30/10/2011

Lutter mieux contre l'insécurité

Lutter mieux contre l’insécurité

 

Parler à nouveau de l’insécurité à Genève et en général. On va dire que c’est un abcès de fixation, une obsession. Peut être. Mais rien ne nous enlèvera de la tête que c’est la première tâche de l’Etat. Alors, lorsque l’on apprend par la Tribune de Genève que même des policiers ont peur dans certains quartiers de Genève, exemples à l’appui, et qu’il y aurait des quartiers, d’après eux, glissant vers des zones de non droit, on est en droit de frémir et de s’indigner. Et l’on se met à réfléchir sur ce qu’il faudrait faire. Quel éventail de décisions et de mesures ?

Les policiers, très syndicalisés, ne sont pas sans reproche. Ils se plaignent d’être trop peu nombreux sur le terrain et d’avoir trop de paperasse de bureau à assumer. Mais pourquoi ne s’adaptent-ils pas à l’exigence de flexibilité au fil de leur carrière ? Exigence qui s’impose de plus en plus à tous. Pourquoi ne pourrait-on pas demander à des policiers plus âgés de prendre les dépositions au poste, par exemple, tandis que les plus jeunes seraient essentiellement en patrouilles sur le terrain ? Il paraitrait que l’argument serait que la cohérence voudrait que le policier intervenant dans la rue et le policier établissant le rapport au poste soit le même. Ce n’est pas un argument sérieux. Moyennant un peu de souplesse, une répartition du travail est parfaitement possible, rationnelle, comme partout. Il faut défendre les policiers mais leur rappeler leur devoir d’engagement et de discipline avant tout.

Cela dit, ne faudrait-il pas adjoindre encore, dans les postes de police, des aides de bureau, secrétaires ou autres afin d’alléger au maximum les charges bureaucratiques des policiers de terrain ? Mais, bien sûr, Il faudrait en recruter davantage ; soit une offre de carrière plus intensive et un effort budgétaire prioritaire.

Maintenant la justice. La marge des juges n’est pas grande. Elle n’est pas inexistante. On ne comprend pas toujours que les jugements ne sanctionnent pas au maximum des peines possibles : même pour un premier délit. Comment voulez-vous expliquer à un brave citoyen qu’il aura une amende de 200 fr. pour un scooter mal parqué tandis qu’un voleur sera relâché presque immédiatement sans autre forme de procès. C’est tout simplement intolérable. Il y a quelque chose qui cloche.

Alors oui, il faut plus de places de détention. Et puis le Code de procédure pénale, unifié pour toute la Suisse, mériterait qu’on l’examine dans un sens donnant plus de marge à l’action répressive. C’est d’ailleurs, évidemment, le Code pénal lui-même qui doit être révisé afin de supprimer cette absurdité des jours-amendes. Bravo à un Christian Lüscher en pointe de ce combat. On nous dit qu’il faudra attendre au moins 20014 pour que la révision ait lieu. Quelle lenteur !

Bref, il est temps d’attaquer le problème sous tous les angles, aux échelons cantonal et fédéral. Certes, n’oublions pas la prévention, l’accompagnement social et nombre de paramètres qui ont un rapport avec l’insécurité. Mais rien de cela ne saurait écarter d’une nécessité : il faut que le délit contre les personnes et les biens  soit à nouveau signalé, marqué et puni comme tel. Il faut que le Droit et ses serviteurs redonnent l’impression générale de ne pas être là d’abord, et sans risques,  pour guetter les peccadilles des braves citoyens mais d’être présents afin de les protéger. Ce n’est pas être un oiseau de mauvais augure que de prédire qu’une faillite d’un Etat démocratique dans le domaine de la sécurité ouvre beaucoup de portes sur des inconnues.   

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24/10/2011

Le Centre: mais quel centre?

Le Centre : mais quel centre

 

Les commentaires aux résultats des élections fédérales ont largement convergé. Le Centre s’émiette mais se renforce. Entendez par là que le PLR et le PDC perdent des plumes mais que le PBD d’Eveline Widmer Schlumpf et surtout les Verts-libéraux se remplument eux fortement. D’où la constatation : une partie des électeurs tourne sa confiance vers des nouveaux qui prennent en compte les problèmes de façon pragmatique, qui parlent écologie mais sans dogmatisme de gauche, qui font bouger les lignes mais demeurent rassurants. Nombre de commentateurs s’en réjouissent, comme ils se réjouissent du coup d’arrêt, et même plus, porté à l’UDC.

