14/03/2011

Libye: intervenir vite

Libye : intervenir vite

 

Il y a urgence. Il faut, dans une mesure à déterminer, que les pays de l’Otan, avec l’appui de la Ligue arabe, interviennent sans tarder en Libye. A défaut, il sera trop tard et le dictateur aura massacré ses opposants. Au minimum, il faut empêcher ses avions de décoller pour aller bombarder les insurgés. Certes, ce n’est pas sans risques, On comprend les hésitations, à Bruxelles, à Berlin, à Washington et ailleurs. Mais une cohérence devrait s’imposer. Déjà, l’Union européenne a condamné le régime libyen. Déjà, tout le clan familial et au-delà est interdit de séjour. De toute manière, aucune reprise de relations profitables, vues sous un angle cynique, n’est envisageable. Le leader libyen fera payer cher aux occidentaux le rejet dont il a fait l’objet. Il n’y a rien à gagner à le laisser se remettre en selle. De toute façon, c’est trop tard.

Certes, encore, il ne faut pas tomber dans l’angélisme. L’opposition n’est pas structurée et contient bien des inconnues, à commencer par les mouvements islamistes. Mais, là encore, il n’y a pas le choix. Il faut parier sur les éléments sincèrement démocrates de cette nébuleuse, les aider à se constituer et à constituer un Etat. On n’est pas ici dans le cas du viet-nam, de l’Afghanistan ou de l’Irak.  On est dans le cas où de vrais patriotes appellent simplement à l’aide afin de ne pas être écrasés, afin de prendre leur destin et celui de leur pays en mains. On est dans le cas où  les pays voisins qui ont fait leur révolution, et qu’il faut aider à forger les suites, ainsi que la ligue arabe donnent leur caution. Intervenir a ses risques et ses possibilités de retours de bâton. Ne rien faire a ses risques certains et une certitude de retour de bâton. Du point de vue de nos valeurs universelles et dont se réclament les insurgés, intervenir est un devoir. Y renoncer, atermoyer jusqu’à ce qu’il soit trop tard serait perdre toute crédibilité à cet égard. C’est une question de jours.

La Suisse, elle, ne peut recourir à la force. Mais devant la situation, elle peut l’appeler de ses vœux et l’accompagner, en quelque sorte, par un engagement humanitaire,--demain économique et financier--, en faveur des insurgés. Le CICR  prévoit une tragédie. Appuyons à fond l’action de cette institution, intervenons directement et fortement dans ce registre. Faisons, selon notre nature, notre part de l’effort.

Il est un temps pour réfléchir, peser le pour et le contre, ne pas se lancer inconsidérément. Et il est un temps pour agir, en veillant à maîtriser son action. Il faut intervenir vite ; ou ce sera la honte et l’échec.  

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Commentaires

Vite, très vite même. Pour sauver ces résistants qui ont osé se soulever contre l'horreur quotidienne.
Sinon, de toute manière, le régime est condamné. Kadhafi se fait vieux, et il est plus que probable que sa succession sera sanglante entre ses fils, tous tueurs patentés et dotés de leur armée personnelle.

Écrit par : Philippe Souaille | 14/03/2011

Merci pour Benghazi, le peuple libyen, la démocratie, Monsieur Eggly.

Écrit par : pachakmac | 14/03/2011

Depuis le temps que je le crie sur les toits (dans mes vidéos), vous avez plus que raison Monsieur Eggly, il faut intervenir vite... sinon la "guerre civile" se transformera en... En guerre... contre qui?
Cordialement, Hank Vogel.

Écrit par : Hank Vogel | 14/03/2011

Vous avez bien raison, vous homme de droite. Curieux d'ailleurs que l'on n'entende pas plus les voix de gauche dans cette affaire. Serait-ce parce que Kadhafi s'est dit socialiste ou parce que l'on a peur d'avance de se trouver "complice" d'une éventuelle intervention, directe ou indirecte, des Etats-Unis? Pourtant dans cette affaire c'est bien un peuple (autrefois mot magique dans la bouche de la gauche) que l'on assassine ...

