27/02/2012

Mark Muller: quel gâchis!

On le craignait, on espérait que non. Marc Muller a jeté l’éponge, fatigué, dit-il, de subir des attaques incessantes depuis plus d’une année. Naturellement, c’est le dernier épisode du nouvel an qui a fait déborder le vase. Chacun a va maintenant de ses commentaires. Nous voulons donner le nôtre de la manière la plus claire possible.

Certes, Marc Muller a eu la plus mauvaise idée de passer le réveillon dans un endroit où on ne l’imaginait pas et qui faisait l’objet d’un dossier dans les services de son département. Certes, sa présence étant là, il aurait dû se souvenir de sa fonction et ne pas perdre les nerfs face à un barman dont il n’appréciait pas la conduite. Certes, encore, après cet incident, il aurait dû en parler immédiatement et complètement à ses collègues voire au Président du PLR genevois ; et surtout ne pas donner l’impression de ne pas tout dire sur l’incident.

Cela étant, les excuses ayant été présentées l’affaire justifiait-elle une démission ? Tout le travail politique du magistrat devait-il être invalidé ainsi, d’un coup à cause d’un événement qui n’avait tout de même rien de tragique ? Nous l’avons déjà écrit, l’exploitation médiatique de cette médiocre prise de bec et un peu de corps a été excessive.

Toutefois, le maintien du magistrat exigeait que la question de la confiance politique soit abordée dans la plus grande clarté, sans arrière pensée, sans ambiguïté. Or, là force est de constater que le Conseil d’Etat, singulièrement son Président, n’a pas été à la hauteur, n’a pas été dans le registre voulu.    On peut avoir les plus grands doutes sur la personnalité du barman. Pourtant, on doit bien admettre que ses avocats disaient juste lorsqu’ils se demandaient de quoi se mêlait la Conseil d’Etat, avec son Président, en réclamant publiquement une information sur le montant de l’arrangement qui avait évité une suite judiciaire ; puis en voulant nommer un expert indépendant pour éclaircir ce point. Et la séparation des pouvoirs ? Et le respect des arrangements personnels évitant des procédures ? Encore une fois, Marc Muller était en droit de poser la question de confiance à ses collègues. S’il ne l’obtenait pas, il ne pouvait plus continuer son travail. S’il l’obtenait, il devait pouvoir compter sur la collégialité, sauf information nouvelle qui l’aurait détruite. Au lieu de cela, une sorte mauvaise valse gouvernementale. La gestion de cette affaire par le Conseil d’Etat n’a pas été bonne pour l’Institution.

La confiance, Marc Muller devait la poser au PLR. Si l’attitude de la Présidence a été plus nette que celle du Conseil d’Etat, on a tout de même senti flotter comme un soupçon de méfiance. Or, ou on la donne jusqu’à preuve du contraire ou on ne la donne pas. Le parfum d’arrière pensée n’est pas bon politiquement. Mais, surtout, ce sont telles ou telles personnes, de bouche a oreilles ou dans des apartés auprès de journalistes qui ont laissé entendre ici ou là que l’homme était grillé et qui évoquait l’après Marc Muller. Ce léger grenouillage est perçu par l’opinion déjà labourée par le feuilleton médiatique. Il y a un côté chasse à courre masquée. Ce n’est pas bon pour un parti, pas bon pour les institutions, pas bon pour la politique.

Bref, il y a un beau gâchis. Que dire encore des partis et des politiciens qui, dans l’heure suivant l’annonce de la démission ont parlé candidatures. Indécence. Ce n’est pas bon non plus pour l’image des politiciens et de la politique. Ah, quand retrouverons nous des hommes et des femmes d’élite, toutes couleurs confondues, se mettant au service de l’Etat, fidélisant leurs partis de par leur éthique et leur personnalité, redonnant à la politique ses lettres de noblesse, restaurant la confiance envers des institutions sachant fonctionner de manière exemplaire ?