Fort bien. Une question pourtant se pose. Comment se situera et votera ce Centre, dont les voix ne seront pas encore si nombreuses au nouveau Conseil national mais qui pourront néanmoins déterminer parfois les majorités ? Car il y a deux pôles qui demeurent forts : la Gauche, soit les Socialistes et les Verts d’une part ; l’UDC d’autre part. Depuis longtemps nous souhaitons qu’un Centre droit, moderne mais ferme et solide, assure un pivot de la politique suisse. Depuis longtemps, face à la Gauche et vis-à-vis de l’UDC nous souhaitons que les éléments d’une famille libérale se rassemblent et coordonnent leur action. C’est pourquoi il n’y a pas de quoi se réjouir d’un affaiblissement du PLR qui regroupe heureusement les anciens Libéraux et les anciens Radicaux. Pas davantage que d’un affaiblissement d’un PDC que l’on aimerait voir plus solidement arrimé au Centre droit.  Pour tout dire, il paraît urgent que les responsables du PLR et du PDC engagent des discussions sérieuses, approfondies avec particulièrement les Verts-libéraux. Il est intéressant de voir que ces derniers, en bondissant électoralement, font presque jeu égal avec les Verts proprement dit qui reculent d’autant. Les Verts, à l’origine, n’étaient pas teintés de rouge. Il y avait même une filiation avec un humanisme libéral assez baigné dans une morale protestante. Ils le sont devenus de plus en plus sous l’influence de personnalités très ancrées à gauche, débordant même souvent les Socialistes de ce côté-là. Mais il y a aussi une responsabilité à droite. Nous nous souvenons d’avoir irrité les Libéraux vaudois lorsque nous les invitions à tendre la main aux Verts- libéraux, particulièrement à sa chef de file élue dimanche au Conseil national. Or, quitte à argumenter contre certaines propositions simplificatrices, il n’est pas douteux que la préoccupation écologique avec une volonté d’innovation dans ce domaine est porteuse d’avenir. Positive vis-à-vis de la science et de la technologie, soucieuse de la vitalité économique créatrice d’emploi, cette dimension doit être mieux intégrée dans la vision et l’action de partis comme le PLR et le PDC. En revanche, sous l’influence du PLR particulièrement, il faut une ligne politique générale qui n’hésite pas à marquer ses distances envers l’UDC sa pratique et sa culture politique tout en abordant sans complexe des sujets difficiles telle que l’immigration et la sécurité. Et une ligne qui, tout en réclamant la moralisation de la finance et de l’économie sache lutter afin de préserver une liberté d’entreprendre, créatrice d’une prospérité. Une attitude enfin qui explique et intègre la nécessité inéluctable d’une collaboration européenne et internationale plus serrée.

Pour tout cela, il faut un Centre droit articulé, soucieux de bien commun et non de concurrence en son sein conduisant à des votes imprévisibles. Le résultat des élections a augmenté le flou au  centre : on aimerait, dans l’intérêt général, y voir plus clair le plus rapidement possible.

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17/10/2011

Primaires: pas que du mieux

Le Parti socialiste français considère que ses primaires aboutissant à désigner son candidat pour l'élection présidentielle ont été un très grand susccès et que l'événement est historique. La Droite n'a pas manqué de se demander bruyamment comment le candidat dit de tous fera la syanthèse entre l'aile droite et l'aile très à gauche de son parti; sans parler d'une main tendue aux écologistes, à l'extrême gauche et une autre ouverte vers le Centre. On verra bien. Ce n'est pas le propos ici.

L'interrogation porte surtout sur l'opération elle-même. On souligne la légitimité du candidat. Mais observons que pouvait voter, choisir quiconque, sans être membre du parti socialiste, déclarait son empathie pour la gauche en versant une obole. Ce n'est donc pas un acte fort et concentré sur les militants socialistes fortement engagés; comme lorsqu'une Assemblée des délégués ou un Congrès désigne son candidat. Autrement dit, le candidat issu de l'opération conduite par son parti est déjà un peu porté par des courants que le débordent. Annonce d'un large rassemblement mais dilution aussi d'une certaine identité. Le PS français se réjouit d'avoir montré que l'on ferait désormais de la politique autrement mais il ne sent peut être pas que lui-même pourrait bien ne plus jamais être tout à fait le même. En s'aventurant un peu loin dans les hypothèses d'évolution, on peut s'interoger: un jour, tous ces actes politiques se feront-ils par internet, avec des questions adressées à tous? Un questionné pourrait par exemple choisir  Hollande comme candidat socialiste puis voter finalement  Sarkozy. A ce point d'une telle évolution, entre sondages et opérations électroniques que resterait-il comme rôles aux partis? Que resterait-il du militantisme et d'un vrai engagement citoyen? Affaire à suivre, comme on dit.

