25/01/2011

Armes: pas de faux arguments

Il y a de bonnes raisons de voter contre l’Initiative dite "pour la protection face à la violence des armes". Mais il y en a aussi de mauvaises. Ceux qui voteront sans être des idéologues anti armée devraient donc bien trier avant de se prononcer.


Evidemment, l’identité des auteurs de l’Initiative incite à la rejeter. En effet le Groupement pour une Suisse sans armée est, depuis toujours, l’adversaire de toute notre politique de sécurité Quant au parti socialiste, il vient d’afficher la suppression de l’armée à son programme et certains, ou certaines, de leurs notables ont de l’urticaire dès qu’il est question d’uniforme : même s’il s’agit de missions pour la paix. Je connais bien ces adversaires politiques et personne ne me suspectera d’être indifférent à la politique de sécurité. C’est même l’un de mes sujets de prédilection. Mes états de service parlent pour moi.

J’ai combattu toutes les Initiatives contre l’armée et celle qui voulait interdire l’achat d’avions FA 18 . J’ai été membre de la Commission militaire du Conseil national, membre des deux Commissions Brunner qui réfléchissaient précisément à l’adaptation de notre politique de sécurité. J’ai fait partie du petit comité secret de parlementaires qui surveillait la fameuse Organisation secrète de résistance en cas d’invasion, la P26. Dieu que cela m’a été violemment reproché par d’aucuns : suivez mon regard. Enfin, actuellement encore, je préside la Commission conseil du Conseil fédéral pour les missions armées de paix à l’étranger : par exemple la Swisscoy au Kosovo sous l’égide de l’ONU. Je ne rappelle pas cela pour me faire valoir mais afin de rejeter tout reproche de tiédeur dans ce domaine.

Et c’est précisément fort de cette expérience, de ces réflexions que je me rapproche beaucoup des idées exprimées récemment par un Pierre Maudet. Je n’irai pas jusqu’à préconiser l’abandon total de l’armée de milice mais une milice concentrée autour d’un noyau de professionnels. Certes, une telle adaptation serait un très grand changement de conception mais nullement un bradage de la politique de sécurité. Et tristement, avec inquiétude je dirais que le plus grand danger intérieur pour l’avenir de notre politique de sécurité n’est pas chez les anti militaristes mais chez Ueli Maurer et ses amis. Là encore, et pour avoir suivi les choses de près, je rejoins l’homme politique libéral radical et officier Pierre Maudet.

Pour en revenir à cette Initiative sur les armes, l’idée ne tient plus qu’il serait impératif que chaque soldat ait son arme à la maison. C’était valable lorsque l’on imaginait une attaque surprise par une armée étrangère nécessitant de chaque citoyen soldat qu’il se rendît au plus vite à son lieu de mobilisation. Qui peut encore évoquer ce scénario pour combattre l’initiative ? On ne parlera pas non plus d’armes servant à se défendre contre des voleurs ; usage sanctionné par le Code pénal. D’ailleurs, depuis un certain temps, le soldat rentre à la maison avec une arme sans munitions.

Au fond, parmi les arguments contre l’Initiative, il y a son caractère excessif à l’égard des tireurs sportifs. Il y a la lourdeur de ce fichier fédéral central de toutes les armes qui est proposé. Il y a le fait que la très grande majorité des usages délictueux d’armes ne concerne pas les armes d’ordonnance ;---mais la faible proportion d’actes tragiques avec de telles armes est-elle un argument déterminant ?—.On parle aussi de suicides, facilités par la présence au domicile d’un fusil d’assaut ou d’un pistolet ; encore faut-il l’acte de s’être procuré de la munition. Et puis, bien sûr, aux yeux d’un libéral, il y a cette balance à faire entre la confiance que l’on accorde aux individus responsables, nourris d’une tradition ancienne et le risque de dérive. Certes, encore une fois, chaque dérive est humainement tragique mais ne dispense pas de réfléchir à cette balance.

Alors, que voter ? Pour une fois, je ne dirai pas ce que je ferai. J’ai encore, comme beaucoup, quelques jours pour retourner tout cela dans ma tête. Et quelques jours pour lire les réactions à ces lignes. Mais une chose est sûre à mes yeux : la défense nationale moderne et la politique de sécurité adaptée ne sont pas concernées par ce vote.

 

 

22:16 Publié dans Chronique | Tags : armes, violence des armes, initiative, armée suisse | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

Commentaires

Je ne voterai pas (je n'ai pas voté: mon bulletin est déjà reparti) contre l'initiative pour la question militaire uniquement. Je pense qu'une fois de plus, au-delà des émotions, c'est un choix de société que nous devons faire: d'un côté, des gens considérés comme responsables et dont l'indépendance rejaillit sur le pays, de l'autre, des assistés d'un système qui transforme le citoyen en sujet, pour mieux assurer sa sécurité, son confort, son bonheur… même s'il n'est pas sûr d'en vouloir.
En outre, je reste persuadé, avec Benjamin Franklin, que ceux qui renoncent à un peu de liberté pour plus de sécurité n'auront ni l'une ni l'autre, bien au contraire. Et je crains que ce pays, une fois "sécurisé" par les bien-pensant ne devienne, comme ceux qui l'entourent, nettement moins sûr.

