08.05.2012
F.Hollande: un style pour faire accepter la réalité?
F. Hollande : un style pour faire accepter la réalité ?
Il n’y a pas eu de surprise. Les Sondeurs peuvent lever la tête : <on vous l’avait bien dit >. Pourtant, à l’énergie, Nicolas Sarkozy avait remonté une bonne partie de sa pente savonneuse. L’écart final entre l’élu et le battu n’a rien de spectaculaire. Il aura manqué au Président sortant nombre de voix du Front national : que d’abstentions à l’unisson de Marine Le Pen. Il lui aura manqué des voix centristes. En face, une force tranquille mais décidée et opiniâtre qui aura labouré durant plus d’un an le champs électoral. L’image a été plus porteuse que celle d’un Chef d’Etat ne ménageant pas sa peine afin de maitriser la crise européenne et de protéger donc la France. Il faut dire que dans tous les pays atteints par cette crise les gouvernants en place l’ont payé cher. On verra ce qu’il en sera d’Angela Merckel.
Il n’y a pas de doute : le rejet de la personne du Président en place, de sa personnalité a joué un rôle décisif ; plus sans doute que son programme. C’est un peu injuste mais c’est la rançon d’une personnalisation du pouvoir que Nicolas Sarkozy a poussé à l’extrême. De Gaulle l’avait fait aussi mais c’était de Gaulle. Il y avait la dimension de l’histoire. Nicolas Sarkozy, selon la formule de Valéry Giscard d’Estaing, a improvisé la fonction dans un style qu’il voulait très volontariste. Il n’ avait pas de fusible à faire sauter pour redresser la barre ; un changement de premier ministre par exemple. Ni hauteur, ni recul ni ce léger parfum de mystère qui préserve le chef et attire l’intérêt. On allait donc vers l’indigestion scénique, la saturation. Dommage. Nicolas Sarkozy a mieux trouvé son style vers la fin, même si les appels du pied aux électeurs frontistes, durant les dernières semaines, ont eu quelque chose de frénétique. Pourtant, ses propos lors de débat, son projet correspondaient sûrement mieux aux réalités difficiles auxquelles est confrontée la France.
François Hollande, lui, a trouvé son registre et il a fait tout juste. Mais ses propos et son projet sont évidemment en décalage par rapport aux réalités acculant son pays, et mettant par là même la stabilité économique et financière de l’Europe en danger. L’accent sur la jeunesse et l’éducation, gage d’avenir. Fort bien mais avec quels moyens lorsque l’on est endetté jusqu’au cou ? Mettre l’accent, pour la France et l’Europe, sur la croissance au lieu de plomber les économies par une cure d’austérité qui pèse de plus en plus sur les populations. Investir dans de grands travaux. Fort bien mais comment si la dette augmente, si les budgets de fonctionnement ne sont pas comprimés et si les prêteurs sur la marché perdent la confiance ? Alors, peut être, demander des sacrifices mais en donnant l’impression de plus de justice : autre accent proclamé. Fort bien mais si cela veut dire imposer plus et plus les nommés comme riches, jusqu’où aller sans produire un effet contraire sur les rentrées fiscales et sur les capacités d’investissements privés productifs ? Nicolas Sarkozy n’avait pas eu tort de lui lancer qu’il voulait moins de riches alors que le but, à terme, était de rétablir une économie diminuant le nombre de pauvres. Et pour cela il faut un Etat qui maitrise ses dépenses. Quant à revenir sur la réforme bien modeste de la sécurité sociale, en contre sens de tout ce qui se fait ailleurs, c’est encore un point d’interrogation financier.
En somme, pour s’en tirer, François Hollande, au bout d’un certain temps d’illusions, devra imprimer une politique d’austérité en la faisant accepter grâce à des gestes de <justice> et une sorte d’empathie personnelle envers ses compatriotes qui les aideront à accepter les réalités. Des corrections de tir donc plus que des changements décisifs sur le fond mais avec un style nouveau du genre <je souffre avec vous>. Dans une certaine mesure cela peut marcher. La Droite mettra le doigt sur les contradictions et les trompe l’œil pour se refaire une santé. A gauche, on espérera durer ainsi, convaincre qu’il n’y a pas mieux à faire et espérer une fin de quinquennat en sortie de crise. Le style Hollande : à observer dans la durée.
25.04.2012
France: la fébrilité monarchique
Etonnante France. Attachante France. Inquiétante France. Quel autre pays verrait le succès populaire, relatif mais néanmoins spectaculaire, d'un Mélenchon puisant son lyrisme dans la nostalgie de la Révolution française ? Où verrait-on autant de gens croire à la mise en coupe étatique réglée de toute l'économique, particulièrement de la Finance, sans la moindre considération pour le cadre européen dans lequel s'insère la France ? Quant à Marine Le Pen, elle dirige un mouvement analogue à d'autres mouvements d'extrême droite dans plusieurs pays de l'Union européenne. Mais quand même : qui peut vraiment croire à la possible réalisation d'un tel programme étroitement nationaliste ? Et pourtant...
En fait il y a un décalage énorme entre les discours des candidats et les marges de manœuvre, d'influence sur les situations. Certes, la Grèce paye ses errements et la longue déliquescence de son Etat. Certes, tous les Etats qui ont gonflé et augmenté les dépenses sans imaginer la crise économique doivent serrer la ceinture en surmontant les tensions sociales en découlant. Quant au retour de la croissance, les Etats peuvent sans doute y contribuer ici et là mais pas de façon déterminante ; tant elle dépend de facteurs multiples et supranationaux.
