21/02/2012

Minger-Maurer:triste différence

Qui, en tout cas dans la génération des ainés, n’a pas entendu des plaisanteries (on dit Witz en allemand) au sujet du Conseiller fédéral Rudolf Minger, notre ministre de la défense des années d’avant la guerre. On demandait à sa femme si un livre lui ferait plaisir pour son anniversaire. Elle répondait, Oh non, il en déjà un. En fait, ce solide agrarien bernois était la figure emblématique du Parti paysan artisan et bourgeois (PAI) dont on ne pouvait guère deviner qu’il allait devenir l’UDC blochérienne des années plus tard. Rudolf Minger prit conscience des faiblesses de l’armée suisse d’une part et de la nécessité d’un solide et clair appui politique d’autre part. Il fut l’homme de cet effort, ouvrit la porte à la désignation du Général Guisan comme Chef de l’armée du temps de guerre.  Il fut populaire, simple dans son comportement personnel mais homme d’Etat. Dans la lignée des agrariens et montagnards bernois bien ancrés dans les réalités on a eu un Adolf Ogi ; un homme populaire, théâtralisant même son personnage. Mais un homme d’Etat, qui eût été un rassembleur patriotique, lui aussi, en temps de guerre. Adolf Ogi, l’UDC bernois qui lança les projets de transversales ferroviaires alpines, qui fit passer l’idée de casques bleus suisses, qui installa la swisscoy au Kosovo, qui nomma deux commissions d’experts sous la présidence de l’ancien Secrétaire d’Etat Edouard Brunner afin de réfléchir à une actualisation de la pensée stratégique et donc des priorités dans la politique de défense et pour le rôle de l’armée.

Minger-Ogi, ah oui ! Minger-Maurer, hélas. L’auteur de ces lignes s’en est rarement pris agressivement à des personnes dans la discussion politique. Mais comment ne pas conclure, ici, que Ueli Maurer n’est pas à sa place et nuit gravement à la politique de sécurité de la Suisse. Lorsque les initiatives à côté de la plaque viennent d’extrémistes connus gravitant autour du Groupe pour une Suisse sans armée ( ils ne sont pas tous des idéologues gauchistes mais on en voit quelques uns) cela demeure assez insignifiant. Peu d’impact et donc peu dangereux. Mais lorsque c’est le ministre de la défense qui se bute, se trouve incapable de comprendre son temps et qui déraille, on s’inquiète.

Il y a pourtant quelques évidences qui crèvent les yeux voulant bien s’ouvrir. Le risque d’invasion de la Suisse, d’utilisation de son sol par des belligérants aux prises est invraisemblable. Comme il ne faut jamais dire jamais, un cœur de compétences doit être préservé pour la défense du territoire et l’affirmation d’une Neutralité armée ; avec un minimum de forces équipées d’armes modernes. Pas moins mais pas plus. Une armée de Milice resserrée autour d’un noyau de professionnels performants. On a bien observé que la couverture et la maitrise de notre ciel étaient importantes. C’est là haut qu’il faut pouvoir intercepter avions ou engins susceptibles de créer des événements de terreur. C’est par une collaboration intense dans le renseignement avec des pays partenaires qu’il faut travailler la prévention. Le spectacle attristant auquel on assiste pour le choix d’un nouvel avion de combat est tragi comique. Là où il faudrait un guide crédible, Ueli Maurer ne sait plus ce qu’il dit. On se demande si le Parlement ne devrait pas envisager une Commission d’enquête. On se demande si le ministre doit pouvoir rester en place jusqu’en 2015. Et l’on n’est pas fier, --l’UDC ne devrait pas l’être non plus--, de savoir qu’il sera notre Président de la Confédération en 2013.

L’autre volet prioritaire qui tombe sous le sens devrait être une participation renforcée de la Suisse à des actions de stabilisation dans les régions troublées ou fragiles. Lorsque l’on y est encore, ce n’est pas grâce à Ueli Maurer. Si on fait si peu, si on ne cherche que timidement et petitement à écouter des demandes ici ou là, venant notamment de l’ONU, c’est à cause d’un Ueli Maurer qui n’a pas pu tout effacer, tout empêcher mais qui traîne les pieds, fait de la résistance politique passive au Conseil fédéral en s’appuyant sur les conceptions surannées de son Parti en matière de défense. Les autres conseillers fédéraux lui ont renvoyé une fois son projet de Rapport sur la sécurité mais le système est ainsi fait que l’on ne peut pas le mettre entièrement sous tutelle.

