07/03/2011

Migration : résister mais aider

Tout récemment, la membre de la Commission de l’Union européenne chargée du dossier des migrations s’est exprimée à la télévision romande. Aux Tunisiens, Egyptiens, Libyiens en passe ou en aspiration d’émigrer en Europe, elle a dit en substance : restez chez vous, l’Europe ne peut pas absorber vos flux migratoires ; mais vous avez raison d’attendre de notre part une aide beaucoup plus forte, pour vous sur place, afin de contribuer à l’avenir de vos pays et à votre avenir


Tout récemment, la membre de la Commission de l’Union européenne chargée du dossier des migrations s’est exprimée à la télévision romande. Aux Tunisiens, Egyptiens, Libyiens en passe ou en aspiration d’émigrer en Europe, elle a dit en substance : restez chez vous, l’Europe ne peut pas absorber vos flux migratoires ; mais vous avez raison d’attendre de notre part une aide beaucoup plus forte, pour vous sur place, afin de contribuer à l’avenir de vos pays et à votre avenir. En fait, c’est bien la position que j’affiche personnellement depuis toujours. A l’Assemblée du Parti libéral-radical suisse, des Romands, emmenés par Claude Ruey, ont regretté une position trop fermée, trop défensive, trop répressive du parti dans cette question de la migration. Claude Ruey, très intégré dans l’église protestante, a même dit qu’il voulait pouvoir se regarder dans la glace sans honte. Eh bien, cette attitude est discutable du point de vue politique et humain.

Le Socialiste Michel Rocard a dit un jour que la France, --cela vaut pour les autres pays européens,- ne pouvait pas accueillir toute la détresse du monde. Ajoutons que l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions. Ou disons plutôt que, même si l’immigration massive magrébine et africaine en France a aussi répondu à des besoins économiques français, le résultat global est lourd de problèmes sur lesquels surfe une Marine Le Pen.  En Suisse nous n’en sommes pas là mais on peut fort bien ressentir des inquiétudes en parcourant certains quartiers de nos villes. D’ailleurs, les campagnes électorales les expriment nettement, même au sein de la Gauche qui a si longtemps voulu nier tout problème. 

Il est évident que des migrants nombreux qui afflueraient maintenant chez nous dans la suite des événements que l’on sait ne trouveraient aucun travail stable les intégrant dans notre tissu économique et social. Il est non moins évident que c’est un risque devant lequel se trouvent tous les pays européens ; particulièrement l’Italie, la France, l’Allemagne, l’Autriche, --nos voisins--, et la Suisse. Nous devons donc réagir et agir en concertation avec eux : et pour empêcher ces flux de se répandre à travers ces territoires et pour organiser les procédures d’hébergement provisoire, de refus et de renvois dans des conditions acceptables. Penser ou dire le contraire c’est simplement se voiler la face devant une réalité et prendre une grosse responsabilité quant à l’équilibre de nos sociétés.

On nous objectera aussitôt que jouer à la forteresse, c’est refuser une autre grande responsabilité vis-à-vis de ces populations en souffrance et en attente de jours meilleurs.  C’est vrai et voilà pourquoi l’on ne peut suivre les partis et mouvements nationalistes sur ce dossier. Il importe, en effet, pour notre conscience morale, de par les sentiments humains qui doivent nous habiter, afin de contribuer à l’édification d’un monde plus sûr parce que plus solidaire, plus équilibré dans la répartition des richesses de nous engager fortement dans une aide à ces pays où des révolutions cherchent à ouvrir des chemins de justice, de respect des personnes et de démocratie ; chemins qui ne doivent surtout pas être obstrués par trop de difficultés. Voilà la seule attitude à la fois légitime et réaliste que la Suisse, à l’unisson de l’Europe peut et doit avoir en regard des migrations liées aux événements.  

JSE

10:04 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.