31/01/2012

Europe: l'enjeu français

Europe : l’enjeu français

 

Les Suisses romands aiment bien suivre les campagnes présidentielles françaises. Ils se moquent mais ils apprécient. N’en déplaise à l’UDC, on ne voit pas sérieusement comment on pourrait avoir en Suisse, à l’échelle du pays, de telles campagnes personnalisées. Le Président Sarkozy réussira-t-il à passer l’épaule devant François Hollande ou bien son sort est-il scellé ? Toujours est-il que le Président et son Gouvernement annoncent des réformes importantes pour sauver l’emploi et retrouver la croissance, tout en proclamant une volonté de discipline budgétaire rigoureuse. Trop tard et trop tôt dénonce la Gauche en ignorant la contradiction entre ces deux reproches. Tard, sans doute mais la situation économique s’est aggravée dans tous les pays européens et la France se trouve près de l’œil du cyclone. Trop tôt parce que certaines mesures ne pourront entrer en vigueur qu’après l’élection et que les français auront peut être changé de dirigeants ? Mais non l’intensité de la crise nécessite que agisse et ce sera à la Gauche de décider si elle annule tout ou pas : à ses risques et périls ou plutôt au risque de la France. On se demande, d’ailleurs si François Hollande, afin de cimenter sa majorité de gauche, n’hypothèque pas dangereusement le crédit dont a besoin son pays. Est-il responsable de sa part de déclarer devant une foule que son ennemi c’est la Finance ?

Mais il peut bien discourir. De plus en plus, c’est dans le cadre européen que se définit la musique ; et c’est de plus en plus l’Allemagne qui donne le ton. Angela Merkel a manqué de tact en parlant d’une mise sous tutelle européenne de la Grèce. Mais elle dit juste en déclarant que c’est à l’échelle européenne que doit se jouer la partie. La prospérité de toute l’Europe en dépend, insérée dans une autre partie d’ailleurs qui se joue à l’échelle mondiale. Elle dit juste également lorsqu’elle avertit qu’un affaissement économique et financier de la France serait très grave pour tous. Raison pour laquelle, sans doute, elle prévoit d’épauler Sarkozy dans sa campagne. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas sa personnalité,  une réélection de ce dernier ménagerait sûrement mieux l’avenir que son échec. Un affaissement de la France isolerait l’Allemagne et stimulerait partout les tentations protectionnistes et nationalistes.  Lorsque l’on observe l’ambiance en France, on est inquiet. Contrairement à ce qu’il en est en Suisse, une culture de dialogue social, de coresponsabilité patronale et syndicale pour faire face aux difficultés économiques ne s’est guère développée. Il y a des exceptions, des réussites particulières  dans telle ou telle entreprise. Mais, le plus souvent, la manifestation dans la rue est la réaction presque immédiate à toute proposition d’assouplissement. Quant au poids de la fonction publique, n’en parlons même pas.
Comprenons que les mois prochains, en France, n’offriront pas qu’un spectacle captivant, un match haletant. Pour l’avenir économique et donc social de l’Europe, l’enjeu français est crucial. Cela concerne évidemment la Suisse.   

 

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23/01/2012

Dieu pas vraiment mort

Dieu pas vraiment mort

 

A ceux qui ont envie de prendre du recul vis-à-vis du train des choses, de réfléchir à l’essence même de la condition humaine recommandons le livre intitulé Dieu, où Frédéric Lenoir répond aux questions de Marie Drucker (ed.Laffont). Philosophe, sociologue Frédéric Lenoir est aussi historien des religions. Et quel talent pédagogique ! Quant à Marie Drucker, elle pose vraiment les bonnes questions, celles que chacun devrait poser et se poser. A la fin, Frédéric Lenoir livre sa propre foi. Oui, un livre à recommander chaudement.

