27/09/2011

Députés avant d'être grand électeurs

Députés avant d’être grands électeurs

Parmi les journalistes en activité Daniel Miéville est peut être celui qui a la plume la plus stylée. Il a aussi une lucidité sans complaisance dans ses analyses politiques et psychologiques. Il vient d’en administrer une nouvelle preuve dans le dernier numéro du Matin dimanche. Il ironise en effet, non sans une pointe d’inquiétude sur le fait que les élections parlementaires toutes proches sont très imbibées des questions que l’on se pose sur l’élection des conseillers fédéraux, en décembre, par ce Parlement élu pour quatre ans. Les médias ne pensent qu’à cela. Les questions aux candidats portent invariablement sur cela. Les présidents de partis réfléchissent à haute voix déjà sur ce sujet. On suppute les rapports de force et l’on personnalise les données de l’échéance. Quel conseiller ou conseillère fédérale sortant , sortante se fera couper éventuellement la tête ? Pour un peu toute l’attention serait tendue vers un possible psychodrame du genre des élections sénatoriales françaises.

Or, si le rôle de l’Assemblée fédérale pour l’élection du Conseil fédéral est essentiel, sa composition au lendemain des élections et sa capacité à assumer un travail collectif le sont tout autant. Les dossiers en vue pour les quatre prochaines années seront ardus : sécurité sociale, politique européenne, énergie, finances et économie dans un contexte international troublé, politique de sécurité et bien d’autres affaires lourdes de conséquences. En fait, la première question qui devrait intéresser les concernés et intéressés par ces élections parlementaires est celle-ci : tel candidat, s’il est élu, sera-t-il à la hauteur de son mandat et des circonstances ? Un député se doit, évidemment, d’offrir des capacités d’intelligence et de travail adéquates. On attend de lui qu’il soit porteur de valeurs, de convictions correspondant, certes, au parti qui le porte sur sa liste  mais en sachant aussi faire valoir et défendre une position personnelle . Il faut, de plus en plus, qu’il sache être présent et à l’aise dans ses relations avec les médias. Naturellement aucun élu n’a tous ces atouts au même degré. Mais quand bien même il les posséderait largement il y a encore une conscience à acquérir et qui se perd un peu. Etre conseiller national ou conseiller aux Etats, ce n’est pas seulement être soi-même, membre de son Groupe. C’est également être un élément d’une vie collective, d’un Parlement qui est un pivot de notre démocratie et qui doit aboutir si possible à des synthèses, une fois les rapports de force exprimés. Certes, l’organe où les synthèses devraient être le mieux élaborées est le Conseil fédéral en tant que Gouvernement collégial. Mais, si le Parlement n’est, par définition, pas un organe collégial, il a besoin d’avoir une conscience partagée de sa vie collective de son devoir en tant que Parlement.

Ces réflexions pourraient sembler un peu sermonneuse. La réalité est faite de turbulences et de votes majoritaires. Il n’en est pas moins vrai que le degré de la conscience collective imprime sa marque au travail du Parlement et à ses résultats. On devrait interroger un peu les candidats sur ce qu’ils en pensent.  

18:24 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.