Tout cela donne à penser que la Suisse a de la chance d'avoir un régime fédéraliste. Et l'UDC n'a pas raison de souhaiter une élection du Conseil fédéral par le peuple. Faudrait-il, en plus, que chaque parti impliqué dans la formule magique organise des primaires populaires compliquées? Non, la désignation de nos candidats au Parlement par les partis cantonaux et l'élection des conseillers fédéraux par le Parlement élus sur proposition des Groupes parlementaires: c'est vraiment le meilleur système pour nous. Celui, aussi, qui laisse encore de la place à de la vraie politique et ne glisse pas dans une démocratie de brassage informatique.

 

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08/10/2011

Droits de l'homme mieux secourus? A voir!

Droits de l’homme mieux secourus ? A voir !

 

Dieu que l’observation de la politique internationale laisse perplexe, fait balancer l’esprit entre optimisme et pessimisme. La doctrine Brejnev avait développé le droit d’intervention dans un pays au nom de la solidarité communiste contre la menace impérialiste. Ainsi en fut-il en 1956 pour remettre la Hongrie au pas et en 1968 pour passer directement du printemps de Prague à l’hiver. A vrai dire, les interventions des Etats- Unis en Amérique centrale et du sud furent souvent des remises au pas analogues. Alors, on se dit qu’il y a progrès. Réaction militaire efficace contre la tentative serbe de récupérer tout pouvoir au Kosovo en en chassant les Kosovars albanais. Ces derniers, d’ailleurs ayant démonté, preuves récentes à l’appui, qu’ils étaient tout sauf des enfants de chœur. Etablissement d’un Tribunal pénal international qui fait peur aux tyrans, aux dictateurs car ils savent qu’ils risquent de rendre un jour compte de leurs forfaits au nom d’une morale internationale   protégeant les droits de l’homme. Enfin, et ce n’est pas fini,  support décisif, en Libye, aux insurgés contre Kadhafi . On respire. Il y aurait donc progrès. A défaut de voir partout des régimes démocratiques, verra-t-on bientôt des pratiques garantissant le minimum proclamé des droits de l’homme ? La Communauté internationale, rassemblant sur ce point un consensus pouvant brandir le drapeau de l’ONU, est-elle en passe d’établir un ordre juridique et humanitaire prometteur ?

Des progrès, il y en a, indéniablement. Mais il y a ce qui les contredit péniblement. Tantôt c’est l’aspiration à plus de justice qui apparait, tantôt c’est le réalisme, la défense des intérêts particuliers et  un oubli des valeurs fondamentales qui l’emportent. L’exemple est flagrant avec la Syrie. Certes, un renversement du régime soulèverait des inconnues, comme en Libye et même en Egypte et en Tunisie. Un intégrisme religieux dangereux pourrait-il succéder aux dictatures plus ou moins laïques ? Il n’empêche que la répression en Syrie est épouvantable. L’Onu , là, ne fait rien,---deux poids deux mesures---, car la Russie et la Chine ont dit d’emblée qu’elles opposeraient leur veto à toute proposition d’intervention. Les Etats-Unis dénoncent ce blocage mais ils sont eux-mêmes mal placés pour le dénoncer. Il n’y a pas de comparaison mais la situation des Palestiniens est intolérable. Même en retenant toutes les guerres et le terrorisme auxquels Israël a  courageusement fait face , il est impossible de justifier la colonisation systématique des territoires occupés en Cisjordanie depuis 1967. Impossible de justifier le corset de fer dans lequel sont enserrés les Palestiniens. Dans ce contexte, comment ne pas regretter que le Président Obama ait annoncé le veto américain à idée d’une reconnaissance internationale d’un Etat palestinien ? On comprend tout de suite la raison. Déjà engagé dans sa pré-campagne électorale pour obtenir un deuxième mandat à la présidence il ne peut se mettre à dos les électeurs et les groupes de pression pro-Israël : particulièrement les milieux juifs et évangéliques. Il en résulte une perte grave de crédibilité morale des Etats-Unis dans tout le monde arabe, y compris chez les gens les plus ouverts à un vrai dialogue israélo-arabe. Et la perte de crédibilité est plus large encore. Elle retombe sur l’ONU qui devrait pourtant être le creuset d’un ordre mondial où la politique et l’économie devraient intégrer la dimension éthique et humaine. A vrai dire, l’ONU ne pourra continuer éternellement à fonctionner avec un Conseil de sécurité déterminant où cinq membres permanents, autoproclamés au lendemain de la deuxième guerre mondiale, conservent jalousement chacun un droit de veto anachronique.