·         On y passe en revue toutes les idées que les hommes se sont fait du divin, au fil du temps et dans la diversité des cultures. On y croise les grands philosophes et les grands théologiens. On s’y  confronte au mal commis au nom de Dieu mais également aux plus grandes avancées de l’esprit et du cœur réalisées par la quête spirituelle. On y compare le Judaïsme, l’Islam et le Christianisme dans leurs tendances successives et diverses.  Et puis on s’interroge : Dieu a-t-il encore un avenir, particulièrement dans notre vieille Europe ? Nietsche avait prédit la mort de Dieu. Il entendait par là que les hommes, surtout les Occidentaux, l’avaient tellement défini, qualifié qu’à force d’être tordu dans tous les sens il finirait par ne plus être pris au sérieux. Il disparaitrait peu à peu dans les plis changeants de l’esprit humain. Alors, les découvertes de l’astrophysique aidant, la relativité de la terre dans les univers s’imposant, les inconnues sur les énergies originelles donnant le vertige n’aurions nous plus le choix qu’entre l’athéisme ou le désintérêt pour ces questions et un déisme vague à la Voltaire ? Ou bien, au contraire, serions- nous menacés par le retour des intégrismes, voire des fanatismes  tels qu’on les voit chez des Musulmans, des Juifs mais aussi dans des branches chrétiennes à la mode évangélique américaine par exemple ? Des chocs culturels, des catastrophes, des affaissements économiques, des guerres pourraient favoriser une généralisation de ce scénario obscurantiste. Si Frédéric Lenoir imagine bien des retours dans cette direction,  il voit une tendance lourde pour le long terme allant plutôt dans le sens de Nietsche. Ou , plutôt, une grande partie des gens, dans les pays développés, devraient s’habituer à l’énigme d’une force originelle, d’un Divin mystérieux étranger au sort que les hommes se font à eux-mêmes. Cela n’enlève rien, ajoute tout de suite Frédéric Lenoir , à la valeur des réflexions et des intuitions spirituelles. Mais quelle foi personnelle possible dans ce grand désert ?

·         Frédéric Lenoir s’est attaché, lui,  à l’image, à la parole, au témoignage de Jésus tels que transmis par les évangiles. Même après avoir pris la mesure du contexte historique, de l’interprétation donnée par des adeptes  d’un Jésus qui n’a laissé aucun écrit,  il y a un souffle, un élan, un abandon, un don, un amour pour les frères humains qui ne mentent pas.  Et si un tel homme a su capter et convertir une onde de ce divin énigmatique dans une destinée d’homme vouée à l’Amour, si il a pu convaincre par l’exemple que la mort n’est pas la fin de tout, pas la fin d’une âme qui ne la craint plus , alors l’espoir est permis et la vie d’ici bas peut avoir un sens. Au fond, Frédéric Lenoir se résout à l’éloignement du Divin parce qu’il ressent intimement la présence d’un Christ qui dépasse les travers,  les errements, la finitude des hommes, qui suscite et ressuscite autre chose.  

·         Finalement, nous dit ce livre, il n’y a pas de possibilité de saisir Dieu, de le définir, de l’hominiser. Et chaque approche religieuse devrait renoncer à croire qu’elle détient toute la vérité. Chacune devrait dialoguer avec les autres en tout respect réciproque. Chacune est héritière de sa culture. Mais, pour les Chrétiens, avec et en dépit de l’énigme insondable , il y a cet homme totalement porteur d’Amour, si proche de ses frères humains mais irrésistiblement tendu vers un espoir d’un au-delà de l’homme , invitant à la  confiance en cet espoir ressenti comme une certitude de résurrection.  En somme, si la foi chrétienne, sauf à se raidir, ne peut qu’évoluer au tamis de la raison critique, elle peut continuer de se fortifier en puisant à l’essentiel de sa source vive : les évangiles par lesquels celui qu’on nomme le Christ parle aux Chrétiens mais est également en dialogue avec tous les hommes en quête de sens et d’amour.

