait lui-même ce qui est en l'homme" (je cite de mémoire).

Écrit par : PHRe | 08/04/2012

Dieu voit tout de nous? Un sujet de méditation! Anick de Souzenelle, dans "La lettre chemin de vie" a traduit "le bien et le mal" de la Genèse par "accompli et inaccompli"! Ce qui ouvre des pistes! Voyez-donc! Dieu vit QUE la lumière était bonne (etc). Donc accomplie selon sa volonté, son projet. Donc il la vit CAR elle était conforme. De là nous pouvons lire "Ses yeux sont trop purs pour pour voir le mal (l'inaccompli)" par: il n'est pas en train de sans cesse mettre son nez dans nos affaires. Ce qui explique pas mal de choses! Ceci dit classer Jésus, comme monument historique (et historiquement démontré) est une erreur, "monumentale".
Ici ma pensée s'oriente vers tant de ramifications que je suis contraint de conclure. Mais avant, je rappelle une de ses paraboles. A un homme étonné de se trouver près du trône il dit : tu m'as fait du bien! Le type dit quand? Jésus dit "chaque fois que tu as fait du bien à l'en de ces petits, ou un truc de ce genre. Vous rendez-vous compte de la portée de ce texte? Il renvoie à ce que j'ai écrit ci-dessus (ou dessous). Le mec n'a pas fait du bien pour être dans le royaume ou au pieds du trône du Fils dans son règne! Il ne l'a pas fait comme le bouffeur de fruit d'arbre de connaissance! pour être comme... Pas comme tant de gens dont la bienveillante bienfaisante est humiliante. Bref, cet homme est Dieu! Rien de moins. Etre dieu... vaste programme. Dont nous nous défaussons vertueusement. Dieu est tout-puissant? Non? Alors je ne suis pas Dieu! Mais on ne se prive pas de projetter sur l'enfant un désir de toute puissance. Et ce sera tout.

Écrit par : PHRe | 08/04/2012

Les commentaires sont fermés.