Dès lors, la compétition présidentielle française a quelque chose d'une stabulation libre en apesanteur. Nous caricaturons bien sûr. Mais ce qu'un François Hollande reproche habilement à Nicolas Sarkozy, à savoir les promesses non tenues et les difficultés actuelles, tient précisément à ceci : le Président a fait croire qu'il pouvait presque totalement infléchir le cours des choses, de par sa volonté, son pouvoir. <Je veux, je ferai...>.Il n'en reste pas moins qu'il serait assurément le mieux placé pour assurer une continuité des efforts, des adaptations, des réformes nécessaires. Mais son adversaire, jouant ce jeu en trompe l'œil de la personnalisation, ne cesse de parler des échecs du Président en oubliant tout ce qui pourrait être retenu à son actif. Et lui se présente en homme nouveau, qui dit ce qu'il fera et fera ce qu'il dit. Exactement les mots de Nicolas Sarkozy en 2007. Or, on n'imagine guère qu'il puisse obliger ses partenaires européens à réviser les traités, ni que ses recettes à lui puissent résorber un chômage évidemment lié à des paramètres européens, internationaux et à la capacité concurrentielle, ou non, de l'économie française.
On peut bien prétendre à une plus grande justice, cela ne donne pas la clé de la réussite. Les gouvernements et les majorités socialistes n'ont jamais pu redresser un pays qu'en revenant beaucoup sur leurs engagements électoraux imprudents . Ceux qu'ils ont tenus ont souvent été des boulets et des rigidités payés chers. Exemple français : les 35 heures, la retraite à 60 ans, même corrigée par le nombre d'annuités de cotisations requis, et le poids excessif de la fonction publique que François Hollande va encore augmenter.
Mais, au fond, pourquoi même parler de tout cela ? Même si les deux candidats auront dû confronter leurs programmes respectifs et s'affronter dans un débat-duel, les téléspectateurs, les commentateurs n'auront eu qu'un propos : qui a gagné, qui a perdu ce duel ? En somme, c'est l'attrait exercé par un homme, la confiance ou la défiance qu'il inspire en tant que personne, la sympathie ou le rejet qu'il suscite qui auront été déterminants. On veut mettre un roi sur le pavois mais aussi l'en éjecter si l'humeur vous en prend. Au moins, la chute de Bonaparte ne sera pas St.Hélène et le vainqueur ne sera pas un Robespierre précipitant le roi déchu ou le prétendant écarté vers la guillotine. Mais la fébrilité monarchique est bien là. De Gaulle, en somme, a créé un régime plébiscitaire tempéré de mœurs démocratiques qui convient finalement bien aux Français.
C'est vraiment tout le contraire de la Suisse qui a tellement horreur des plébiscites et dont toute la démocratie directe assure le contrôle des élus par le peuple, pas à pas, sujet après sujet. D'ailleurs, à l'échelon de nos exécutifs comme à celui de nos Parlements, il n'y a pas de majorité s'imposant totalement durant toute une législature.
Le jeu politique existe, bien sûr, mais le peuple reste l'arbitre de tout temps, au fil des sujets débattus et au gré de son humeur. Parfois, ce système enviable, où les affrontements ne peuvent tuer la nécessité d'une concordance suffisante, manque de souffle, de cohérence et de vision. Toutefois, en y regardant bien, quelle chance et quelle réussite institutionnelle à ne pas gâcher. Le combat français des chefs aux lendemains qui déchantent nous captive ; heureusement nous lui échappons.
10:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.04.2012
Des directeurs qui lâchent leurs fidèles
Banques : des directeurs qui lâchent leurs fidèles
Une information concernant les banques suisses et les Etats Unis a passé inaperçue tant le sentiment qui prévaut est celui de la faiblesse suisse face aux menaces américaines ; faiblesse qui contraste péniblement avec les propos musclés tenus encore il y a peu d’années. On apprend, en effet, que le Conseil fédéral, --évidemment à la demande des grandes banques--, autorise ces dernières à livrer les noms de collaborateurs qui se sont occupés de clients dans le collimateur du fisc américain. Oh, c’est un peu moins simple, il est vrai. Ces noms de collaborateurs ne pourront être donnés que par l’autorité de surveillance helvétique et dans le cadre de l’Accord global qui devrait mettre fin au différent fiscal avec les Etats Unis. Berne espère ainsi régler le cas pendant du Crédit suisse et de dix autres banques qui, écrit l’ATS, sont dans le viseur du fisc américain. Quant aux noms des clients américains, ils ne devraient pas être livrés un par un mais seulement imbriqués dans des informations groupées dites cryptées, c'est-à-dire non nominales. Mais on sait que les indications déjà transmises ont permis au fisc américain de resserrer inexorablement la traque de ses évadés fiscaux. Beaucoup ont d’ailleurs préféré se dénoncer, non sans donner parfois les noms de leurs gérants suisses, quitte à les accuser des les avoir incité à l’évasion fiscale dont ils n’auraient pas eu l’idée tous seuls. C’est ainsi que des noms, par exemple de collaborateurs du Crédit suisse sont déjà sortis dans la presse ; noms de personnes qui ont évidemment avantage à ne plus mettre un bout de pied aux Etats Unis
Mais ici, c’est plus grave. Afin de permettre un Accord les sortant d’embarras,--moyennant une grosse somme à verser bien sûr--, des directions de banques, telle celle du Crédit suisse, ont obtenu que les noms de leurs collaborateurs-gérants soient officiellement communiqués. Certes, ces derniers doivent être informés préalablement et ils auront un droit de recours au Tribunal fédéral administratif. Mais ne jouons pas sur les mots : pour ces collaborateurs, le principe du lâchage est acquis, sur l’autel d’un intérêt dit général.
