10/12/2011

Stephane Hessel: juste un peu trop

Stephane Hessel : juste un peu trop

 

Une assistance considérable était venue, la semaine dernière, pour écouter l’incroyable nonagénaire Stephane Hessel. Son livre <indignez vous> est un succès de librairie étonnant. Le vieil homme, qui s’adresse particulièrement aux jeunes, inspire des mouvements de protestation contre le désordre du  monde. Parmi ses objets d’indignation, il y a la situation des Palestiniens et l’attitude des Israéliens à leur égard. On sait que celui qui critique Israël s’expose à de vives réactions de nombreux membres d’une Communauté qui ressent un devoir de solidarité presque automatique envers cet Etat. On peut en faire l’expérience à Genève comme ailleurs. Evidemment Stephane Hessel est gênant pour eux. Son origine familiale est juive polonaise, même s’il s’est retrouvé à sa naissance luthérien allemand. Naturalisé français il fut un résistant. Il fut arrêté, torturé, déporté par les Nazis. Il participa, comme jeune diplomate , à la rédaction  de la Charte de l’ONU sur les droits de l’homme et suivit de près, avec grande empathie,  la création de l’Etat d’Israël. Difficile de le traiter d’antisémite congénital  afin de discréditer ce qu’il dit.

Et ce qu’il dit sur la situation en Palestine ne peut qu’être reçu dans la tristesse et l’inquiétude. La vie quotidienne des Palestiniens, en Cisjordanie occupée et à Gaza enfermée est dramatique. La vie quotidienne des Palestiniens, sous les cautèles administratives israéliennes, est un véritable parcours du combattant.  Stephane Hessel a raison lorsqu’il dit que l’Etat puissant qu’est Israël est son propre ennemi avec sa politique du fait accompli dans les territoires occupés et une fermeture à toute perspective d’une paix basée sur des normes de droit international  permettant l’éclosion d’un véritable Etat palestinien égal en droit, en cohérence territoriale et en souveraineté. Il a raison lorsqu’il dit qu’une toute autre perspective serait possible, où Israël, fort de garanties et sûr de sa force trouverait tout son avantage. Il a raison encore lorsqu’il dit que la grande majorité des Palestiniens se rallierait avec soulagement et grand espoir à une paix juste ; tandis que la politique actuelle d’Israël ne peut qu’attiser le désespoir et la rancœur.

On pourrait ajouter que la solidarité automatique des Etats-Unis a des effets pervers car elle paralyse une pression internationale qui pourrait faire bouger les lignes. Mais la force des groupes de pression pro israélien aux Etats Unis est telle que tout politicien qui les heurterait de front irait au suicide politique. Il faudra probablement attendre que ces mêmes groupes de pression, se rendant compte de l’impasse d’un politique dangereuse, finissent par infléchir les termes de leur propre solidarité avec Israël.

Oui, sur tout cela Stephane Hessel dit des choses justes. Alors pourquoi ce malaise en l’écoutant l’autre soir ? A cause de mots qui manquaient et à cause de mots de trop.

Il manquait une compréhension, --qui n’est pas du tout approbation--, de la psychologie d’assiégés des Israéliens. Après tout, ils sont dû se battre pour que leur Etat existe. 1948, 1956, 1967, 1973. Ce n’est que tard que l’Egypte, la Jordanie ont reconnu leur existence, ont renoncé à rayer leur Etat de la carte. Et un pays comme la Syrie en est toujours là ; sans parler de l’Iran en arrière fond. Et puis, si la politique désastreuse d’Israël depuis 1967, encore plus depuis la fin des années septante alimente les mouvements violents et terroristes, tels le Hamas, le Hezbollah, il y a dans ces mouvements des fanatiques, viscéralement haineux qui, de toute manière, sont anti-juifs et contre l’Etat d’Israël. Il ne serait donc qu’équitable d’appeler les Etats arabes niant encore la réalité israélienne et l’Autorité palestinienne à condamner clairement le terrorisme aveugle, à déclarer clairement leur reconnaissance de l’Etat hébreu. L’appel devrait s’adresser aussi à ces mouvements afin que les fanatiques irrécupérables soient marginalisés. La critique, ensuite ne serait que plus crédible, voire plus efficace.

Les mots en trop ensuite. Stephane Hessel s’est référé à l’Ubris,  cette notion grecque qui indique la perte de repères, de mesure qui peut saisir les hommes mais aussi une sorte d’aspiration à la domination. Et, évoquant les Juifs, par rapport à cet Israël qui est leur drapeau, il a parlé d’une sorte de désir de dominer le monde. Voilà des mots qui ont été utilisés au cours de l’histoire dans les pires intentions, au travers des pires circonstances. Des mots qui ont choqué l’auteur de ces lignes. Evidemment, vu ce qu’il est, sa personnalité,  son parcours de vie Stephanne Hessel n’est pas en cause. Mais une certaine euphorie gagnant une personne devenant  une star peut faire que des mots à tout le moins très maladroits sortent de la barrière de ses dents,--comme dirait Homère. L’auteur de ces lignes a essayé, dans la discussion qui suivait, de prendre la parole afin d’exprimer ces réserves. Malheureusement, il n’y avait plus de temps. La possibilité lui a été donnée, au moins, de dire rapidement la première des réserves à l’intéressé bien qu’il fût déjà entouré de ses accompagnateurs. Et il a semblé en prendre bonne note. Ces mots q

Stephane Hessel : juste un peu trop

 