Écrit par : Frank Leutenegger | 26/01/2011

Bonjour,
Merci pour votre article qui semble tout à fait neutre.
Pour ma part, je me suis aussi posé toutes ces questions (et je me les pose toujours d'ailleurs).

Est-ce que vraiment l'arme à domicile est nécessaire? Bien sûr que non!
Est-ce que si un jour cela arrive dans mon entourage cela serait terrible? Bien sûr que oui!

De l'autre côté des milliers d'autres personnes, ne posent aucun problème.

Je pense qu'il faut voir la question un peu plus loin. Ce que je peine à comprendre c'est qu'une catégorie de personne ne cessent de rappeler à une autre catégorie de personne, que cela ne sert à rien d'enfermer un criminel à vie, que ca ne sert à de punir à tout bout de champ, qu'il faut éduquer, suivre, soigner, etc...

Les chiffres parlent d'eux même et ce, dans tous les pays. Plus on essaie de limiter, interdire, déresponsabiliser, plus les actes violents augmentent. C’est en donnant la possibilité au gens de se responsabiliser qu’ils deviennent responsable. C’est un peu comme avec les ados, ce n’est pas en l’enfermant dans sa chambre, ne jamais le laisser sortir, tout contrôler ce qu’il fait qui le rendra responsable. Vous risquez justement de produire l’inverse.

On peut donc se poser la question ainsi:

- Est-ce que cela vaut la peine de garder les armes à la maison au risque de nombreux drames qui se produise chaque année?

Mais aussi, on peut se poser la question inverse.

- Est-ce que cela vaut la peine de tenter réduire le nombre de drames au risque de participer à la déresponsabilisation individuel?

Car mon but ultime, mon idéal n'est pas de me dire

- Il n'y a plus d'acte tragique du fait qu'il est interdit d'avoir des armes à la maison.

Mais plutôt:

- Il n'y a plus d’acte tragique du fait que les gens sont responsables et se respectent.

De toute façon l'une comme l'autre, c'est de l'utopie totale (l’un comme l’autre n’arrivera jamais). Mais le deuxième choix a le mérite de réduire le nombre de cas avec toute conscience alors que la première l'est par ignorance. Donc quitte à a voir des drames familiaux, autant que cela puisse apporter de la responsabilité aux autres.


Pour éviter les suicides par armes à feu, on ferait bien mieux de "jouer" la carte sur les réels dégats que cela engendre au corp humain (c'est pas comme dans les filmes avec un petit trou), de jouer sur le respect de la famille qui aurait peut-être bien voir le visage de leur enfant une dernière fois, même mort. Plutot que de voir des "restes".

Écrit par : DdDnews | 26/01/2011

Effectivement, les arguments pour et contre sont multiples. Parmi ces derniers je relève cette "clause de besoin" introduite dans le texte de l'initiative, probablement pour tenir compte des sociétés de tir et des chasseurs. Mais que peut signifier ce terme en droit, comment un tireur pourrait-il démontrer son besoin de tirer ou un chasseur celui de chasser, hormis le garde-chasse? A moins d'être 'accro' comme à une drogue?...
On peut aussi parler de la sécurité des arsenaux, qu'ils soient militaires ou civils.
Il demeure que cette initiative doit être acceptée car son objectif est de lutter contre la violence domestique et le suicide. Une page intéressante a été publiée dans Le Courrier de mardi 25. Elle donne, entre autre, la parole à F. Hirminger qui rappelle que, contrairement à ce qui est affirmé, l'accès à l'arme aide le passage à l'acte et que "les instruments ou méthodes de suicide ne sont pas interchangeables". Un policier fédéral y rappelle que le dépôt de l'arme de service à domicile ne se justifie plus, les Femmes protestantes de Suisse redisent que le violence domestique avec armes à feu se tourne essentiellement contre les femmes et les enfants et le Dr De Haller, président de la FMH, société faîtière des médecins suisses qui soutient fermement l'initiative, écrit aussi que "des armes moins disponibles diminuent réellement le nombre de suicide".
Alors cette initiative n'est pas une attaque contre l'armée, elle ne désarme personne, encore moins la Suisse, ne cherche à culpabiliser ni sportifs ni chasseurs, elle veut simplement protéger la vie.

Écrit par : Daniel Neeser | 27/01/2011

Cette initiative ne prétend pas résoudre tout le problème. Mais si elle peut éviter ne serait-ce qu'une seule tragédie, elle vaut la peine. Pour moi,aucun doute, oui à l'IN. Qui peut me donner un seul argument qui justifie l'UTILITE d'une arme à la maison? Il n'y en a aucun! A part une fierté bien mal placée. Et qu'on ne vienne pas me parler de tradition ridicule.
PS. Un jeunes de mes proches s'est récemment tiré une balle dans la hanche avec son fusil d'assaut (munitions volées lors de son école de recrue). Un moment de blues, un peu d'alcool et....la possibilité de tirer! Il s'en est heureusement sorti avec une belle frousse et une sacrée cicatrice.
Rien que pour éviter ce genre de cas, loin d'être isolé, il faut voter OUI à l'IN.

Écrit par : Joe | 27/01/2011

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