27/11/2011

L'impôt accepté à condition...

L’impôt accepté à condition…

 

Le Président du Conseil d’Etat vaudois, Pascal Broulis, a dédicacé son livre jusqu’en territoire genevois. C’est que le titre n’est pas banal : <l’impôt heureux>. On pourrait croire au sketch d’un humoriste. Mais non. L’homme d’Etat vaudois, ministre des finances de son canton, estime que la nécessité de l’impôt doit entrer dans la conscience des habitants. Conscience de toutes les prestations que permet le produit de l’impôt : écoles, infrastructures, santé, prestations sociales etc. Conscience du devoir de chacun de contribuer à l’effort en corrélation avec sa situation de revenus et de fortune.

Le contre exemple spectaculaire est donné par la Grèce. Finances publiques désastreuses, habitudes scandaleuses et multiples d’échapper à tout ou partie de son imposition. En Suisse, n’en déplaise à nos voisins accusateurs, l’évasion fiscale n’est pas dans les mœurs de tout un chacun. Question de civisme, sans doute, de confiance aussi dans un Etat comparativement modéré. Encore que…

On a toujours le droit de se demander pourquoi des Gouvernements étrangers, le Gouvernement français notamment, voient dans la législation suisse sur le secret bancaire,--ou ce qu’il en reste--, un maléfice. Si la gestion de l’Etat inspirait la confiance, si le fisc ne se donnait pas des airs confiscatoires les Français chercheraient-ils à abriter leur patrimoine en Suisse ? On se souvient d’Antoine Pinay, homme de la rigueur budgétaire et de la modération fiscale qui se vantait, au début des années 1950, d’avoir incité des capitaux français à revenir dans l’hexagone.  

Mais revenons, nous, en Suisse et plus particulièrement à Genève. Les finances du canton se détériorent. La crise générale en est la cause et la dépendance particulière de Genève du secteur tertiaire, bancaire accentue le mouvement. Toutefois, le poids de la fonction publique, celui des prestations, des gestions d’établissements publics souvent dispendieuses jouent un rôle considérable. Le ministre cantonal des finances avoue que, sur un budget de quelque huit milliard trois, au moins, sont enchainés par des lois. Alors, des compressions de dépenses sur le reste où existe une marge de manoeuvre ? David Hiller le prévoit mais il laisse aussi entendre que des hausses d’impôts pourraient être nécessaires. Hausses pour qui ?

L’assiette fiscale, en effet, est déjà déséquilibrée à Genève. D’un côté, près de 30% de contribuables théoriques qui ne payent pas ou quasiment pas d’impôts ; ce qui est un exemple singulier, anormal et malsain.  De l’autre , des grosses fortunes et des gros revenus qui, légitimement payent beaucoup. Mais, lorsque l’imposition cumulée fortune , revenus, monte à plus de 70% du revenu ; lorsque toute l’imposition, avec le fédéral plus la cotisation AVS qui est sur le revenu pèsent sur un contribuable à plus de 100% du revenu, est-on encore dans la logique de la solidarité ou dans une ascension qui donne aux intéressés un sentiment de spoliation ? Evidemment, nous autres de la classe moyenne, nous savons bien que les plus riches n’auront pas à changer leur train de vie et que beaucoup auront des accroissements de fortune qui compenseront bien au-delà des prélèvements. Mais il s’agit de réfléchir à la question de l’équilibre. Fixé ou non, la notion de bouclier fiscal c'est-à-dire d’une limite raisonnable aux prélèvements de l’Etat sur un individu devrait rester dans l’ordre des choses.

En outre, si l’Etat cherche à restaurer ses finances en augmentant les impôts, il retombera immanquablement aussi sur la classe moyenne. Or, celle-ci n’en peut plus. Elle n’a pas la marge des riches et n’a pas cette exemption parfois totale et finalement choquante des bas revenus. Elle ne peut se réjouir non plus d’une surimposition des plus hauts revenus qui finiront par fuir Genève pour des cieux fiscaux plus cléments ; attitude que l’on ne saurait applaudir mais compréhensible. D’ailleurs, heureusement, que subsiste une concurrence fiscale entre cantons. Sinon, jusqu’où irait la tentation de certains : suivez mon regard.

En conclusion, rappelons cette devise du baron Louis : trop d’impôt tue l’impôt. Et si Pascal Broulis veut nous persuader que l’impôt peut être heureux, ajoutons que, dans ce domaine, la clé du bonheur est dans la mesure.

 

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Commentaires

Tant que la Suisse, et certains cantons dont Genève, continueront à pratiquer le forfait fiscal, notre pays pourra impunément être traité de "paradis fiscal". C'est la brute réalité.
Les électeurs zurichois l'ont bien compris, en ayant aboli cette injustice qui ne profite qu'à des étrangers.
Les conséquences, pour Zurich, n'ont pas été celles brandies par les partisans du forfait. La plupart des contribuables au forfait sont restés dans le canton.
Vivement qu'à Genève soit aussi abolie cette injustice... Peut-être mardi prochain, j'ai entendu dire que c'était au menu de la Constituante !

Écrit par : Jean-P. Lusson | 28/11/2011

Les jeunes ayant hérité de la sagesse de leurs anciens.On paie ses impots et assurances en premier et ensuite qu'il fait bon dormir l'âme en paix et si vous saviez Cher Monsieur Eggly combien cet adage a encore de nombreuses adeptes dans notre pays. En souriant je me dis quelle chance a la Suisse d'avoir autant de personnes âgées et parfois un peu moins pour remplir les caisses de l'état
toute bonne soirée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 28/11/2011

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