02/09/2011

Politique: voir loin et large

Politique : voir loin et large

 La date des élections parlementaires fédérales approche. Celle de l’élection du Conseil fédéral, en décembre, n’est plus très loin. Les calculs et les supputations vont bon train. C’est de bonne et légitime  logique politicienne. C’est le sel et le poivre du jeu démocratique.

Toutefois, au-delà des péripéties dans la conquête et le partage du pouvoir, la question se pose : quelle sera la capacité des élus de faire de la bonne politique au service du pays ? Comment les grands problèmes qui se posent seront-ils abordés, avec des décisions à prendre et des perspectives à tracer ? C’est là le grand défi lancé à la politique et aux politiciens.

On peut dire que le mieux sort d’une double capacité : celle d’avoir et de proposer une vision à long terme ; celle d’avoir le sens tactique et d’inviter à la suite des petits pas nécessaires. Notre système dit de concordance, inscrit dans la contrainte d’une démocratie semi directe, rend l’exercice difficile mais nécessaire. Si l’on compare aux fonctionnements des démocraties alentour, le nôtre est sans doute le plus achevé, la plus adapté à la nature et à la diversité de la Suisse. Mais le risque est que ce fonctionnement empêche une conduite politique claire de se dégager.

A cet égard, la question nucléaire est illustrative. C’est sous le coup de l’émotion et sous pression que le Conseil fédéral a affiché son intention de sortir du nucléaire. C’est avec le temps bienvenu de la réflexion que la Commission des Etats à nuancé : pas de nouvelle centrale nucléaire à envisager dans l’état actuel des technologies ; mais pas d’élimination définitive et doctrinaire d’une énergie dont la technologie , dans 30 ou 50 ans pourrait offrir une ressource sûre, économique et écologique. On aurait   apprécié que la ligne, à la fois claire et nuancée, fût tracée par le Gouvernement. Cette manière d’évoquer le long terme, avec clarté mais en faisant la part des incertitudes, tient au langage de vérité et demande à la raison de ne pas se laisser neutraliser par l’émotion. N’en déplaise à certains, la question de nos relations avec l’Union européenne devrait être débattue de la même manière. Après l’échec de l’Accord sur l’EEE, en 1992, c’est de manière défensive mais avec succès que la Suisse a suivi le chemin des négociations bilatérales. Contrairement à ce que disent certains, nous y avons perdu de la souveraineté en devant reprend des acquis communautaires sans avoir pesé sur leur élaboration. Le négociateur en chef d’alors, Jacob Kellenberger, Appenzellois peu suspect d’être apatride, a toujours affirmé que le désir exprimé par la Suisse de rejoindre un jour pleinement la construction européenne avait facilité, sinon permis le succès de ces bilatérales 1 décisives.  Depuis, tant les tensions et  les crises au sein de l’UE que l’évolution de l’opinion suisse ont fait passé aux oubliettes la seule affirmation de ce but stratégique d’intégration ; laquelle, pourtant n’engageait à rien mais donnait une vision à long terme de la place de la Suisse dans une Europe des Etats en construction. On attend, en somme de pouvoir dire au peuple : pas moyen, hélas,  de faire autrement que d’entrer dans le Cercle. On dira que dans les faits, cela ne change rien. Dans la manière de faire de la politique et de parler politique cela change beaucoup.

On a souvent dit que les compromis politiques, en Suisse, étaient induits par le Gouvernement collégial ; qu’il était à la source des ententes parlementaires, donc des partis,  sur nombre de dossiers et  à la clé des possibilités de faire avancer les choses au travers des méandres de la démocratie directe. Seulement voilà : les meilleurs systèmes peuvent s’altérer. Il n’est pas besoin, ici, de revenir sur les entorses à la collégialité et les péripéties dans l’élection au Conseil fédéral. Mais, naturellement, les conséquences se font sentir dans tout notre processus démocratique. Car il faut bien comprendre que la collégialité gouvernementale, ses prolongements parlementaires et les majorités qui peuvent en sortir devant le peuple ne sont pas simplement les résultats d’épreuves de force et de compromis plus ou moins boiteux. Dans le meilleur des cas, ils résultent d’une volonté et d’un effort dans la recherche de synthèses. Dans le meilleur des cas, une telle synthèse devient la décision du collège gouvernemental et se répercute dans les autres étages de notre maison démocratique. Il n’y a pas si longtemps, ce meilleur des cas était fréquent et visible. Il passait par le temps de la réflexion en évitant l’émotion et la réaction immédiate sous pression.

En somme, la capacité d’inscrire l’action au fil des jours dans une vision à long terme, sans engrenage rigide pour autant, et la capacité de nouer les divergences dans un effort final de synthèse : on aimerait que ce ne soit pas le sujet d’un essai politique sur la Suisse qui s’intitulerait : à la recherche du temps perdu.

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