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21/02/2012

Minger-Maurer:triste différence

Qui, en tout cas dans la génération des ainés, n’a pas entendu des plaisanteries (on dit Witz en allemand) au sujet du Conseiller fédéral Rudolf Minger, notre ministre de la défense des années d’avant la guerre. On demandait à sa femme si un livre lui ferait plaisir pour son anniversaire. Elle répondait, Oh non, il en déjà un. En fait, ce solide agrarien bernois était la figure emblématique du Parti paysan artisan et bourgeois (PAI) dont on ne pouvait guère deviner qu’il allait devenir l’UDC blochérienne des années plus tard. Rudolf Minger prit conscience des faiblesses de l’armée suisse d’une part et de la nécessité d’un solide et clair appui politique d’autre part. Il fut l’homme de cet effort, ouvrit la porte à la désignation du Général Guisan comme Chef de l’armée du temps de guerre.  Il fut populaire, simple dans son comportement personnel mais homme d’Etat. Dans la lignée des agrariens et montagnards bernois bien ancrés dans les réalités on a eu un Adolf Ogi ; un homme populaire, théâtralisant même son personnage. Mais un homme d’Etat, qui eût été un rassembleur patriotique, lui aussi, en temps de guerre. Adolf Ogi, l’UDC bernois qui lança les projets de transversales ferroviaires alpines, qui fit passer l’idée de casques bleus suisses, qui installa la swisscoy au Kosovo, qui nomma deux commissions d’experts sous la présidence de l’ancien Secrétaire d’Etat Edouard Brunner afin de réfléchir à une actualisation de la pensée stratégique et donc des priorités dans la politique de défense et pour le rôle de l’armée.

Minger-Ogi, ah oui ! Minger-Maurer, hélas. L’auteur de ces lignes s’en est rarement pris agressivement à des personnes dans la discussion politique. Mais comment ne pas conclure, ici, que Ueli Maurer n’est pas à sa place et nuit gravement à la politique de sécurité de la Suisse. Lorsque les initiatives à côté de la plaque viennent d’extrémistes connus gravitant autour du Groupe pour une Suisse sans armée ( ils ne sont pas tous des idéologues gauchistes mais on en voit quelques uns) cela demeure assez insignifiant. Peu d’impact et donc peu dangereux. Mais lorsque c’est le ministre de la défense qui se bute, se trouve incapable de comprendre son temps et qui déraille, on s’inquiète.

Il y a pourtant quelques évidences qui crèvent les yeux voulant bien s’ouvrir. Le risque d’invasion de la Suisse, d’utilisation de son sol par des belligérants aux prises est invraisemblable. Comme il ne faut jamais dire jamais, un cœur de compétences doit être préservé pour la défense du territoire et l’affirmation d’une Neutralité armée ; avec un minimum de forces équipées d’armes modernes. Pas moins mais pas plus. Une armée de Milice resserrée autour d’un noyau de professionnels performants. On a bien observé que la couverture et la maitrise de notre ciel étaient importantes. C’est là haut qu’il faut pouvoir intercepter avions ou engins susceptibles de créer des événements de terreur. C’est par une collaboration intense dans le renseignement avec des pays partenaires qu’il faut travailler la prévention. Le spectacle attristant auquel on assiste pour le choix d’un nouvel avion de combat est tragi comique. Là où il faudrait un guide crédible, Ueli Maurer ne sait plus ce qu’il dit. On se demande si le Parlement ne devrait pas envisager une Commission d’enquête. On se demande si le ministre doit pouvoir rester en place jusqu’en 2015. Et l’on n’est pas fier, --l’UDC ne devrait pas l’être non plus--, de savoir qu’il sera notre Président de la Confédération en 2013.

L’autre volet prioritaire qui tombe sous le sens devrait être une participation renforcée de la Suisse à des actions de stabilisation dans les régions troublées ou fragiles. Lorsque l’on y est encore, ce n’est pas grâce à Ueli Maurer. Si on fait si peu, si on ne cherche que timidement et petitement à écouter des demandes ici ou là, venant notamment de l’ONU, c’est à cause d’un Ueli Maurer qui n’a pas pu tout effacer, tout empêcher mais qui traîne les pieds, fait de la résistance politique passive au Conseil fédéral en s’appuyant sur les conceptions surannées de son Parti en matière de défense. Les autres conseillers fédéraux lui ont renvoyé une fois son projet de Rapport sur la sécurité mais le système est ainsi fait que l’on ne peut pas le mettre entièrement sous tutelle.

