31/01/2011

La banalisation de l'insécururité

Le Blog de Jacques-Simon Eggly

 

La banalisation de l’insécurité

 

Chacun, particulièrement à Genève, a des histoires de violence à raconter, soit qu’il l’ait éprouvée personnellement soit qu’il connaisse des personnes plus ou moins proches en ayant été victimes. Et chacun de rapporter des réactions tardives de policiers venant sur les lieux plusieurs heures après des vols avec effraction ou bien haussant les épaules d’impuissance devant une victime carrément violentée , arrachée de sa voiture ou jetée à terre et frappée en pleine ville.

Pourtant, quand ils le peuvent, les policiers font ce qu’ils peuvent. Mais ils manquent de moyens et les autorités politiques, --  gouvernants  et parlementaires, -- ne hissent pas, quoi qu’ils en disent, la sécurité au premier rang de leurs devoirs envers la population. Il faut se méfier des comparaisons grandiloquentes  qui pourraient même être indécentes. Mais on a le droit de penser à la fameuse phrase de Hannah Arendt au procès Eichmann : la banalisation du mal.  Bien sûr, aucun rapport entre l’acceptation de l’horreur du vingtième siècle en occident  et les péripéties urbaines à Genève et ailleurs.  Mais il y a une lointaine analogie dans l’attitude mentale qui consiste à ne pas s’indigner devant ce qui ne devrait pas être et à s’y habituer. On commence avec de petites choses, de petites incivilités et l’on ne sait pas jusqu’où l’on acceptera le non droit er l’irrespect de la personne.

La Conseillère fédérale Simonetta  Somarugua a très opportunément dit qu’elle prenait les craintes des Suisses au sérieux. Voici une Socialiste qui réagit, devant la délinquance, notamment celle du fait des étrangers,  avec un réalisme intelligent que ne partagent pas nombre de ses camarades toujours et encore vissés au discours sur la prévention et désireux de toujours dédramatiser les faits. Cela change un peu. Les sondages qui voient l’UDC friser les 30% lors des prochaines élections fédérales n’y sont, sans doute , pas pour rien. Il n’empêche que le Conseil fédéral ne répond pas à l’attente, à l’exigence du temps pour augmenter suffisamment le nombre de garde frontières. Il n’empêche que le Parlement genevois n’a pas encore pris la mesure de l’enjeu et n’accorde pas encore un montant suffisant au budget afin d’augmenter comme il se doit le nombre de policiers. Quant au Conseil administratif, à majorité gauche verte, de la ville de Genève et au Conseil municipal ils ont fait du surréalisme idéologique en refusant au seul magistrat de droite une augmentation de gardes municipaux  proprement dit et en n’imaginant que des sortes d’appendices culturels : vraiment très emblématiques pour lutter contre les incivilités.  Un sujet pour la Revue.

Bien sûr, il y a des améliorations, comme au quartier genevois des Pâquis grâce à une opération spéciale. Bien sûr, il y a des efforts accrus de collaboration policière avec la France voisine. Mais cela ne suffit pas. On sent bien que la sécurité n’est pas devenue ou redevenue la priorité des priorités politiques ; alors que c’est la tâche première d’un Etat. Il faut sortir de cette banalisation politique relative  de l’inacceptable. A défaut, non seulement des partis et des groupes aux slogans excessifs occuperont le terrain mais un vent américain soufflera sous nos cieux et prônera milices privées et auto défense. Une conversation récente avec un Américain à propos de la prochaine votation sur  les armes est  illustrative à cet égard. Lui, anti Busch viscéral, partisan d’une politique de paix ne comprend pas que les Suisses ne soient pas armés pour se défendre contre les délinquants de tous degrés s’attaquant à leur personne et à leurs biens. Est-ce cette évolution que l’on doit prévoir à cause d’un effritement de la confiance dans l’Etat ?

Plus on y pense, plus s’impose la nécessité d’une politique plus ferme, plus affirmée, plus simple et intransigeante face à ceux qui menacent la liberté, la tranquillité voire les biens et la vie des habitants de ce pays. Non à la banalisation du mal et à la résignation devant ses manifestations.