De cet intérêt général, parlons-en. On peut vraiment estimer que les banques et le Conseil fédéral, suivi par un Parlement résigné, ont trop cédé aux Etats Unis. Ce pays aurait-il vraiment un intérêt à mettre ses menaces à exécution, à interdire les banques suisses, par leurs filiales, de toute activité aux Etats Unis, à exercer des représailles à travers les visas et autres mesures contre l’ensemble des citoyens helvétiques ? On peut en douter. N’aurait-il pas suffi, moyennant une ferme résistance à la pression, d’ accepter un Accord faisant payer aux banques concernées une grosse somme pour solde de l’arriéré, étant entendu que les banques suisses, ici et aux Etats Unis, n’accepteraient désormais que de l’argent américain leur étant formellement annoncé par le client comme étant dûment déclaré ? On aurait pu y ajouter, sur les avoirs déposés non déclarés, un prélèvement lourd à la source avec restitution globale au fisc américain ; comme cela s’est négocié avec déjà trois pays de l’Union européenne. Peut être n’est-ce pas réaliste. Mais en tout état de cause, jamais n’auraient dû, ne devraient être transmises des données valant quasiment dénonciation de clients ayant fait confiance à leurs banques et à la Suisse.
Cela étant déjà dit, il est proprement scandaleux, indigne, humainement cynique et d’une hypocrisie sidérante que des directions de banque lâchent leurs collaborateurs qui, le plus souvent, n’ont agi que dans le sens indiqué, explicitement ou implicitement, par ces mêmes directions. Je suis leur chef par beau temps. Je les ignore dans la tempête. Les intéressés ont de quoi être écoeurés. En fait, les dits collaborateurs devraient se concerter au lieu d’attendre chacun la trahison, et faire savoir ensemble qu’ils iront jusqu’au Tribunal administratif fédéral le cas échéant : en disant qu’ils ont simplement agi, pour la plupart, conformément à la stratégie de leurs employeurs.
Nous souhaitons très vivement qu’un Accord avec les USA libère des banques si importantes à notre économie et la place financière suisse en général de cette crise pénible qui est aussi une crise entre Etats. Mais cela ne saurait se faire en abandonnant sans scrupules des fidèles sur la route.
19:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.04.2012
Seul Dieu voit tout de nous
Seul Dieu voit tout de nous
Parler de Sartre en ces jours de Pâques même si le pape de l’existentialisme était athée. En fait c’est de l’avoir entendu dans un vieil enregistrement repassé sur <France culture> qui en a donné l’idée. C’était dans le cadre d’un entretien entre la journaliste Laure Adler et cette personnalité étonnante qu’est Georges Steiner. Il était question du langage et de la perception des uns par les autres à travers les mots. On y disait combien la manière d’être et d’agir des Anglo-saxons et des Français, par exemple, était différente, en partie déterminée par leur langue qui conduisait leur manière de penser. Mais c’est surtout l’irruption dans l’émission de la voix de Sartre qui frappait.
Que disait-il ? En substance, il rêvait d’une communication totale entre les êtres humains. De même que chaque personne devant une autre expose, en quelque sorte, la vérité de son corps, de même faudrait-il que chacun lise toute l’âme de l’autre à travers le corps ainsi offert au regard. En somme, une vraie communication entre les hommes exigerait de chacun une authenticité absolue, sans réserve, une transparence totale de la pensée et de l’émotion au travers de mots vrais. Je te vois comme tu me vois et donc je te connais comme tu me connais.
Eh bien, cette vue des choses suscite à la fois le sourire et l’inquiétude. Le sourire devant une dialectique aussi abstraite qui ne prend pas en compte la réalité subtile, contradictoire, inconsciente aussi bien que consciente de chaque personne humaine. Certes, de Socrate à Sartre en passant par bien d’autres l’idée de se connaître soi même résonne comme une belle exigence philosophique, morale. Mais qui peut prétendre se connaitre absolument ? Qui peut affirmer ne pas être en partie dupe de lui-même, de ses mots et de ses pensées avouées qui en masquent d’autres, inavouées ? Dans le face à face de chacun avec l’autre quelle est la part de l’authenticité ou du rôle que l’on joue, parfois à son insu.
Sans doute faut-il retenir dans l’aspiration de Sartre son exigence quant à la liberté de chacun qui doit éliminer la tricherie, le convenu, le conformisme et les positions acquises. C’est bien pourquoi le philosophe vieillissant a cru baigner dans un bain de jouvence dans l’effervescence de mai 68. Il y avait quelque chose d’un peu pathétique à le voir se mêler aux ouvrier de Renault Billancourt, lui si imbriqué dans un certain élitisme contestataire parisien. Mais l’exigence de vérité est bien là ; celle que chacun devrait avoir vis-à-vis de lui-même et des autres. Oui, dans le contexte historique et dans le fil des pensées philosophiques on peut retenir cela : une liberté pour une vérité de l’être et des êtres.