Écrit par : Mère-Grand | 14/03/2011

Bonsoir M. Eggly,

" Le leader libyen fera payer cher aux occidentaux le rejet dont il a fait l’objet. Il n’y a rien à gagner à le laisser se remettre en selle. De toute façon, c’est trop tard. "

Oui vous avez raison, mais certains dirigeants occidentaux, mêmes âgés, sont très souples et capables des pires contorsions. Alors j'ai bien peur qu'on en reste à la gestion des affaires courantes. Courage fuyons, après on avisera ...

Parmi les révolutions arabes, la spécificité libyenne, les intérêts économiques en jeu, la nature du clan qui dirige ce pays, nous contraignent à affirmer que l'évolution des événements restera dans l'histoire comme l'un des pires exemples de lâcheté, de trahison, de prostitution, de cupidité et d'hypocrisie. Une honte pour l'Occident, et l'Europe en premier lieu !

Après le tremblement de terre et le tsunami au Japon, leurs conséquences sur les centrales nucléaires de la région, la filière de production nucléaire sera exposée à de grandes pressions politiques, ce qui relancera les intérêts des centrales thermiques conventionnelles, celles qui fonctionnent au fuel.
Par conséquent cette catastrophe sismique nippone arrange beaucoup les affaires de Kadhafi. Non seulement elle détourne l'attention internationale, mais surtout elle relance le pétrole en tant que source d'énergie.

Pour une intervention, j'ai bien peur qu'il ne soit déjà trop tard ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 14/03/2011

Sacré Mouamar! À vrai dire, c'est probablement le seul «homme d'Etat» qui a une réelle vision du monde. Hé oui, le spectacle qui lui est servi ces jours avec les atermoiements de la «communauté internationale» doit bien le faire se «bédouiner». Les pas-de-deux en avant et arrière des faux-culs de la planète, ça vaut son pesant de barils.
Qu'est-ce qu'il a su anticiper le Mouamar! Ah qu'il doit être remonté à bloc le bédouin: «... ne bougeront jamais le petit doigt ces lâches d'infidèles... sont encore plus cons que je pensais». Quelle déception quand-même pour lui qui aurait sans doute jouï à croiser le fer. «Bande de paillassons, attendez pour voir maintenant, je vais vous en faire baver!»
Aïe ! je sens qu'à Berne, on va devoir enlever l'élastique du dossier du tribunal arbitral... préparer des ré-excuses pour quelques bonnes paroles échappées de la bouche de Micheline...
Et chez nos voisins, le pauvre Sarko, déjé mal barré avec son hexagone, qu'est-ce qu'il va devoir inventer pour ramerner le prix à la pompe à la raison. D'autant plus qu'au royaume de la CGT, c'est le prix à la pompe qui détermine la longueur et l'épaisseur du jambon-beurre...
Heureusement qu'il y a eu un tsunami, ça nous empêche de penser à tout ça!

Écrit par : petard | 14/03/2011

Le pire, sont les promesses non suivies d'effets ! N'est-ce pas ?

Écrit par : Corto | 15/03/2011

Deux semaines plus tard, et l'offensive a commencé.

Je déteste Kadhafi autant que n'importe quel citoyen helvétique normalement constitué, mais j'ai le regret de rappeler que la rébellion contre Kadhafi n'a aucune légitimité particulière au-delà de la sympathie qu'elle inspire. Et qu'il n'est pas dans le mandat délivré par l'ONU d'appuyer un mouvement de rébellion contre un régime central, fût-il tyrannique. Cela causerait un fâcheux précédent vis-à-vis de tous les pays membres qui s'accomodent si bien du totalitarisme chez eux!

Voilà qui met sérieusement en porte-à-faux les apôtres du "soutien de la communauté internationale" à tout crin.

Allez-vous écrire des billets similaires pour le Yémen ou la Syrie? Dans leur attente, je vous salue bien.

Écrit par : Stéphane | 28/03/2011

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