Une assistance considérable était venue, la semaine dernière, pour écouter l’incroyable nonagénaire Stephane Hessel. Son livre <indignez vous> est un succès de librairie étonnant. Le vieil homme, qui s’adresse particulièrement aux jeunes, inspire des mouvements de protestation contre le désordre du  monde. Parmi ses objets d’indignation, il y a la situation des Palestiniens et l’attitude des Israéliens à leur égard. On sait que celui qui critique Israël s’expose à de vives réactions de nombreux membres d’une Communauté qui ressent un devoir de solidarité presque automatique envers cet Etat. On peut en faire l’expérience à Genève comme ailleurs. Evidemment Stephane Hessel est gênant pour eux. Son origine familiale est juive polonaise, même s’il s’est retrouvé à sa naissance luthérien allemand. Naturalisé français il fut un résistant. Il fut arrêté, torturé, déporté par les Nazis. Il participa, comme jeune diplomate , à la rédaction  de la Charte de l’ONU sur les droits de l’homme et suivit de près, avec grande empathie,  la création de l’Etat d’Israël. Difficile de le traiter d’antisémite congénital  afin de discréditer ce qu’il dit.

Et ce qu’il dit sur la situation en Palestine ne peut qu’être reçu dans la tristesse et l’inquiétude. La vie quotidienne des Palestiniens, en Cisjordanie occupée et à Gaza enfermée est dramatique. La vie quotidienne des Palestiniens, sous les cautèles administratives israéliennes, est un véritable parcours du combattant.  Stephane Hessel a raison lorsqu’il dit que l’Etat puissant qu’est Israël est son propre ennemi avec sa politique du fait accompli dans les territoires occupés et une fermeture à toute perspective d’une paix basée sur des normes de droit international  permettant l’éclosion d’un véritable Etat palestinien égal en droit, en cohérence territoriale et en souveraineté. Il a raison lorsqu’il dit qu’une toute autre perspective serait possible, où Israël, fort de garanties et sûr de sa force trouverait tout son avantage. Il a raison encore lorsqu’il dit que la grande majorité des Palestiniens se rallierait avec soulagement et grand espoir à une paix juste ; tandis que la politique actuelle d’Israël ne peut qu’attiser le désespoir et la rancœur.

On pourrait ajouter que la solidarité automatique des Etats-Unis a des effets pervers car elle paralyse une pression internationale qui pourrait faire bouger les lignes. Mais la force des groupes de pression pro israélien aux Etats Unis est telle que tout politicien qui les heurterait de front irait au suicide politique. Il faudra probablement attendre que ces mêmes groupes de pression, se rendant compte de l’impasse d’un politique dangereuse, finissent par infléchir les termes de leur propre solidarité avec Israël.

Oui, sur tout cela Stephane Hessel dit des choses justes. Alors pourquoi ce malaise en l’écoutant l’autre soir ? A cause de mots qui manquaient et à cause de mots de trop.

Il manquait une compréhension, --qui n’est pas du tout approbation--, de la psychologie d’assiégés des Israéliens. Après tout, ils sont dû se battre pour que leur Etat existe. 1948, 1956, 1967, 1973. Ce n’est que tard que l’Egypte, la Jordanie ont reconnu leur existence, ont renoncé à rayer leur Etat de la carte. Et un pays comme la Syrie en est toujours là ; sans parler de l’Iran en arrière fond. Et puis, si la politique désastreuse d’Israël depuis 1967, encore plus depuis la fin des années septante alimente les mouvements violents et terroristes, tels le Hamas, le Hezbollah, il y a dans ces mouvements des fanatiques, viscéralement haineux qui, de toute manière, sont anti-juifs et contre l’Etat d’Israël. Il ne serait donc qu’équitable d’appeler les Etats arabes niant encore la réalité israélienne et l’Autorité palestinienne à condamner clairement le terrorisme aveugle, à déclarer clairement leur reconnaissance de l’Etat hébreu. L’appel devrait s’adresser aussi à ces mouvements afin que les fanatiques irrécupérables soient marginalisés. La critique, ensuite ne serait que plus crédible, voire plus efficace.

Les mots en trop ensuite. Stephane Hessel s’est référé à l’Ubris,  cette notion grecque qui indique la perte de repères, de mesure qui peut saisir les hommes mais aussi une sorte d’aspiration à la domination. Et, évoquant les Juifs, par rapport à cet Israël qui est leur drapeau, il a parlé d’une sorte de désir de dominer le monde. Voilà des mots qui ont été utilisés au cours de l’histoire dans les pires intentions, au travers des pires circonstances. Des mots qui ont choqué l’auteur de ces lignes. Evidemment, vu ce qu’il est, sa personnalité,  son parcours de vie Stephanne Hessel n’est pas en cause. Mais une certaine euphorie gagnant une personne devenant  une star peut faire que des mots à tout le moins très maladroits sortent de la barrière de ses dents,--comme dirait Homère. L’auteur de ces lignes a essayé, dans la discussion qui suivait, de prendre la parole afin d’exprimer ces réserves. Malheureusement, il n’y avait plus de temps. La possibilité lui a été donnée, au moins, de dire rapidement la première des réserves à l’intéressé bien qu’il fût déjà entouré de ses accompagnateurs. Et il a semblé en prendre bonne note. Ces mots qui manquent, on aimerait qu’il ne les omettent pas, Ces mots regrettables en trop, on aimerait qu’il ne les prononce plus. Alors, son message fort sera mieux reçu par ceux qui n’ont pas choisi un camp contre l’autre mais rêvent de justice et de solution.

 

ui manquent, on aimerait qu’il ne les omettent pas, Ces mots regrettables en trop, on aimerait qu’il ne les prononce plus. Alors, son message fort sera mieux reçu par ceux qui n’ont pas choisi un camp contre l’autre mais rêvent de justice et de solution.

 

16:33 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.