Mais c’est ici que commence l’inquiétude. Postuler la transparence absolue de chacun sous le regard de l’autre c’est ouvrir la porte à la négation de la sphère privée ; de cette part d’intimité quelquefois indéchiffrable à soi-même et qui a le droit d’être protégée du regard inquisiteur étranger. Il faut se souvenir que tous les régimes totalitaires ont voulu non seulement domestiquer les corps, les comportements mais dicter tous les mots et infléchir les pensées, les sentiments dans le sens proclamé par les faux prêtres d’une fausse vérité. De l’inquisition à Staline, en passant par Hitler et tant d’autres on y a voulu la transparence absolue. D’ailleurs, c’est bien le paradoxe pénible de voir un Sartre chantre de la liberté individuelle se trouver compagnon de route aveugle et sourd d’un communisme français demeuré stalinien jusqu’au bout du possible. Mais ce paradoxe n’est pas un hasard. Sans aller jusques là, que penser de cet excès de revendication d’une transparence par exemple chez les personnages publics ; revendication qui fait le beurre et l’argent du beurre de médias incitant au voyeurisme davantage qu’à la réaction morale. Evidemment, c’est toujours l’histoire du balancier. Il y a eu trop de périodes où l’hypocrisie, le conformisme trompeur ont eu droit de cité. Alors on lance l’exigence de transparence comme gage d’authenticité et de vérité. Mais, si l’on n’y prend pas garde, c’est une invitation à brutaliser l’intimité irréductible dans un étalage public.
Finalement, il y a un équilibre à trouver. Mais à la fin, chaque homme, chaque femme avec ses ombres et ses lumières, ses faces ouvertes et ses faces cachées est une Personne unique. A la fin, selon la foi chrétienne c’est pour chaque Personne singulière que s’est déroulée ce que l’on appelle la Passion et la Résurrection. C’est elle qui est peut être connue jusqu’au tréfonds, jusqu’au moindre recoin de son âme et à laquelle est peut être donnée la Parole de pardon, d’amour et de salut.
13:23 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
25.03.2012
Quand les banques oublient des Suisses
Quand les banques oublient des Suisses
L’Organisation des Suisses de l’étranger a eu samedi dernier une séance de son Conseil. Quelque 100 délégués, la plupart étant des représentants des associations de Suisses de par le monde. Ils sont quelque 700.000, dont quelque 80.000 aux Etats Unis. Parlons de ces derniers, précisément. Nombre d’entre eux avaient des comptes en Suisse, dans des banques Suisses. Nombre d’entre eux avaient de ptits comptes, souvent parfaitement déclarés au vu et au su des fiscs suisse et américain. Tel retraité au bénéfice de l’AVS voulait toucher sa rente en Suisse où il passait quelques semaines. Tel autre utilisait son compte en correspondance avec une résidence secondaire dans son canton d’origine. Tel autre l’utilisait pour ses enfants de retour au pays pour des études. Etc… Eh bien, tous, sans distinction, ont été jeté dehors, parfois de la manière la plus cavalière qui soit ; sans même, dans nombre de cas, un entretien pour voir avec le client ce qu’il serait possible de faire ; ou au moins pour exprimer quelque désolation. Ces Suisses résidant aux Etats Unis, chassés de l’UBS, du Crédit suisse puis progressivement de quasiment toutes les autres banques en ont gros, très gros sur le cœur. Ce n’est pas eulement un affaire d’argent. C’est également un sentiment de lâchage, d’absence totale de solidarité nationale.
Bien sûr, il ne faut pas sous estimer le problème que pose les Etats Unis aux banques. Bien sûr, nos autorités se sont essentiellement attachées à sauver les meubles, à empêcher une guerre yankee contre la place financière suisse. Mais tout de même. Lorsque le Conseil fédéral répond à des parlementaires que les banques sont des entreprises privées, libres d’écarter des résidants en Amérique, --même si on avait tout fait auparavant pour les racoler--, les Suisses concernés n’oublient pas que l’UBS, par exemple, a eu, oh combien, besoin du soutien du Gouvernement suisse et , très concrètement, de la banque nationale. La réponse passe donc mal.
On peut dire, assurément, que beaucoup vient de la pratique du fisc et de la justice américaine, de ces pressions incroyables d’un pays sûr de sa force et voulant faire plier les autres devant son droit. Il n’empêche que sur le fond et, au minimum quant à la manière, la façon dont les Suisses des Etats Unis ont été traités a écoeuré nos compatriotes d’outre atlantique ; dont certains sont des électeurs votant en Suisse.
Et ce n’est pas tout. Les Suisses vivant dans d’autres pays, en Allemagne et en France par exemple, voient leurs comptes en Suisse observés par leurs banques. Certaines ne les veulent plus à moins de 50.000 fr, voire 60.000 ou 100.000fr. Or, beaucoup de nos compatriotes sont de petits épargants qui comptaient sur leurs petits comptes dans des banques bien suisses. En outre, les frais de gesion ont augmenté. Par exemple 40fr par mois pour un compte ne nécessitant aucun travail réel du gérant. L’Organisation des Suisses de l’étranger a reçu des réactions candalisées de nombre de nos conmpatriotes qui se sentent trahis. Il rstait des banques cantonales, des banques Raffaisen. Mais elles aussi se raidissent. Il y a encore la Poste qui ne peut prétendre être une entreprise tout à fait privée ; mais dont l’éventail dans la gestion est restreint. Pourvu qu’elle demeure disponible, faute de mieux. Et dire que l’auteur de ces lignes était, au Parlement, de ceux qui ne voulaient pas que la Poste vînt marcher sur les platebandes des banques ! Et le voici qui, en tant que Président de l’OSE, doit maintenant répercuter la déception de nos compatriotes de l’étranger ; sans parler des problèmes que cela leur pose. Les réactions du Conseil de l’Organisation des Suisses de l’étranger a rencontré un assez large écho médiatique. Est-ce le seul moyen afin de culpabiliser un peu les responsables des banques, y compris cantonales, et d’inciter les autorités fédérales et cantonales à leur adresser quelques rappels, à défaut de pouvoir leur enjoindre quoi que ce soit.
