20/08/2011

Encore des banaliseurs de l'insécurité

Encore des banaliseurs de l’insécurité

 

La pause d’été s’achève. C’est le temps de reprendre la discipline hebdomadaire d’écrire mes <blogs>. Mais , même au vert loin de Genève on reste attentif à ce que se passe dans le canton. On lit des journaux ; la Tribune par exemple. Et l’on est peu rassuré par certains faits relatés. Il s’agit, au premier chef de l’insécurité, bien sûr. Il y a eu, cet été des agressions répétées. Comme des personnalités politiques connues et le fils d’un diplomate américain en ont été victimes, cela a produit plus de remous que d’habitude. Tant mieux. Mais il a fallu que des travailleurs sociaux nous resservent un refrain trop entendu : il n’y aurait pas davantage d’agressions que dans le passé ; ne distillons pas un sentiment excessif d’insécurité dont les médias seraient en partie responsables ; et, naturellement, mettons l’accent sur la prévention, l’encadrement social de la jeunesse etc…

Ces gens, au demeurant très respectables, n’ont-ils pas compris qu’en voilà assez de ce discours et qu’il faut vraiment remettre les priorités à leur place et dans leur ordre. Tout d’abord, une constatation. Ce n’est pas le nombre, plus ou moins stable, d’agressions qui est le plus important à observer mais leur gravité, la violence gratuite qui explose. Tout le monde a été choqué par les émeutes en Angleterre. Certes, on peut évoquer les difficultés économiques, le manque de formation, de perspectives, les clivages raciaux et culturels en matière sociale. Il n’empêche que le Premier ministre David Cameron a raison d’insister sur une dégénérescence morale au cœur de la société qui pousse au non respect total de l’intégrité physique des personnes, au  non respect de leurs biens. Et ce ne sont pas les plus riches qui ont été les victimes de ces violences, de ces destructions, de ces pillages mais des gens de classes moyennes laborieuses effarées devant le déchainement émanant, parfois de très jeunes mineurs.

Il y a longtemps, qu’ici et ailleurs, je critique les politiciens qui banalisent ce fait de l’insécurité. Il était d’ailleurs amusant, presque cocasse d’apprendre que la ministre socialiste Micheline Calmy Rey, ancienne conseillère d’Etat genevoise, s’inquiétait des conséquences de cette réputation d’insécurité pour la Genève internationale, et donc pour la Suisse.  La Conseillère d’Etat Isabel Rochat, dont la communication n’a pas été terrible dans cette affaire, a en revanche très bien mis quelques points sur les i. La Confédération devrait prendre entièrement en charge la protection des missions diplomatiques et décharger ainsi les effectifs de police cantonale. Elle devrait aussi renforcer considérablement le Corps des gardes frontière et les disposer aux contours de cantons frontaliers comme Genève.

Mais il faut aller beaucoup plus loin. La politique doit revenir à ses fondamentaux. La première tâche de l’Etat, avant toutes les autres, est de garantir la sécurité et la liberté de mouvement des citoyens et des habitants qui sont la substance vive de nos collectivités démocratiques. Dès lors que l’on commence, ne serait-ce qu’un peu, à relativiser cette exigence, le ver est dans le fruit. Les Partis et les cercles de gauche ont une peine folle à admettre cela ; Faudra-t-il que plusieurs personnalités de gauche, ou leurs proches se fassent tabasser gravement pour que le discours lénifiant s’efface enfin ?

Il ne s’agit pas de défendre une seule option. La formation, l’encadrement social, la réintégration : oui, autant que possible. Il y a là des engagements nécessaires dans la durée. Mais, sur l’immédiat comme dans la permanence, la priorité est la sécurité et la liberté de vous et de moi. La protection des citoyens et habitants, la sanction dure pour les délinquants doivent passer bien avant les mesures nécessaires mais compliquées de réinsertion. Il serait bon que le Code pénal suisse soit révisé en ce sens. Il serait bon que les juges utilisent leur marge d’appréciation dans le sens d’une sévérité accrue. Il serait bon que la police, aux effectifs renforcés et avec un soutien politique accru puisse pourrir la vie de ceux qui n’hésitent pas à s’en prendre à nos intégrités et à nos libertés. Sans doute, une sécurité absolue est-elle difficile à atteindre, notamment dans une ville comme Genève. Mais on peut aller plus loin, beaucoup plus loin dans ce but. On a raison de ne pas souhaiter des milices privées, des groupes de citoyens à la Western qui feraient leur propre police. Mais attention : au-delà d’une certaine perte de confiance dans la capacité protectrice de l’Etat, ce qui serait illégal et préoccupant deviendrait, sinon légitime du moins compréhensible. La police à une noble tâche, qui n’est pas d’abord de coller des amendes aux braves citoyens pour des peccadilles mais de les protéger et de neutraliser les délinquants, les criminels. Et certains juges qui en rajoutent dans le souci d’individualiser la peine participent à cette banalisation de l’atteinte à l’intégrité et à la liberté des personnes. Ils  ne renforcent pas nos valeurs démocratiques.  

Oui, il est encore temps d’ouvrir les yeux et de se donner les critères moraux, la volonté et les moyens d’un vrai engagement pour une sécurité maximale. Mais il est vraiment temps.

 

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