12/06/2011

Pas de Suisse sans l'Allemagne

Une participation à l’Assemblée des Suisses d’Allemagne vaut la peine. Elle s’imposait dans une fonction de Président de l’Organisation des Suisses de l’étranger ; laquelle, rappelons-le, représente et défend du mieux qu’elle peut les quelque 700.000 détenteurs d’un passeport helvétique répartis dans le monde. Un moment intéressant fut la conférence d’un médecin allemand établi en Suisse. Il a tiré un livre de son expérience. Il avait débarqué, persuadé que les affinités de langue et de culture rendraient l’intégration très facile. Avec l’Allemagne voisine, la Bavière notamment, n’y a-t-il pas une souche historique commune dans les peuples alamans ? Il a déchanté, même s’il vit bien finalement. Pourtant, comment vivraient les hôpitaux suisses, et tant d’autres choses dans tant d’autres branches sans les immigrés allemands de haute formation ajoutée ? Mais la méfiance rencontrée l’a frappé. Repli sur les dialectes dans la communication humaine. Méfiance ressuscitée devant l’évidence, précisément, de ce besoin d’Allemagne agaçant. Hier, ouvertement menaçante la voici qui serait sournoisement envahissante, avec des tentacules risquant d’étouffer les identités culturelles particulières. Certes, l’Allemagne d’aujourd’hui est, peut-être, la démocratie la mieux établie de l’Union européenne. Mais dans les esprits d’outre Rhin, les germes d’autoritarisme voire d’impérialisme n’ont-ils pas survécu ?

Cela peut faire sourire. Les Romands ont aussi, avec la France, des relations psychologiques contradictoires. Elles ont, toutefois, des traces moins lourdes dans l’inconscient. Napoléon, c’était il y a longtemps. Et puis, il a tout de même créé quelques cantons, solidement arrimés depuis à la Confédération ; dont le canton de Vaud : ce n’est pas rien. Hitler, bien plus récent, et son idée de démanteler la Suisse, c’est autre chose. En terre romande, l’histoire est de l’histoire. En terre alémanique, l’histoire est de l’émotion.

Et pourtant, la construction de la Suisse a commencé dans le cadre du St. Empire romain germanique ; soit une racine germanique largement conçue et une référence appelant à une vision européenne englobant les identités multiples et particulières. Certes, l’unité allemande par le fer et le sang, sous Bismarck, a politiquement bouleversé les données. Mais, à travers les tragédies ne s’est jamais rompu ce lien culturel profond entre les Allemagne et les entités suisses. D’ailleurs, ce grand Etat voisin est fédéraliste et les Länder proches le sont plus des cantons voisins que des Länder du nord et de l’est. La région bâloise transfrontalière est politiquement plus élaborée, mieux structurée que la région genevoise transfrontalière.

Mais il y a lieu d’aller plus loin dans l’analyse. Un rejet trop marqué de l’Allemagne en terre alémanique serait mauvais pour la cohésion nationale. Ainsi, une distance grandissante envers la langue allemande,--langue de culture aussi pour les Alémaniques--, poserait des problèmes grandissants aux Romands. On ne peut attendre de ces derniers, surtout dans un contexte de mobilité européenne, qu’ils placent soudain l’apprentissage d’un dialecte alémanique (et lequel ?) en priorité par rapport à celui de l’allemand. De même, certaines décisions de cantons alémaniques de pratiquer le dialecte dans les classes enfantines, à l’exclusion du< hoch deutsch,> n’est pas de bonne politique ni de bon augure. On nous dit que, de plus en plus, l’anglais devient langage de travail commun. Mais alors, les Suisses entre eux pourraient finir par se voir comme se verraient ces mêmes Suisses dans leurs rapports avec des Russes des Chinois ou des Américains travaillant chez nous. Il est curieux que dans les milieux UDC, si prompts à rappeler l’identité nationale, on ne voie pas ce danger. On a envie de dire qu’il faut sauver l’usage officiel, professionnel et culturel de l’allemand en Suisse allemande pour sauvegarder la Suisse. Quant à l’offensive contre la libre circulation des personnes, son succès ne serait pas seulement catastrophique dans les champs économiques ; il dégagerait, dans son repli brutal, des ferments de tensions et de divisions internes. Il n’y a plus de St. Empire romain germanique mais il y a une Union européenne. Elle connait des difficultés et des tensions. L’Allemagne grogne d’aider des pays du sud manquant, à ses yeux, de discipline. Or, l’intégration en profondeur de l’Allemagne dans l’UE est historiquement capitale. Les équilibres politiques organisés au sein de l’UE ont une portée historique. C’est bien pourquoi ceux qui voient la Suisse y participer pleinement un jour ou l’autre ont probablement une vue à plus longue portée que ceux qui excluent, --certains disant à tout jamais--, une adhésion suisse à l’UE. L’organisation de l’Europe et son avenir passent, encore une fois, dans des équilibres consentis entre ses membres, grands et petits. La Suisse est concernée au plus haut point. Une dégradation de l’Union européenne serait néfaste pour elle. En arrière fond, la restauration d’une relation saine et réaliste entre la Suisse et l’Allemagne, prenant la mesure des différences, des identités mais aussi des imbrications et des parentés profondes est sûrement de très grande importance.

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Commentaires

Je pense effectivement, qu'il serait fort hasardeux de tourner le dos à l'UE, comme semble vouloir le faire certains.

Écrit par : Philippe Souaille | 13/06/2011

et notre Général Guisan ajouterait sans doute en riant ,non jamais la seule cerise sur le gâteau vous ne l'aurez point,on savait tous ce qu'il éprouvait à juste titre envers ce pays qui au demeurant ne doit en rien empécher l'évolution actuelle,cependant beaucoup ont par réflexes de peur une énorme difficulté à s'alligner sur cet idéal ,les blessures ont meurtri les âmes des survivants pour toujours,on ne peut qu'espérer meilleur pour la prochaine génération nous ne serons plus!
avec tout le respect que je vous dois Monsieur bonne journée à vous

Écrit par : lovsmeralda | 13/06/2011

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