Relevons, en conclusion, que le Conseil fédéral insiste plus fortement sur le fait que nos compatriotes de l’étranger peuvent être des auxiliaires précieux, des points d’appui, de contact dans les pays où ils résident. Or, Dieu sait que la Suisse a besoin actuellement de faire vivre ses réseaux, de gens qui la défendent, l’expliquent, l’incarnent. Les banques, dont personne ne conteste l’importance énorme pour notre pays, n’ont pas d’intérêt à négliger totalement ces points d’appui. Elles pourraient y songer.
21:50 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
15.03.2012
Les abus entrainent les réactions excesives
Les abus entrainent les réactions excesives
Il ne doit pas faire bon s’arrêter, ces temps, avec une voiture à plaque genevoise devant un café valaisan. Une grande majorité de Valaisans en ont sec, comme on dit familièrement. Voilà que ces citadins, dont nombre d’entre eux ont des résidences secondaires à Verbier, Crans, Zermatt et ailleurs, ont décidé que plus rien ne serait construit là et que rien ne serait construit au dessus d’une proportion de 20% dans les lieux qui cherchent à se développer. Franchement, d’ailleurs, c’est une sacrée gifle au fédéralisme. Evidemment, la distinction entre citadins extérieurs et montagnards autochtones, en Valais, par exemple, n’est plus si nette qu’elle n’était autrefois. Dans le journal le Temps, Joëlle Kuntz a écrit un excellent article, de veine à la fois sociologique et humoristique. Elle parle des Montadins. Autrement dit, s’étant approprié ces lieux de proximité avec la nature, les citadins d’ailleurs veulent les préserver de la propension des ex-montagnards à construire des villes d’altitude, saturées en saison, demi mortes en morte saison. Ainsi, ce qui aurait été impensable il y a quelques décennies s’est produit dans les urnes dimanche dernier.
La loi d’application de l’Initiative nuancera-t-elle ce que le nouveau texte constitutionnel a d’abrupt et de sommaire ? On verra. Ce coup de frein sur les résidences secondaires va-t-elle donner un coup de jeune à l’hôtellerie qui était , elle, en perte de vitesse ? C’est discuté et c’est à voir. Mais ce coup de massue politique incite à une réflexion plus large.
Non, il n’est pas bon que le fédéralisme, c'est-à-dire une autonomie de décision politique et de gestion des cantons rétrécisse comme peau de chagrin. Non, il ne faut pas que ces cantons deviennent, peu à peu de simples entités exécutantes des décisions fédérales. Oui, on comprend l’amertume et la rancœur qui parcourt notamment le Valais. Oui, un tel canton, ceux de Suisse centrale aussi, le Tessin et les Grisons ont besoin non seulement de leurs touristes de passage mais aussi de leurs hôtes habituels, certes en présence physique discontinue mais néanmoins implantés dans ces stations ; et souvent affectivement attachés. Enfin, même si les données ont changé, ces régions, ces cantons n’auront jamais les développements dans les domaines industriels et financiers que connaissent les cantons ville. Ils dépendent largement du tourisme sous ces formes diverses ; et on vient de leur dire stop.
Seulement voilà. Il y a eu trop, beaucoup trop d’excès, d’abus. Il y a des stations qui se sont laissées défigurer, qui ont entaché le magnifique paysage alentour ; lequel est bel et bien un patrimoine national, et même européen pour ne pas dire mondial. Manque de sens esthétique, manque de modération et de maitrise de tous les paramètres, pléthore de lits froids la majeure partie de l’année, explosion des prix inabordables pour une partie des habitants de souche qui doivent déserter pour se loger. Mixité donc biscornue des personnes alors qu’on aimerait un mélange humain harmonieux. Laxisme politique et, parfois, conflits d’intérêts et confusion des rôles entre responsables politiques et promoteurs. Cela n’a pas amené, pour autant, l’auteur de ces lignes à voter une Initiative excessive et violentant le fédéralisme. Mais l’explication du résultat est là.
On pourrait transposer l’analyse au secteur des banques et à bien d’autres domaines. Lorsque ceux qui en ont la charge et le devoir perdent le sens de la mesure, des équilibres, d’une sorte d’éthique personnelle et collective allant au-delà des limites de la loi l’ensemble dégénère insensiblement ; jusqu’au réveil brutal devant une réaction qui ne l’est pas moins. Les Valaisans pour ce qui les concerne, mais les Genevois, par exemple, pour ce qui les concerne eux feraient bien de s’interroger sur les secousses du libéralisme. Il est sûrement le meilleur système s’il s’appuie sur une conscience et des comportements l’irriguant. Mais son plus grand ennemi, depuis la faillite des collectivismes divers et variés, c’est lui-même ; ses perversions parfois, ses excès souvent. Ce serait un bon sujet pour un colloque valaiso-genevois.
18:09 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06.03.2012
PLR: tous avec Pierre Maudet
A Genève, la campagne pour la succession de Mark Muller au Conseil d’Etat est lancée. Ou plutôt, les candidats à la candidature au sein de leurs partis respectifs sortent du bois. Sortie immédiate et tonitruante du candidat MCG. Apparition plus feutrée d’un Vert libéral. Mais chez les Socialistes on veut montrer que l’on n’aurait que l’embarras du choix : tant de belles têtes politiques !
Au PLR, les choses se présentent autrement. Heureusement. Après la secousse subie, il serait en effet dommageable qu’une primaire doive départager plusieurs candidats. Les événements commandent un grand rassemblement pour un grand élan autour d’un seul candidat. Le PLR a ce candidat : c’est Pierre Maudet actuel maire de Genève.