·         En reposant ce livre si peu dogmatique, aux analyse si objectives mais qui laisse finalement à la perception du cœur l’ouverture de la Foi, on se dit que le xx1 siècle pourrait réinventer sa spiritualité au diapason de l’explosion des connaissances et pourtant dans la fidélité à ses sources vives . On se sent plus léger, plus apaisé, plus confiant.   

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12/01/2012

Affaire Hidebrand:deux dangers

Affaire Hildebrand : deux dangers

 

C’est une affaire entendue, Philipp Hildebrand ne pouvait plus que démissionner. Deux mails successif semblent montrer que, d’abord il n’avait pas mesuré l’erreur de l’opération de change menée par sa femme puis qu’il l’a sentie et a interdit à son gérant de fortune personnelle toute nouvelle opération de ce genre. Trop tard. Qu’il n’ait en rien voulu spéculer dans un but d’enrichissement, on peut le croire. Que sa femme, qui le dit dans ses excuses, n’ait pas vue malice et ait simplement voulu avoir des dollars qu’elle utilise pour son activité de galeriste internationale, on peut la croire.  Que ces deux ne soient nullement un couple infernal et cynique, c’est évident. Il n’y a donc pas de quoi en faire un scandale national. Il y avait de quoi entamer une crédibilité et une confiance dans l’institution. La démission s’imposait. C’est regrettable mais c’était inéluctable.

Au fond, l’homme n’avait pas intériorisé tout ce que comportait sa mission. IL n’avait pas fait adhérer sa femme à ce que ce poste impliquait en termes d’exigence, de retenue, de transparence et de concordance absolue avec la mission nationale qui était la sienne. C’est une démonstration selon laquelle les critères de légalité, d’honnêteté ne suffisent pas dans certaines charges. Il y faut comme un surcroît d’éthique et une cohérence sans faille.  En fait, cet événement, comme d’autres qui l’ont précédé, telle l’affaire UBS,  prouve si besoin était que le libéralisme sans support éthique solide ne peut que subir des perturbations, de la méfiance, un affaiblissement au sein de la société. La régénération, la restauration de l’éthique personnelle dans le système détermineront son avenir à long terme.

En effet, le système économique, financier libéral suppose un degré de confiance élevé. De même, la démocratie libérale qui est la nôtre demande cette confiance. On voit que d’aucuns, dès qu’ils reniflent une faille, qu’ils débusquent une erreur, un couac se précipitent dans une dramatisation habilement orchestrée. Distiller systématiquement la méfiance est l’arme et aussi la drogue de certains politiciens et de certains journalistes. Alors, quand ils peuvent sauter sur une véritable erreur, quelle aubaine. Le chasseur se pourlèche les babines en harcelant sa proie. Et ‘on se pare du drapeau du justicier au nom du peuple contre ces élites financières, économiques, politiques que l’on juge déconnectées de ce peuple vertueux. Il faut le dire clairement : l’UDC blochérienne, --qui n’est pas toute l’UDC--, ressent un besoin de se refaire une santé après des déconvenues électorales  l’automne dernier. Quoi de mieux pour relancer une image qu’une affaire Hidebrand-BNS ?

Si, encore une fois, cette affaire rappelle l’exigence d’éthique, de repères essentiels à observer il importe tout en même temps de s’opposer à la propagation d’une méfiance généralisée. Remettre une chose en place, c’est bien. Tout secouer pour une exploitation électorale et personnelle n’est pas servir le pays. Sans parler de l’utilisation d’informations reçues grâce à une fuite au mépris d’un secret bancaire que l’on prétendait défendre. S’il s’agit de servir le pays, la sauvegarde du rôle essentiel de la BNS, avec son indépendance et sans  pression politique constante, doit être voulue par une majorité politique ferme tant au Conseil fédéral qu’au Parlement. Une fois de plus, Pascal Couchepin, sur l’antenne de la Radio romande à l’émission Forum a eu un commentaire très clair à ce sujet, en homme d’Etat PLR qu’il était et qu’il est resté. Non, la confiance qui est le ciment de ce pays ne sera pas jetée aux orties.

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