18/11/2011

Ueli Maurer n'a pas vu le mur tomber

Ueli Maurer n’a pas vu le mur tomber.

 

La Commission consultative extra parlementaire ( dite CPSO) qui se penchait sur la participation militaire de la Suisse à des actions pour la paix, comme au Kosovo, vient d’être dissoute par le Conseil fédéral après huit ans d’existence. L’auteur de ce blog se sent d’autant plus concerné qu’il la présidait, même si, de toute manière, le moment d’un passage de témoin semblait opportun. Mais la vraie préoccupation est celle-ci : le conseiller fédéral Ueli Maurer, dont le département patronnait cette Commission avec celui des Affaires étrangères,   est foncièrement réticent devant ces engagements de la Suisse, notamment sous l’égide de l’ONU. Des Suisses non armés pour des missions humanitaires, va encore ; mais nos soldats auraient mieux à faire. Il faut moderniser et organiser l’armée pour la défense du territoire.  Un UDC peut ne pas en cacher deux autres. C’est Adolf Ogi, UDC bernois, qui avait lancé le mouvement pour une participation de la Suisse à ces opérations de paix et qui avait aussi eu l’idée de cette Commission consultative. C’est Samuel Schmid, UDC bernois lui aussi, qui a continué l’action et créé cette Commission de  conseillers de milice, composée de gens aux sensibilités diverses. Ueli Maurer a hérité de tout cela en maugréant. La Commission a probablement contribué à ce que les hauts fonctionnaires du département de la défense, --toujours présents lors de ses discussions--,  puissent insister sur ces engagements dans le rapport sur la sécurité, dont le Conseil fédéral a imposé une deuxième rédaction à Ueli Maurer.

Donc tout n’a pas été perdu. On ne supprime pas les opérations en cours. Mais tout sera fait afin d’empêcher de nouvelles.  La Commission plaidait pour que l’on analyse les situations dans diverses parties du monde, que l’on y évalue l’action de l’ONU, que l’on imagine comment la Suisse pourrait agir, avec quelle spécificité, quelle plus value. Le Département des Affaires étrangères, par ses hauts fonctionnaires, semblait à l’écoute.  Finalement, Madame Calmy Rey, ici comme souvent ailleurs, a un degré d’écoute très sélectif. Contrairement à ce que lui demandaient certains de ses collaborateurs elle n’a pas plaidé au Conseil fédéral afin de maintenir la Commission. D’autres rêves en priorité.  

Il faut dire que les deux ministres sont sous pression d’une partie de leurs troupes. A l’UDC,  comme dans l’esprit de Ueli Maurer lui-même, la priorité est à la défense du territoire, le reste étant très discutable et devant rester, devenir encore plus  marginal. A gauche, on aime la participation à l’action internationale ; mais fi de ces soldats armés. Seule l’action humanitaire civile est légitime et en correspondance avec le mot paix. De part et d’autre, on va chez le même oculiste pour myopes. Seule la couleur des lunettes diffère . On se prend à imaginer qu’un Didier Burchalter ou une Doris Leuthard reprenne les Affaires étrangères, et qu’un nouveau venu, même un UDC plus ouvert,  aux idées plus larges reprenne la défense. On peut toujours imaginer.

La vérité, la réalité c’est que si un cœur de compétences doit être assuré pour une défense du territoire, c’est sur les engagements  face aux nouvelles menaces que la Suisse devrait insister. Et, parmi eux, il y a la nécessité d’une prévention, puis d’une stabilisation par des forces internationales dans des régions vulnérables, fragiles, sources de problèmes pour le monde et la Suisse également. La vérité, la réalité c’est que la lutte contre la déstabilisation financière, économique, humanitaire mais aussi politique est essentielle. La Suisse doit y prendre sa part. La solidarité mais aussi sa sécurité, vue sous tous les aspects, est évidemment en jeu. Du Conseil fédéral sortent bien, parfois, des paroles en ce sens. Mais on se paie de mots car des actes cohérents, continus, expliqués ne suivent pas. Et, comme une dynamique collégiale bute sur la capacité de résistance passive ou d’indifférence relative d’un Chef de département, au lieu d’avancer, d’imaginer, d’adapter on recule dans la politique de sécurité. Lors des travaux de la Commission Brunner qui cherchait à dégager les données d’une nouvelle politique de sécurité, on était plus avancé. C’était il y a bien quinze ans.

Au fond, M. Ueli Maurer n’a pas vraiment vu tomber le mur de Berlin et ses collègues, Mme Calmy Rey en tête, ont d’autres idées plutôt que d’en tirer toutes les conséquences logiques. Au fond, la Suisse, en ce début de xx1 ème siècle, n’a pas de vue prospective,  à même d’inspirer une vraie politique de sécurité adaptée au monde actuel et en mouvement.

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Commentaires

Monsieur Eggly,

" Au fond, la Suisse, en ce début de xx1 ème siècle, n’a pas de vue prospective, à même d’inspirer une vraie politique de sécurité adaptée au monde actuel et en mouvement. "

Ce n'est pas la Suisse, mais le Conseil fédéral, qui n'a pas de vue prospective et cela ne se limite pas à la politique de sécurité.

A nous d'en analyser les raisons, institutionnelles peut-être ?

Cordialement !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 18/11/2011

@Monsieur Eggly,merci grâce à vous en lisant tous ces noms je me sens moins seule,cependant Gorbachev lui-même a avoué avoir regretté son geste aussi on ne peut accuser notre gouvernement de n'avoir pas senti l'orage arriver.Remarquez chez nos anciens pourtant couvait un adage auquel je ne me référerai pas en ce jour,mais connu de tous les Suisses.Et pourtant cependant ceux ayant du sang hérité des pays de l'Est avaient prévenu,méfiez vous les pays contraints au communisme ne sont peut-être pas animés des meilleures intentions ,je prends pour seul exemple sans viser quiconque les enfants enfermés contre leur gré en notre pays.L'idée de vengeance a dû aussi germer chez les habitants contraints au silence et à la Stasi.Comprendre est parfois difficile mais admettre l'est souvent plus et pourtant!Sans omettre la descendance des fameux camps du Lebensborn .L'histoire fini toujours pas se rappeler au monde des vivants¨
Avec tout le respect que je vous dois Cher Monsieur je vous souhaite une bonne journée

Écrit par : lovsmeralda | 18/11/2011

Très intéressante analyse. Je crains que la myopie et l'usage de trop courtes focales soient des maladies fort communes chez nos politiques, à tous les échelons.

Écrit par : Philippe Souaille | 18/11/2011

Quand on voit l'actuelle gestion de la sécurité intérieure, on peut légitimement se demander qui ne voit pas net dans notre pays. Il en va de même pour la sécurité extérieure. A trop se référer à ses rêves, on en oublie la réalité de notre monde...
@ M. Souaille: encore et toujours, place aux jeunes!

Écrit par : Bob Pahud | 21/11/2011

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