15/03/2012

Les abus entrainent les réactions excesives

Les abus entrainent les réactions excesives

 

Il ne doit pas faire bon s’arrêter, ces temps, avec une voiture à plaque genevoise devant un café valaisan. Une grande majorité de Valaisans en ont sec, comme on dit familièrement. Voilà que ces citadins, dont nombre d’entre eux ont des résidences secondaires à Verbier, Crans, Zermatt et ailleurs, ont décidé que plus rien ne serait construit là et que rien ne serait construit au dessus d’une proportion de 20% dans les lieux qui cherchent à se développer. Franchement, d’ailleurs, c’est une sacrée gifle au fédéralisme. Evidemment, la distinction entre citadins extérieurs et montagnards autochtones, en Valais, par exemple, n’est plus si nette qu’elle n’était autrefois. Dans le journal le Temps, Joëlle Kuntz a écrit un excellent article, de veine à la fois sociologique et humoristique. Elle parle des Montadins. Autrement dit, s’étant approprié ces lieux de proximité avec la nature, les citadins d’ailleurs veulent les préserver de la propension des ex-montagnards à construire des villes d’altitude, saturées en saison, demi mortes en morte saison. Ainsi, ce qui aurait été impensable il y a quelques décennies s’est produit dans les urnes dimanche dernier.

La loi d’application de l’Initiative nuancera-t-elle ce que le nouveau texte constitutionnel a d’abrupt et de sommaire ? On verra. Ce coup de frein sur les résidences secondaires va-t-elle donner un coup de jeune à l’hôtellerie qui était , elle, en perte de vitesse ? C’est discuté et c’est à voir. Mais ce coup de massue politique incite à une réflexion plus large.

Non, il n’est pas bon que le fédéralisme, c'est-à-dire une autonomie de décision politique et de gestion des cantons rétrécisse comme peau de chagrin. Non, il ne faut pas que ces cantons deviennent, peu à peu de simples entités exécutantes des décisions fédérales. Oui, on comprend l’amertume et la rancœur qui parcourt notamment le Valais. Oui, un tel canton, ceux de Suisse centrale aussi, le Tessin et les Grisons ont besoin non seulement de leurs touristes de passage mais aussi de leurs hôtes habituels, certes en présence physique discontinue mais néanmoins implantés dans ces stations ; et souvent affectivement attachés. Enfin, même si les données ont changé, ces régions, ces cantons n’auront jamais les développements dans les domaines industriels et financiers que connaissent les cantons ville. Ils dépendent largement du tourisme sous ces formes diverses ; et on vient de leur dire stop.  

Seulement voilà. Il y a eu trop, beaucoup trop d’excès, d’abus. Il y a des stations qui se sont laissées défigurer, qui ont entaché le magnifique paysage alentour ; lequel est bel et bien un patrimoine national, et même européen pour ne pas dire mondial.   Manque de sens esthétique, manque de modération et de maitrise de tous les paramètres, pléthore de lits froids la majeure partie de l’année, explosion des prix inabordables pour une partie des habitants de souche qui doivent déserter pour se loger. Mixité donc biscornue des personnes alors qu’on aimerait un mélange humain harmonieux. Laxisme politique et, parfois, conflits d’intérêts et confusion des rôles entre responsables politiques et promoteurs. Cela n’a pas amené, pour autant, l’auteur de ces lignes à voter une Initiative excessive et violentant le fédéralisme. Mais l’explication du résultat est là.

On pourrait transposer l’analyse au secteur des banques et à bien d’autres domaines. Lorsque ceux qui en ont la charge et le devoir perdent le sens de la mesure, des équilibres, d’une sorte d’éthique personnelle et collective allant au-delà des limites de la loi l’ensemble dégénère insensiblement ; jusqu’au réveil brutal devant une réaction qui ne l’est pas moins. Les Valaisans pour ce qui les concerne, mais les Genevois, par exemple, pour ce qui les concerne eux feraient bien de s’interroger sur les secousses du libéralisme. Il est sûrement le meilleur système s’il s’appuie sur une conscience et des comportements l’irriguant. Mais son plus grand ennemi, depuis la faillite des collectivismes divers et variés, c’est lui-même ; ses perversions parfois, ses excès souvent. Ce serait un bon sujet pour un colloque valaiso-genevois.   

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Commentaires

les abus entrainent des réactions excessives personne ne niera cela,et l'on apprend que d'anciens patrons retraités se sont associés pour superviser ce pays qui tourne au foutoir national comme dirait ce cher De Gaules et aussi rassurer les personnes seules et isolées qui en ont assez de n'être consirérées bientot plus que comme citoyens de seconde zone Ce qui prouve bien que le mot entraide existe en Suisse mais de la part de l'élite du patronnat,waooo cela fait chaud au coeur.

Écrit par : lovsmeralda | 16/03/2012

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