Dans ce monde où progrès et reculs alternent continuellement, il ne faut ni s’envoler vers l’angélisme ni sombrer dans le pessimisme. Les hommes et les nations sont ce qu’ils sont : capables du meilleur et du pire. Il faut travailler à fortifier le meilleur, à neutraliser le pire. Donner du temps au temps mais sans cesser de bouger. C’est dans cet esprit que l’on aimerait percevoir l’action du Parlement et du Gouvernement suisses qui seront bientôt élus pour quatre ans.

 

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03/10/2011

ceux qui ne grandissent pas avec la fonction

Ceux qui ne grandissent pas avec la fonction

On l’aura compris, il s’agit de la Conseillère administrative de la ville de Genève Sandrine Salerno. Nous n’aimons pas attaquer les personnes. Il faut privilégier la confrontation des idées dans le respect des contradicteurs. Mais ici,  les idées et la posture d’une membre de l’exécutif d’une ville internationale sont ensemble critiquables.  Dans une interview Sandrine Salerno dénonce, en somme, une croissance du canton de Genève causée par l’emprise de cette dimension internationale, avec le nombre considérable des organisations internationales mais aussi des entreprises multinationales. Là serait une des causes des déséquilibres : vie chère, crise du logement,  problèmes d’infrastructures; d’autant plus que ces internationaux politiques et économiques n’apporteraient pas une juste part dans les rentrées fiscales.

Les réactions ont fusé. Chiffres à l’appui, elles rappellent tout l’apport économique et fiscal qu’apporte à Genève sa dimension internationale. C’est spectaculaire. Le niveau des prestations sociales du Canton au bénéfice des Genevois serait très au-dessous sans elle. Certes, il y a des effets négatifs à l’accroissement démographique du canton et aux disparités de revenus : pour le logement et les loyers par exemple. Mais ces effets ont été multipliés par une absence ou un retard dans les mesures d’accompagnement nécessaires. Insuffisance de terrains disponibles pour la construction, pénurie de logements. Les responsabilités sont sans doute partagées. Toutefois, la Gauche et d’autres en ont une bonne part, de par les blocages et les recours systématiques contre des projets. Trop d’idéologie et trop de défense d’intérêts particuliers caractérisent la vie genevoise. Le procès qu’intente donc l’élue socialiste est extrêmement réducteur Surtout, elle semble tout ignorer de ce que doit Genève au fait qu’elle a cette dimension internationale sur les plans politique, économique et financier : les trois allant ensemble.

Parmi ceux qui ont réagi, il y ceux qu’on attendait, bien sûr : associations économiques, grandes entreprises…Mais on y a retrouvé des jeunes, dans l’Association Agir, eux qui s’étaient déjà battus contre le Référendum visant dangereusement l’OMC ; au risque de la faire émigrer. Et puis on a pu saluer la réaction du Conseiller d’Etat David Hiller, écologiste convaincu mais homme d’Etat et de lucidité. Sa crédibilité de ministre cantonal des finances et en charge du dossier fiscal pèse lourd pour décrédibiliser la pourtant ministre des finances de la ville.

Cependant, elle persiste et signe. En revendiquant son droit personnel de militante elle relativise sa responsabilité collégiale au sein de l’exécutif d’une ville qui a une image à sauvegarder. Heureusement, dira-t-on, elle n’est qu’au gouvernement d’une commune, aussi particulière que soit la ville. C’est l’Etat cantonal qui détermine vraiment la politique. Mais on frémit en imaginant un comportement semblable au sein du Conseil d’Etat, par exemple.  Sandrine Salerno est certainement une femme respectable, sincère et engagée. En revanche, elle est de ceux et celles que la fonction n’élargit pas et ne grandit pas. Personne n’a de quoi s’en réjouir.

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