Certes, il y aura des esprits chagrins pour trouver que sa trajectoire politique se déroule un peu vite. Il y a aussi quelques rancunes issues de la dernière campagne pour le Conseil administratif. Il y a encore, et peut être surtout, que le mariage entre Libéraux et Radicaux fut plus de raison que d’amour coup de foudre et que les remous de toutes sortes n’ont guère ressemblé à un voyage de noce calme et voluptueux. De là à ce que, par exemple, une tentation de candidature à la candidature travaille plus ou moins telle ou telle personnalité libérale, il n’y aurait qu’un pas qu’il ne faut pas franchir. D’ailleurs, les premières réactions proprement libérales laissent penser que la situation a été bien comprise. La secousse subie doit donner pleine conscience au Libéraux-Radicaux que la bataille qui s’annonce est celle du PLR comme tel et que la seule chance de retrouver le siège abandonné par Mark Muller est de se rassembler sans la moindre ambiguïté, avec la plus grande détermination, dans une totale unité autour du candidat déclaré le plus connu, le plus à même d’attirer les électeurs : c'est-à-dire Pierre Maudet. Aucune personnalité ne peut dire qu’elle est sans défauts. En l’occurrence, avec encore la fougue de la jeunesse mais au bénéfice déjà d’une solide expérience d’un exécutif l’actuel Maire de Genève est indiscutablement doté de belles qualités et d’un sacré tempérament politique. Sa capacité de communiquer, d’expliquer, de persuader est évidente sinon impressionnante. Quant à la discipline de collégialité requise d’un membre d’un exécutif , il a eu, Oh combien, l’occasion de l’assumer en étant minoritaire dans le Conseil administratif de la ville.
On le sait bien, malgré parfois beaucoup de tapage, les compétences des communes sont limitées dans le canton de Genève ; y compris celles de la ville. Quand on observe ce qui s’y passe on conclut que c’est une chance. Indéniablement, c’est à l’échelon du canton que les visions, les options les actions déterminantes peuvent avoir lieu. On peut croire, qu’à cet échelon, Pierre Maudet donnera toute sa mesure et que son énergie aura des prolongements sur la réalité à forger. C’est donc dans ce registre , autour de ce candidat que le PLR genevois doit montrer dès maintenant qu’il joue cette carte là et qu’il la voit gagnante.
17:26 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
27.02.2012
Mark Muller: quel gâchis!
On le craignait, on espérait que non. Marc Muller a jeté l’éponge, fatigué, dit-il, de subir des attaques incessantes depuis plus d’une année. Naturellement, c’est le dernier épisode du nouvel an qui a fait déborder le vase. Chacun a va maintenant de ses commentaires. Nous voulons donner le nôtre de la manière la plus claire possible.
Certes, Marc Muller a eu la plus mauvaise idée de passer le réveillon dans un endroit où on ne l’imaginait pas et qui faisait l’objet d’un dossier dans les services de son département. Certes, sa présence étant là, il aurait dû se souvenir de sa fonction et ne pas perdre les nerfs face à un barman dont il n’appréciait pas la conduite. Certes, encore, après cet incident, il aurait dû en parler immédiatement et complètement à ses collègues voire au Président du PLR genevois ; et surtout ne pas donner l’impression de ne pas tout dire sur l’incident.
Cela étant, les excuses ayant été présentées l’affaire justifiait-elle une démission ? Tout le travail politique du magistrat devait-il être invalidé ainsi, d’un coup à cause d’un événement qui n’avait tout de même rien de tragique ? Nous l’avons déjà écrit, l’exploitation médiatique de cette médiocre prise de bec et un peu de corps a été excessive.
Toutefois, le maintien du magistrat exigeait que la question de la confiance politique soit abordée dans la plus grande clarté, sans arrière pensée, sans ambiguïté. Or, là force est de constater que le Conseil d’Etat, singulièrement son Président, n’a pas été à la hauteur, n’a pas été dans le registre voulu. On peut avoir les plus grands doutes sur la personnalité du barman. Pourtant, on doit bien admettre que ses avocats disaient juste lorsqu’ils se demandaient de quoi se mêlait la Conseil d’Etat, avec son Président, en réclamant publiquement une information sur le montant de l’arrangement qui avait évité une suite judiciaire ; puis en voulant nommer un expert indépendant pour éclaircir ce point. Et la séparation des pouvoirs ? Et le respect des arrangements personnels évitant des procédures ? Encore une fois, Marc Muller était en droit de poser la question de confiance à ses collègues. S’il ne l’obtenait pas, il ne pouvait plus continuer son travail. S’il l’obtenait, il devait pouvoir compter sur la collégialité, sauf information nouvelle qui l’aurait détruite. Au lieu de cela, une sorte mauvaise valse gouvernementale. La gestion de cette affaire par le Conseil d’Etat n’a pas été bonne pour l’Institution.
La confiance, Marc Muller devait la poser au PLR. Si l’attitude de la Présidence a été plus nette que celle du Conseil d’Etat, on a tout de même senti flotter comme un soupçon de méfiance. Or, ou on la donne jusqu’à preuve du contraire ou on ne la donne pas. Le parfum d’arrière pensée n’est pas bon politiquement. Mais, surtout, ce sont telles ou telles personnes, de bouche a oreilles ou dans des apartés auprès de journalistes qui ont laissé entendre ici ou là que l’homme était grillé et qui évoquait l’après Marc Muller. Ce léger grenouillage est perçu par l’opinion déjà labourée par le feuilleton médiatique. Il y a un côté chasse à courre masquée. Ce n’est pas bon pour un parti, pas bon pour les institutions, pas bon pour la politique.