Un signe qui ne trompe pas. Ses deux prédécesseurs, Adolf Ogi et Samuel Schmid avaient constitué une Commission de réflexion sur les possibilités d’utilisation de militaires suisses à l’étranger ; en collaboration internationale mais avec une plus value, une spécificité suisse ; en coordination bien sûr avec des efforts diplomatiques et des actions humanitaires. Un champ d’action, d’identification d’affirmation s’imposant en plein cœur d’une politique de sécurité suisse actualisée. Eh bien, notre ministre éclairé et éclairant a réussi à faire supprimer cette Commission conseil. Pas grave du tout en soi car nombre de collaborateurs du département de la défense , comme ceux du département des affaires étrangères, sont pénétrés des idées qui parcouraient cette Commission. L’ennui, c’est que le ministre, incontournable courroie de transmission des idées, n’en a en fait qu’une : revenir, avec de l’argent pour ça, aux conceptions valables avant-hier. Préparer la défense du territoire, un point c’est tout.

Tout cela prêterait à rire si la crédibilité interne et externe, la cohérence de la politique de sécurité. la confiance qu’elle devrait inspirer n’étaient pas en jeu. La formule magique a donné Ueli Maurer au Gouvernement. Puisqu’aucune potion magique ne transformera l’homme il faut attendre son départ afin de repartir de l’avant ; en espérant qu’il n’y aura pas trop de dommages d’ici là.

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10/02/2012

M. Müller: autre chose à voir

Marc Müller : autre chose à voir

 

Les Genevois ont besoin de la Tribune de Genève. Il n’y a plus la Suisse ni le Journal de Genève. Le Temps, avec sa grande qualité, est supra cantonal. La Tribune a vocation de parler de ce qui intéresse et agite la République et Canton. Elle le fait. On aimerait d’ailleurs qu’elle soit parfois encore plus dans sa tradition d’écho des irritations des habitants devant tant de choses qui clochent, tant d’excès de zèle bureaucratiques en regard de  si nombreuses lacunes perturbantes ; cela tout en relevant aussi ce qui marche et les efforts accomplis. Oui, nous avons besoin, à Genève, de la Tribune de Genève. Son Rédacteur en chef et sa rédaction le savent, le sentent et s’engagent pour cela. Dont acte et remerciements. Mais tout sentiment de sa <mission> peut conduire à en faire trop. Ainsi à propos de l’affaire Marc Müller.

En informant sur les faits, la Tribune était dans son rôle. En expliquant le malaise politique en découlant aussi. Mais quoi ! Voilà que les deux parties à cette triste rencontre de la nuit du réveillon ont trouvé un arrangement. Pourquoi diable le regretter ? Pourquoi diable s’indigner de la confidentialité sur une somme versée par le magistrat pour couvrir les frais ou un peu plus ? Pourquoi une telle exigence de transparence sur tous les détails ? Nous avons la chance de ne pas être aux Etats Unis avec sa fausse vertu baignée de voyeurisme.  Détestable.

Bien sûr, Marc Müller, conseiller d’Etat, n’aurait pas dû se conduire ainsi et perdre la maîtrise de ses nerfs.  Bien sûr, la dignité de la fonction et de la politique était en jeu. Mais il le reconnait et a présenté ses excuses. Bien sûr, sa position est forcément fragilisée. Bien sûr, cet élément pourra jouer un rôle dans l’appréciation de PLR et de lui-même lorsqu’il s’agira de désigner des candidats pour les prochaines élections cantonales.  Mais, une fois que l’on a dit cela, ne peut-on pas remettre l’incident très regrettable à sa place ; un incident révélant quelques faiblesses humaines mais n’étant pas dramatique et n’invalidant pas toute l’action d’un homme politique ? Cela ne  vaut pas d’allumer le bûcher. Ni le PLR, certes, ni le Conseil d’Etat ni la République et Canton n’auraient un intérêt à une démission sous pression qui provoquerait une élection partielle dans une sorte de dramaturgie artificielle. Ni la vertu démocratique ni l’attente réelle des citoyens ne commandent pareille conséquence. Certes, la démocratie demande la confiance. Mais, au-delà de comportements qui l’entament il peut y avoir une sorte de crescendo, d’insistance répétitive sur la relation d’un fait tout de même pas majeur qui distille cette méfiance au-delà du nécessaire. Dans ce genre de choses, il y a un équilibre à tenir entre la surveillance, la vérité à dire et la relativité des événements, leur remise à leur place. Marc Müller aura plus de peine personnelle à faire passer ses dossiers dans les mois qui viennent. Mais s’ils sont solides, s’il est bien épaulé par ses collègues, son parti, le parcours est faisable, viable.  C’est là l’important. L’esclandre lui n’est pas effacé des mémoires. Ce n’est pas comme s’il ne s’était rien passé.  Il est simplement remis à sa place dans l’espace et le temps. Et il est sain de ne plus le laisser polluer le débat politique sur les grands sujets qui concernent l’avenir de Genève.

