19/09/2011

Une jeunesse déboussolée

Il y a eu des périodes, les plus nombreuses, où la jeunesse mettait tout naturellement ses pas dans ceux des ses aînés tout en y apportant une énergie et un souffle nouveaux. Il y a eu des périodes où la jeunesse s’est élevée en rupture et a été le ferment de changements, voire, dans certains cas, de révolutions contre un ordre établi. A tâter le pouls des pays et des sociétés aujourd’hui, on ne saurait exclure la perspective de troubles graves en Europe; troubles qui auraient une ampleur beaucoup plus large que les émeutes telles celles qui ont secoué l’Angleterre. Ce n’est pas faire l’oiseau de mauvais augure que de le dire. Pour les autorités actuelles la ligne devrait être de ne jamais glisser dans une banalisation de la violence ni même de l’insécurité au quotidien. Cela doit être clair.

Mais le propos, ici, prétend à un autre registre. En revenant d’Italie du sud, en Calabre puis dans la région de Naples, et en ayant bénéficié d’informateurs du terrain on mesure la maladie collective et individuelle qui sévit. Certes, il y a la pieuvre ancienne des mafias qui tiennent un peu tout. Mais leur emprise est d’autant plus forte que rien ne marche ailleurs. Chômage endémique et désespérance mêlée de cynisme de jeunes, notamment de ceux ayant acquis une formation professionnelle et universitaire dont ils ne peuvent rien faire. Que dire de ceux qui n’ont même pas de formation à offrir. Vraiment, l’Italie du sud va mal, plus mal qu’avant. A Naples ne reste guère que Novartis, qui n’engage plus. Problème italien, dira-t-on. Ce n’est pas si loin de la Grèce et de sa mentalité. Mauvaise façon de se rassurer. Et l’Espagne et le Portugal. Certes, des politiques de rigueur y sont imposées par l’interdépendance européenne et mondiale. On veut espérer que ces assainissements dans la douleur prépareront des bases pour une reprise saine.

Mais tous ces jeunes qui se demandent quelle perspective de vie ils auront lisent et entendent avec effarement les informations sur les turbulences boursières et les risques de crash financier. Ils apprennent ce qu’est un trader, sur quelles sommes gigantesques ils spéculent. Ils entendent parler de bonus faramineux. Ils se demandent quelle cohérence, quel sens a tout cela. Or, Dieu merci, les idéologies marxistes du tout par l’Etat ont fait définitivement faillite. Mais si le libéralisme n’inspire plus confiance, que restera-t-il ? L’exigence d’une régénération est évidente.

Cela devrait toucher les Etats, les entreprises, les banques et tous les acteurs politiques. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, disait Rabelais. Il y a seulement quelques années, une telle citation en parlant d’économie, de finance pouvait faire rire. On s’aperçoit que le fonctionnement d’un libéralisme oh combien nécessaire et irremplaçable peut se gripper et déboucher sur des conséquences graves si la boussole éthique, morale est perdue. Libéralisme sans conscience est ruine de l’âme et finit par rendre aussi les corps malades.

L’avenir de nos sociétés dépendra de leur capacité d’ offrir à leur jeunesse des possibilités d’emplois correspondant à une logique et une cohérence économiques compréhensibles et de longue durée ; à leur capacité d’offrir à cette jeunesse une vie qui ait un sens, des valeurs, de l’espoir pour soi-même et pour les autres. A la fin, tous les acteurs, publics et privés, seront embarqués dans le même bateau, pour un mieux être ou pour Dieu sait quoi. Tous les contrôles possibles et imaginables n’y suffiront pas. Rabelais avait bien vu l’enjeu de vie ou de mort pour les hommes et les sociétés. Puisse-t-il, même sans être connu, être entendu.

09:21 Publié dans Chronique, Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Un joli discours, mais quand l'économie libérale débouche sur un taux de chômage de 45% pour les jeunes en Espagne, il sonne un peu dans le vide, non?

Concrètement, je serai intéressé à connaître votre recette pour améliorer la situation de l'emploi chez les jeunes.

Écrit par : olivier | 19/09/2011

Entièrement d'accord. Et ce qui est vrai en Calabre l'est dans toute l'Europe, y compris en Suisse. C'est d'ailleurs le sujet de mon prochain documentaire: "Révolutions au village global". Le déclassement de l'Europe est la conséquence inéluctable de l'émergence des anciens pauvres du "tiers monde" avec qui il nous faut apprendre à partager le gâteau. A long terme, c'est moral et profitable, car générateur d'un monde plus équitable, donc plus stable et plus durable. A condition de franchir ce cap des réajustements sans trop de casse...
Nous aurons besoin de découvertes technologiques (et d'avancées morales) majeures pour maintenir une certaine qualité de vie avec 7 puis 9 milliards d'habitants appelés à en bénéficier. L'Europe aura tout son rôle à jouer dans ce challenge. Reste la question clé: que faire des jeunes et moins jeunes sans formation (pour faire court) dans une société avide de personnels de plus en plus pointus. Le problème se pose déjà avec acuité à Genève, mais il est en fait celui de tout le monde occidental.

Écrit par : Philippe Souaille | 19/09/2011

Je ne vais que me baser sur votre titre, le reste en découle.

Les adultes donnent-ils le bon exemple ? Tous ces politiques trainants dans des affaires de corruptions à longueur de page, ne montons-nous pas en épingle les petites délinquances pour cacher les petites ?

Écrit par : Corto | 19/09/2011

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