Un signe qui ne trompe pas. Ses deux prédécesseurs, Adolf Ogi et Samuel Schmid avaient constitué une Commission de réflexion sur les possibilités d’utilisation de militaires suisses à l’étranger ; en collaboration internationale mais avec une plus value, une spécificité suisse ; en coordination bien sûr avec des efforts diplomatiques et des actions humanitaires. Un champ d’action, d’identification d’affirmation s’imposant en plein cœur d’une politique de sécurité suisse actualisée. Eh bien, notre ministre éclairé et éclairant a réussi à faire supprimer cette Commission conseil. Pas grave du tout en soi car nombre de collaborateurs du département de la défense , comme ceux du département des affaires étrangères, sont pénétrés des idées qui parcouraient cette Commission. L’ennui, c’est que le ministre, incontournable courroie de transmission des idées, n’en a en fait qu’une : revenir, avec de l’argent pour ça, aux conceptions valables avant-hier. Préparer la défense du territoire, un point c’est tout.

Tout cela prêterait à rire si la crédibilité interne et externe, la cohérence de la politique de sécurité. la confiance qu’elle devrait inspirer n’étaient pas en jeu. La formule magique a donné Ueli Maurer au Gouvernement. Puisqu’aucune potion magique ne transformera l’homme il faut attendre son départ afin de repartir de l’avant ; en espérant qu’il n’y aura pas trop de dommages d’ici là.

Commentaires

Vous avez parfaitement raison la prèsence au dèpartement de la dèfense du conseiller fèderal U.Maurer pose une grande inquietude sur sa capacité de gèrer les affaires militaires de la confèdèration.

Écrit par : Chauffat | 21/02/2012

Dans cette optique, il est intéressant de noter que le choix du Gripen n'est pas neutre: si l'on en croit l'expérience faite des différents avions en Libye, il est effectivement le moins polyvalent, le moins utile. Les seules missions qui lui furent confiées furent des missions de reconnaissance. Ce qui correspondait au choix des Suédois, mais aussi aux possibilités de l'avion.
Outre que pour faire de la reconnaissance, quelques bons Pilatus suffiraient, le choix du Gripen est donc aussi un acte politique, typiquement UDC, dans la perspective future d'éventuels engagements de la Suisse dans des opérations communes de maintien de la paix ou même de défense des intérêts nationaux. En Libye, on n'en est pas passé loin. La fin de Kadhafi et son écrasement militaire fut aussi au moins en partie la conséquence de son attitude démente à notre égard. Sauf que la Suisse n'y a pas pris part. L'aurait-elle du ? Le choix du Gripen la prive en tout cas d'une possibilité de réponse. Or il n'est jamais sain de se priver par avance de certaines cartes maîtresses.

Écrit par : Tanguy Laverdure | 22/02/2012

Un grand merci pour votre éloge à Rudolf Minger et à Dölfi Ogi.
A ce duo j'ajouterais personnellement Willy Ritschard un homme plein de bon sens et d'humour que j'ai eu le plaisir de croiser à plusieurs reprise sur mon chemin. Il est vrai que pour l'apprécier pleinement il fallait maîtriser le dialecte suisse allemand.

En ce qui concerne notre "Gartenzwerg" (nain de jardin) quoiqu'il dise, quoique qu'il fasse il est l'otage directe de l'UDC et du PS et tous sont heureux d'avoir un souffre douleur sous la main.

Écrit par : A.Ronchi | 22/02/2012

ce qui m'étonne le plus est l'appui majoritaire du conseil fédéral à ce projet qui prévoit des coupes dans tous les départements. Le CF aurait pu refuser et demander à Ueli Maurer de revoir sa copie.
Je ne sais pas si c'est une coutume au CF d'accepter n'importe quoi, mais Doris Leuthard qui a lancé le projet de l'énergie rebouvelable trouve tout à coup le besoin d'avions plus urgent que d'investir dans les énergies vertes, bientôt elle va nous apprendre qu'on ne pourra pas se passer du nucléaire moins cher que le solaire !

Écrit par : Hubert G. | 22/02/2012

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