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08/02/2012

Energies:des choix sans exclusives

Ecouter la radio en voiture a du bon, surtout lorsque les bouchons obligent à s’armer de patience. L’émission< impatience>, précisément, a de quoi vous laisser quelque chose dans l’esprit. Mardi dernier, le sujet était le nucléaire. Ou, plutôt, les recherches intenses au sein de l’Ecole polytechnique de Lausanne sur une technologie de fusion nucléaire. On en parle depuis longtemps mais les chercheurs avancent dans leur quête d’un moyen de maitriser cette fusion et d’ouvrir ainsi des perspectives d’utilisation sans limites et sans déchets de cette énergie.

Actuellement, on le sait, la technologie nucléaire est celle de la fission. Elle nous a rendu de grands services qu’il serait simplement bête de nier. Mais elle a posé le point d’interrogation sur les déchets et sur la sécurité des centrales. Il en résulte ces décisions politiques visant à s’éloigner du nucléaire dans des pays comme l’Allemagne et la Suisse. Il en découle une volonté de promouvoir les énergies dites propres et renouvelables : solaire, géothermique, éolienne… Seulement, le recours exclusif à ces énergies n’est guère envisageable, tant pour des raisons de coûts que de par les besoins globaux en énergie. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas être déterminés à les promouvoir par toutes sortes d’actions et d’incitations collectives et individuelles.

Mais on n’échappera pas à une utilisation probablement accrue du gaz. Et l’on veut croire qu’il n’y aura pas de retour du charbon archi polluant. D’aucuns, tel un Philippe Roch, prônent un changement de vie presque théologique. Il faudrait, tel Rousseau, vivre beaucoup plus frugalement en symbiose reposée avec la nature. Mais ce n’est pas une perspective politique, économique, sociale réaliste. Ce qui ne signifie pas qu’il faille ignorer les appels à plus de retenue dans la consommation énergétique.

Et l’avenir du nucléaire dans tout cela ? La France n’y renonce pas et la Suisse, quoi qu’on en dise, continuera d’en consommer directement ou d’en bénéficier indirectement par le jeu des échanges européens en réseau. Ce qui plaisait dans l’émission était l’attitude d’esprit du directeur de programme sur les recherches visant à maitriser la fusion nucléaire. En substance, il disait n’avoir pas de certitude absolue sur les possibilités d’aboutir à quelque chose de merveilleusement utilisable mais il pensait qu’il y avait de très fortes probabilités.

En somme, il pense que dans une vingtaine d’années on sera bien au point là-dessus. Il estimait, par conséquent, que ne pas aller au bout du chemin afin de vérifier l’hypothèse serait incompréhensible.  Imaginons au-delà des vingt ans  encore quelques années nécessaires à l’implantation des supports et installations ; les enfants de la décennie actuelle pourraient bien vivre une grande partie de leur existence en utilisant de l’énergie nucléaire propre et sans danger obtenue par fusion. Pour cela, il s’agit de ne pas relâcher les efforts de recherche et de les encourager résolument.

Quelle leçon politique en tirer ? Eh bien que des choix doivent certes êtres faits. Ne pas construire de nouvelles centrales à fission, investir dans les énergies renouvelables. Mais ne pas verrouiller avec un cadenas idéologique les chances d’un nucléaire renouvelé. Oui belle leçon politique : être clair, décidé sans être rigide, idéologique. L’homme et l’énergie, ce n’est pas une affaire de religion mais de réflexion.

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