04/04/2011

Grande crise de confiance genevoise

La grande crise de confiance genevoise

 

A Genève, les élections dans les parlements communaux ont eu lieu. Celles pour les exécutifs communaux vont avoir lieu. Les premières n’ont guère souri aux partis de droite traditionnels, Libéraux, Radicaux et PDC. Les secondes s’annoncent dans une grande confusion inquiétante pour eux.

Evidemment, tous les regards se sont portés sur la progression du MCG ; davantage que sur l’UDC, laquelle, en comparaison, paraît moins agressive. Elle n’en est pas moins adossée à une UDC suisse dont le Président vient de déclarer que pour consommer moins d’énergie, voire se passer du nucléaire, il faudrait moins de population, c'est-à-dire moins d’étrangers. Il faut quand même oser dire des choses pareilles. Mais revenons à Genève. Le MCG a donc pris la tête de l’invitation au vote protestataire. Les causes du mal : les étrangers, bien sûr, les frontaliers notamment, les multinationales. L’insécurité, la pénurie de logements, la perte d’identité : tout vient de là. Les slogans électoraux n’y vont pas par quatre chemins.

Pour la Gauche et les Verts, s’en prendre au discours du MCG, et aussi de l’UDC va de soi. Pour les Libéraux et les Radicaux en intention de prochaine fusion et pour les PDC, l’attitude à tenir est plus difficile. Pourtant elle devrait être claire. C’est tout un langage politique, une simplification du discours, une agressivité contre les autorités élues, une recherche constante de bouc émissaires qui doivent demeurer étrangers,--c’est le cas de le dire--, aux membres d’une famille de pensée libérale. Il en va d’une culture politique, intellectuelle, éthique. Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté à cet égard.

En revanche, Libéraux-Radicaux et PDC ont eu le tort et ont encore le tort de relativiser des problèmes graves qui exaspèrent la population. Prenons deux points : la sécurité et le logement.

C’est un fait indéniable que l’insécurité s’est répandue à Genève. Si la qualité de la vie y demeure enviable, en comparaison internationale, on entend et on lit constamment des relations sur des faits de violence, de vols, de trafic de drogue. L’autre jour, après un double drame à Cornavin, la police a conseillé aux braves habitants de Genève, à vous et à moi, de ne pas trop fréquenter ces lieux vers la fin du jour. On croit rêver. Ce n’est pas encore une zone de non droit à la française, mais on imagine des évolutions effrayantes . Sans doute répondra-t-on deux choses. Premièrement, il faut admettre que Genève, canton frontière et pôle d’immigration, doit bien composer avec cette réalité incontournable et ses conséquences en partie inévitables. Deuxièmement, il est impossible de mettre des policiers à tous les coins de rue et sur toutes les places. Eh bien, ces deux réponses sont insatisfaisantes. Il y a une sorte d’accoutumance à l’inacceptable qui empêche de prendre toutes les mesures nécessaires. Si une volonté politique spectaculaire se dégageait, une priorité s’imposerait et les forces de sécurité cantonales seraient largement renforcées ; sans compter la pression continue du canton sur Berne afin de renforcer encore bien plus les garde frontières. Et puis, même avec un effectif insatisfaisant, en délaissant peut être un peu des tâches moins urgentes (contraventions aux automobilistes etc…) on pourrait, par des rondes et des arrestations continuelles pourrir la vie des délinquants. Enfin, il s’agirait pour les juges d’appliquer au moins strictement une loi  pénale déjà trop laxiste en prolongeant au maximum les temps d’arrestation avant jugement et en poussant les peines au maximum légalement autorisé pour les délits concernées. Sur cette ligne, la Chef du département de police, le Conseil d’Etat, la majorité parlementaire devraient être intraitables. La population reprendrait confiance et les chantres de la droite ultra, --qui oublient par exemple que l’hôpital et nombre de secteurs économiques ne fonctionneraient pas sans les frontaliers--, perdraient leur impact.

Quant au logement, lié à l’aménagement du territoire, il devrait lui aussi faire l’objet d’une politique majoritaire résolue, tenace déclarant la guerre aux blocages, dénonçant les oppositions idéologiques, sectaires et égoïstes ( ces dernières venant aussi de milieux de droite). Les exemples de blocage, de lenteurs bureaucratiques sont légions dans ce domaine. Les partis traditionnels de la droite devraient être en pointe, pugnaces quitte à bousculer même leurs propres magistrats responsables de ces domaines lorsqu’ils sont pris dans l’étau de ces rigidités. Des initiatives législatives sont à envisager.

Bref, il y a péril en la demeure pour les Radicaux- Libéraux et PDC . Sans une réaction et une action rapides et au long cours, le déclin continuera ; cela bien au-delà des prochaines élections pour les exécutifs communaux. En fait, cela vaut aussi pour eux à l’échelle nationale. Et sans une stabilité de ces partis pivots de la politique, le Canton , comme le pays, se porteront mal. C’est déjà tard mais il n’est pas encore trop tard.