Bref, il y a un beau gâchis. Que dire encore des partis et des politiciens qui, dans l’heure suivant l’annonce de la démission ont parlé candidatures. Indécence. Ce n’est pas bon non plus pour l’image des politiciens et de la politique. Ah, quand retrouverons nous des hommes et des femmes d’élite, toutes couleurs confondues, se mettant au service de l’Etat, fidélisant leurs partis de par leur éthique et leur personnalité, redonnant à la politique ses lettres de noblesse, restaurant la confiance envers des institutions sachant fonctionner de manière exemplaire ?
21.02.2012
Minger-Maurer:triste différence
Qui, en tout cas dans la génération des ainés, n’a pas entendu des plaisanteries (on dit Witz en allemand) au sujet du Conseiller fédéral Rudolf Minger, notre ministre de la défense des années d’avant la guerre. On demandait à sa femme si un livre lui ferait plaisir pour son anniversaire. Elle répondait, Oh non, il en déjà un. En fait, ce solide agrarien bernois était la figure emblématique du Parti paysan artisan et bourgeois (PAI) dont on ne pouvait guère deviner qu’il allait devenir l’UDC blochérienne des années plus tard. Rudolf Minger prit conscience des faiblesses de l’armée suisse d’une part et de la nécessité d’un solide et clair appui politique d’autre part. Il fut l’homme de cet effort, ouvrit la porte à la désignation du Général Guisan comme Chef de l’armée du temps de guerre. Il fut populaire, simple dans son comportement personnel mais homme d’Etat. Dans la lignée des agrariens et montagnards bernois bien ancrés dans les réalités on a eu un Adolf Ogi ; un homme populaire, théâtralisant même son personnage. Mais un homme d’Etat, qui eût été un rassembleur patriotique, lui aussi, en temps de guerre. Adolf Ogi, l’UDC bernois qui lança les projets de transversales ferroviaires alpines, qui fit passer l’idée de casques bleus suisses, qui installa la swisscoy au Kosovo, qui nomma deux commissions d’experts sous la présidence de l’ancien Secrétaire d’Etat Edouard Brunner afin de réfléchir à une actualisation de la pensée stratégique et donc des priorités dans la politique de défense et pour le rôle de l’armée.
Minger-Ogi, ah oui ! Minger-Maurer, hélas. L’auteur de ces lignes s’en est rarement pris agressivement à des personnes dans la discussion politique. Mais comment ne pas conclure, ici, que Ueli Maurer n’est pas à sa place et nuit gravement à la politique de sécurité de la Suisse. Lorsque les initiatives à côté de la plaque viennent d’extrémistes connus gravitant autour du Groupe pour une Suisse sans armée ( ils ne sont pas tous des idéologues gauchistes mais on en voit quelques uns) cela demeure assez insignifiant. Peu d’impact et donc peu dangereux. Mais lorsque c’est le ministre de la défense qui se bute, se trouve incapable de comprendre son temps et qui déraille, on s’inquiète.
Il y a pourtant quelques évidences qui crèvent les yeux voulant bien s’ouvrir. Le risque d’invasion de la Suisse, d’utilisation de son sol par des belligérants aux prises est invraisemblable. Comme il ne faut jamais dire jamais, un cœur de compétences doit être préservé pour la défense du territoire et l’affirmation d’une Neutralité armée ; avec un minimum de forces équipées d’armes modernes. Pas moins mais pas plus. Une armée de Milice resserrée autour d’un noyau de professionnels performants. On a bien observé que la couverture et la maitrise de notre ciel étaient importantes. C’est là haut qu’il faut pouvoir intercepter avions ou engins susceptibles de créer des événements de terreur. C’est par une collaboration intense dans le renseignement avec des pays partenaires qu’il faut travailler la prévention. Le spectacle attristant auquel on assiste pour le choix d’un nouvel avion de combat est tragi comique. Là où il faudrait un guide crédible, Ueli Maurer ne sait plus ce qu’il dit. On se demande si le Parlement ne devrait pas envisager une Commission d’enquête. On se demande si le ministre doit pouvoir rester en place jusqu’en 2015. Et l’on n’est pas fier, --l’UDC ne devrait pas l’être non plus--, de savoir qu’il sera notre Président de la Confédération en 2013.
L’autre volet prioritaire qui tombe sous le sens devrait être une participation renforcée de la Suisse à des actions de stabilisation dans les régions troublées ou fragiles. Lorsque l’on y est encore, ce n’est pas grâce à Ueli Maurer. Si on fait si peu, si on ne cherche que timidement et petitement à écouter des demandes ici ou là, venant notamment de l’ONU, c’est à cause d’un Ueli Maurer qui n’a pas pu tout effacer, tout empêcher mais qui traîne les pieds, fait de la résistance politique passive au Conseil fédéral en s’appuyant sur les conceptions surannées de son Parti en matière de défense. Les autres conseillers fédéraux lui ont renvoyé une fois son projet de Rapport sur la sécurité mais le système est ainsi fait que l’on ne peut pas le mettre entièrement sous tutelle.
Un signe qui ne trompe pas. Ses deux prédécesseurs, Adolf Ogi et Samuel Schmid avaient constitué une Commission de réflexion sur les possibilités d’utilisation de militaires suisses à l’étranger ; en collaboration internationale mais avec une plus value, une spécificité suisse ; en coordination bien sûr avec des efforts diplomatiques et des actions humanitaires. Un champ d’action, d’identification d’affirmation s’imposant en plein cœur d’une politique de sécurité suisse actualisée. Eh bien, notre ministre éclairé et éclairant a réussi à faire supprimer cette Commission conseil. Pas grave du tout en soi car nombre de collaborateurs du département de la défense , comme ceux du département des affaires étrangères, sont pénétrés des idées qui parcouraient cette Commission. L’ennui, c’est que le ministre, incontournable courroie de transmission des idées, n’en a en fait qu’une : revenir, avec de l’argent pour ça, aux conceptions valables avant-hier. Préparer la défense du territoire, un point c’est tout.
