06/11/2011

Europe: solidarité subie

Europe : solidarité subie

 

Il y a eu, vendredi soir, un événement télévisuel marquant : l’interview conjoint des président Obama et Sarkozy par deux journalistes vedettes de respectivement F1 et F2. les deux Chefs d’Etat ont  bien joué leur partie, contournant les points de divergence, soulignant les convergences et se félicitant de leurs relations personnelles. Ce n’est pas cela qui aidera le Président américain à se faire réélire et il n’est pas certain que cela aura une grande influence permettant au  Président français de rebondir dans les sondages. L’intéressant fut peut être dans le propos de Barak Obama, disant qu’il avait beaucoup appris et qu’il avait dû s’habituer à une Europe dont la scène est habitée de nombreux acteurs. Chez lui, il est face au Congrès mais il n’a pas de collègues à ménager. Dans l’Union européenne à vingt sept, plus les organes de l’UE comme telle qui sont aussi représentés, le dialogue est tout sauf simple. Pourtant, au travers des dernières semaines, on a constaté le rôle moteur de l’Allemagne et de la France. Ces deux pays phares de l’UE doivent accorder leurs violons en cas de crise ; ce qui est loin d’aller de soi. L’Allemagne est un grand pays industriel et exportateur, conscient des nécessités budgétaires. La France glisse volontiers du côté des pays du sud, consommateurs à crédit jusqu’au moment où sonne le signal d’alarme.

Lorsque la monnaie unique de l’Euro a été instituée, --dont ni le Royaume uni ni le Danemark n’ont alors voulu--, l’idée était évidemment d’engager les membres de l’UE sur un même bateau ; la monnaie unique ne facilitant pas seulement les échanges mais amenant les diverses économies, les diverses finances publiques nationales à observer des références et une discipline plus ou moins communes. Or, ce but n’a guère été atteint, on vient d’en avoir la preuve avec la crise grecque et l’on en craint d’autres. L’aspect positif est que la peur d’une glissage générale en cascade a fait serrer les rangs : aider la Grèce, c’est éviter l’engrenage, sauver la zone Euro, contraindre tous les Etats au retour à la discipline budgétaire : bref éviter le naufrage et, au contraire, donner un second souffle à l’Union européenne. Voilà en tout cas ce qui s’est dit. On peut se demander si l’UE ne souffre pas du fait qu’elle s’est élargie trop vite, qu’elle a englobé des pays aux économies trop différentes avant d’avoir approfondi l’Union entre pays suffisamment convergents. L’ancien Président Giscard d’Estaing se pose souvent la question à haute voix.   

Toujours est-il que l’UE est ce qu’elle est : une articulation commune entre Etats bien plus qu’un sentiment européen commun des peuples. On parle souvent de déficit démocratique. Mais une démocratie à cette échelle européenne supposerait une acceptation suffisante d’une esquisse d’Etat fédéral européen ; et non de cette pluralité d’acteurs qui fait sourire le Président Obama. Et chez tous les peuples des vingt sept se fait jour une grogne contre l’Union, prolongée par une grogne contre la mondialisation en général. La tentation du protectionnisme et du nationalisme existe bel et bien. D’aucuns oublient les catastrophes et l’appauvrissement où cela peut conduire. Il n’est que de suivre ce début de campagne présidentielle en France pour observer cette tentation.

Après le sommet de Bruxelles puis la tenue du G 20 à Cannes, la solidarité au sein de l’Union européenne s’est manifestée. Mais une solidarité par contrainte, subie afin d’éviter une catastrophe commune. Sera-ce suffisant pour relancer une dynamique européenne, économique, financière, politique ? Les voitures de pompiers ont été mises au front ; on cherche les locomotives.

Dans tout cela et la Suisse ? Certains se féliciteront encore davantage qu’elle ne soit pas membre de l’UE. Mais qui ne voit combien, en durée, le sort de cette dernière, de l’Euro même notamment , influe sur sa situation. Sans parler des menaces françaises contre ce qui reste de notre secret bancaire alors même que nous nous félicitons d’accords particuliers conclus avec l’Allemagne et la Grande Bretagne : mais non encore ratifiés et en vigueur.

La naissance des Communautés européennes a été suscitée par le sentiment d’horreur après ce qui s’était passé. Il en est découlé une vision et un projet. Maintenant, l’Union européenne vient de s’obliger à une solidarité défensive. Que va-t-il en sortir qui puisse rassurer non seulement les marchés, mais encore les esprits et les cœurs que l’on aimerait qualifier d’européens ?

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Commentaires

Ce que l'on constate, c'est que la Suisse et sa démocratie directe n'ont rien à faire dans une U.E. où, quand le premier ministre d'un pays décide de s'en référer à sa population par voie référendaire, il est poussé à la démission par les "Grands".
Merci à l'UDC d'avoir freiné des quatre fers notre course folle vers l'abîme en 1992. Merci au PLR d'avoir renoncé depuis à l'adhésion pour se concentrer sur les bilatérales.

Quant aux menaces sur le secret bancaire, quand donc nos parlementaires fédéraux prendront-ils leurs responsabilités et établiront-ils une liste noire des pays qui oppriment leurs populations par une imposition fiscale trop forte ou par l'impossibilité pour cells-ci d'influer réellement sur l'approbation des lois. Les ressortissants de tels pays seraient protégés, par exemple, par une législation idoine nationalisant leurs avoirs placés en Suisse (et naturalisant simultanément les titulaires des fonds, cela va de soi !). La Suisse y gagnerait de nouveaux contribuables "aisés".
Le premier pays à mettre sur une telle liste est tellement évident !

Écrit par : Roger BOUVIER | 08/11/2011

Jacques-Simon Eggly ! Un des plus grands noms du journalisme suisse de langue française de ces 50 dernières années. Un des plus talentueux représentants du libéralisme suisse, un des députés au National qui aura le plus marqué de son empreinte son passage dans cette Chambre sur le plan idéologique.
Tout cela pour en arriver à un billet aussi plat, acratopège, incolore et inodore, et totalement indigne du nom de son auteur.
L'hellénisme le plus élémentaire nous apprend qu'on ne juge d'une vie qu'une fois achevée. Lequel de ces dieux du Panthéon grec a pris J-S E en grippe pour le pousser sur la pente d'une fin de vie ratée en commettant des analyses aussi insipides ?

Écrit par : Géo | 09/11/2011

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