    

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Commentaires

100% d'accord. La fusion libérale-radicale a un bel avenir sur ces bases !

Écrit par : Philippe Souaille | 05/04/2011

D'abord je tiens à vous féliciter pour votre analyse. Il est réjouissant de constater que cela commence à bouger. A cet égard, je me réfère aussi au blog Doc. Je ne souhaite pas me prononcer pour l'un ou l'autre des bords politiques, pour tel ou tel parti, ma lassitude est trop grande. A vrai dire, je doute que la classe politique genevoise puisse avancer en ordre dispersé. Se pose alors la question de savoir si la Constituante ne devrait pas opter pour un modèle politique bi-polaire, un régime présidentiel, tel que nous le connaissons aux Etats-Unis. Le gouvernement est élu sur la base d'un programme claire et précis, le cas échéant sanctionné en cas d'échec. Aujourd'hui, chaque Conseiller d'Etat (idem pour le Conseil Fédéral) y va de sa propre logique ou de celle de son parti, sans véritable commandant à bord du navire. Il n'y a que des visions sectorielles et intéressées. Cherchez l'erreur. Et c'est ainsi que la République s'enfonce tous les jours un peu plus dans l'immobilisme, avec les résultats que nous connaissons. Je ne pense pas que nous puissions renoncer à l'analyse sur l'adéquation de nos institutions dans ce monde globalisé, en même temps que nous devons trouver une voie pour obtenir un consensus sur la définition du bien commun et les moyens à mettre en oeuvre pour le garantir. Il s'agit peut-être d'un préalable pour que le citoyen retrouve la voie aux urnes.

Écrit par : Dixit | 06/04/2011

Genève, un monde en soi !

Le DCTI de Mark Muller est au bord de l'implosion, stagnation.
Le DSE de François Longchamp dysfonctionne, chômage.
Le DSPE d'Isabel Rochat s'endort sur ses réforme sans priorité, sécurité.
Le DIP de Charles Beer ne répond plus aux attentes des parents, éducation
Le DIM de Michèle Künzler est chaotiquement mené vers l'immobilité, mobilité.
Le DARES de Pierre-François Unger est un gouffre financier, coûts de la santé.
Le DF de David Hiler spécule sur les Hedge Funds, hausse des impôts.

Genève, un monde ne soie !

Écrit par : Walter SCHLECHTEN | 06/04/2011

Bonjour,

Quand on lit que le patronat genevois déclare sa flamme à l'UDC Ville de Genève, section sans réel projet, sans bilan surtout et lestée d'un champion dont le manque d'éducation vaut quelques difficultés à intégrer le marché du travail, on constate la cécité des élites genevoises.
Faut-il qu'elles n'aient plus que la prochaine destination de leurs vacances de Pâques comme intérêt autre que leur activité professionnelle pour qu'elles en viennent à trahir l'ambition de ceux qui ont fait la grandeur de cette Ville : une Ville tolérante, prospère, humaine et ouverte sur le monde.

Mais il y plus que ça. Il y a quatre ans, Pierre Weiss, fort de sa visibilité médiatique, pensait pouvoir être élu au CN sans difficulté aucune. Il sous-estimait les effets de la campagne sécuritaire (mendiants, etc.) menée par son colistier Christian Lüscher. C'est ce dernier qui fut élu. Ce cas pratique devient théorie chez les Libéraux. D'où le choix du patronat genevois.

Aujourd'hui, celui-ci s'auto-justifie en arguant qu'il ne s'agit que d'élections municipales, un enjeux limité, etc. Mais les Libéraux, par la voix de leur président, ont déjà fait savoir qu'ils voulaient continuer cette union avec l'UDC pour les élections à venir. Si tel est le cas, le patronat genevois, légitimement appelé à donner un mot d'ordre, abondera dans le sens du PLR.

La droitisation du parti Libéral, engagée à marche forcée par sa présidence, ne trouve pas d'opposition assez forte dans sa base, dont on sait tous la timidité, pour faire marche arrière. Ce n'est pas faute d'intelligence, mais d'incarnation. Dans cette bataille qui s'annonce âpre, qui veut incarner le courant libéral humaniste contre MM. Lüscher et Jornot et voir ainsi tomber sur soi une vague de critiques capable de noyer un marin breton?

Ceux qui pourraient, avec vous, redonner un cap à ce bateau ivre qu'est le parti Libéral n'ont pas envie de sacrifier leurs ambitions personnelles. Le temps est révolu où les avocats étaient tenus en respect par les gens de lettres et d'argent en son sein. Autres temps, autres moeurs.

Bien à vous.

Écrit par : durham | 11/04/2011

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