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Commentaires

"Plus on y pense, plus s’impose la nécessité d’une politique plus ferme, plus affirmée, plus simple et intransigeante face à ceux qui menacent la liberté, la tranquillité voire les biens et la vie des habitants de ce pays. Non à la banalisation du mal et à la résignation devant ses manifestations". Ah bon vous y pensez, d'autres y pense depuis longtemps et se font traiter de chemise brune! Auriez vous changé de chemise Monsieur Eggly ou est que c'est les autres qui ont vu juste!

Écrit par : Ah bon | 31/01/2011

En tout cas une chose est sûre : vous ne faites pas parties des quelques membres un peu dissidents de votre partis qui trouvent que le PLR marche un peu trop sur les plates-bandes de l'UDC.

En tout cas, allez-y, continuez à rédiger des notes avec des "On" et des "Chacun", c'est très parlant !

Écrit par : Dji | 31/01/2011

Ayant été moi-même victime d'une agression, je ne peux qu'abonder dans votre sens !

Oui, c'est vrai que l'insécurité est trop souvent banalisée. Oui, elle ne concerne que les autres jusqu'au jour où l'on est soi-même victime de violences gratuites. Gratuites, mais pour les agresseurs seulement, pas pour les victimes qui en ressortent bien souvent traumatisées, qui doivent se débattre pour obtenir réparation, au pénal, mais surtout au civil. Certaines victimes subiront leur vie durant des séquelles physiques et psychiques de ce que certains perçoivent encore, et bien malheureusement, comme de banals faits divers !

Non, l'insécurité n'est pas qu'un sentiment comme d'aucuns voudraient nous le faire croire. Non, l'accroissement de l'insécurité n'est pas inéluctable et c'est aux pouvoirs publics qu'il incombe de réagir en se dotant des moyens nécessaires en ressources humaines et matériels. C'est ainsi qu'il est impératif de renforcer l'effectif du Corps des gardes frontières, des policiers, gendarmes et agents de sécurité municipaux (ASM).

Il serait tout de même affligeant qu'à défaut de se sentir protéger par la "force publique", des citoyens s'organisent en milices privées d'auto défense, ou que des commerçants se trouvent contraints de faire appel à des sociétés de sécurité privées, comme on l'a vu aux Pâquis l'an dernier.
Ne serait-ce pas un lamentable aveu d'échec du fonctionnement de notre Etat de droit ?

Votre billet relate aussi la conversation que vous avez eue avec cet Américain à propos de notre prochaine votation sur les armes. Sur ce point-là, il va de soi que je ne peux partager l'opinion de votre interlocuteur, précisément parce que je crois encore au fonctionnement de notre Etat de droit. Imaginons-nous les risques et les dérives, si tout un chacun chacun sortait dans la rue armé ?

L'Etat de droit est le privilège d'une démocratie saine et digne de ce nom. C'est son fondement, un bien précieux, c'est pourquoi nous devons veiller à le conserver dans son intégrité, fût-ce au prix d'une redéfinition des priorités budgétaires, car la sécurité n'a pas de prix, même si elle a un coût ...

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 31/01/2011

Monsieur Eggly,

Juste bravo pour la pertinence de votre mot, une analyse sans concession de la situation et des manquements politiques.

J'aime quand des gens de votre qualité d'indignent !

Walter Schlechten, ancien président de l'UPCP.

Écrit par : Walter Schlechten | 01/02/2011

Ce qui me trouble c'est que l'on a libéré 150 policiers depuis Schengen qui étaient aux douanes de l'aéroport...remplacés par des douaniers... Mais où sont-ils passés ? Dans les bureaux ? A la retraite ? Ont-ils démissionné ? C'est bizarre.....0n communique toujours sur les effectifs policiers en sous-nombre mais ne s'agit-il pas d'une mauvaise répartition de ces derniers dans leurs tâches? Trop dans les bureaux et pas assez sur le terrain ?

Écrit par : Sirène | 04/02/2011

Pourquoi ne pas organiser des brigades de volontaires pour accompagner les aînés en fin de mois dans les banques et les postes ? Organisons-nous ?

Écrit par : Sirène | 04/02/2011

Mais les francs-mac ont la solution!

Écrit par : dominiquedegoumois | 05/02/2011

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