Tout cela prêterait à rire si la crédibilité interne et externe, la cohérence de la politique de sécurité. la confiance qu’elle devrait inspirer n’étaient pas en jeu. La formule magique a donné Ueli Maurer au Gouvernement. Puisqu’aucune potion magique ne transformera l’homme il faut attendre son départ afin de repartir de l’avant ; en espérant qu’il n’y aura pas trop de dommages d’ici là.
18:22 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
10.02.2012
M. Müller: autre chose à voir
Marc Müller : autre chose à voir
Les Genevois ont besoin de la Tribune de Genève. Il n’y a plus la Suisse ni le Journal de Genève. Le Temps, avec sa grande qualité, est supra cantonal. La Tribune a vocation de parler de ce qui intéresse et agite la République et Canton. Elle le fait. On aimerait d’ailleurs qu’elle soit parfois encore plus dans sa tradition d’écho des irritations des habitants devant tant de choses qui clochent, tant d’excès de zèle bureaucratiques en regard de si nombreuses lacunes perturbantes ; cela tout en relevant aussi ce qui marche et les efforts accomplis. Oui, nous avons besoin, à Genève, de la Tribune de Genève. Son Rédacteur en chef et sa rédaction le savent, le sentent et s’engagent pour cela. Dont acte et remerciements. Mais tout sentiment de sa <mission> peut conduire à en faire trop. Ainsi à propos de l’affaire Marc Müller.
En informant sur les faits, la Tribune était dans son rôle. En expliquant le malaise politique en découlant aussi. Mais quoi ! Voilà que les deux parties à cette triste rencontre de la nuit du réveillon ont trouvé un arrangement. Pourquoi diable le regretter ? Pourquoi diable s’indigner de la confidentialité sur une somme versée par le magistrat pour couvrir les frais ou un peu plus ? Pourquoi une telle exigence de transparence sur tous les détails ? Nous avons la chance de ne pas être aux Etats Unis avec sa fausse vertu baignée de voyeurisme. Détestable.
Bien sûr, Marc Müller, conseiller d’Etat, n’aurait pas dû se conduire ainsi et perdre la maîtrise de ses nerfs. Bien sûr, la dignité de la fonction et de la politique était en jeu. Mais il le reconnait et a présenté ses excuses. Bien sûr, sa position est forcément fragilisée. Bien sûr, cet élément pourra jouer un rôle dans l’appréciation de PLR et de lui-même lorsqu’il s’agira de désigner des candidats pour les prochaines élections cantonales. Mais, une fois que l’on a dit cela, ne peut-on pas remettre l’incident très regrettable à sa place ; un incident révélant quelques faiblesses humaines mais n’étant pas dramatique et n’invalidant pas toute l’action d’un homme politique ? Cela ne vaut pas d’allumer le bûcher. Ni le PLR, certes, ni le Conseil d’Etat ni la République et Canton n’auraient un intérêt à une démission sous pression qui provoquerait une élection partielle dans une sorte de dramaturgie artificielle. Ni la vertu démocratique ni l’attente réelle des citoyens ne commandent pareille conséquence. Certes, la démocratie demande la confiance. Mais, au-delà de comportements qui l’entament il peut y avoir une sorte de crescendo, d’insistance répétitive sur la relation d’un fait tout de même pas majeur qui distille cette méfiance au-delà du nécessaire. Dans ce genre de choses, il y a un équilibre à tenir entre la surveillance, la vérité à dire et la relativité des événements, leur remise à leur place. Marc Müller aura plus de peine personnelle à faire passer ses dossiers dans les mois qui viennent. Mais s’ils sont solides, s’il est bien épaulé par ses collègues, son parti, le parcours est faisable, viable. C’est là l’important. L’esclandre lui n’est pas effacé des mémoires. Ce n’est pas comme s’il ne s’était rien passé. Il est simplement remis à sa place dans l’espace et le temps. Et il est sain de ne plus le laisser polluer le débat politique sur les grands sujets qui concernent l’avenir de Genève.
18:44 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
08.02.2012
Energies:des choix sans exclusives
Ecouter la radio en voiture a du bon, surtout lorsque les bouchons obligent à s’armer de patience. L’émission< impatience>, précisément, a de quoi vous laisser quelque chose dans l’esprit. Mardi dernier, le sujet était le nucléaire. Ou, plutôt, les recherches intenses au sein de l’Ecole polytechnique de Lausanne sur une technologie de fusion nucléaire. On en parle depuis longtemps mais les chercheurs avancent dans leur quête d’un moyen de maitriser cette fusion et d’ouvrir ainsi des perspectives d’utilisation sans limites et sans déchets de cette énergie.
Actuellement, on le sait, la technologie nucléaire est celle de la fission. Elle nous a rendu de grands services qu’il serait simplement bête de nier. Mais elle a posé le point d’interrogation sur les déchets et sur la sécurité des centrales. Il en résulte ces décisions politiques visant à s’éloigner du nucléaire dans des pays comme l’Allemagne et la Suisse. Il en découle une volonté de promouvoir les énergies dites propres et renouvelables : solaire, géothermique, éolienne… Seulement, le recours exclusif à ces énergies n’est guère envisageable, tant pour des raisons de coûts que de par les besoins globaux en énergie. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas être déterminés à les promouvoir par toutes sortes d’actions et d’incitations collectives et individuelles.
Mais on n’échappera pas à une utilisation probablement accrue du gaz. Et l’on veut croire qu’il n’y aura pas de retour du charbon archi polluant. D’aucuns, tel un Philippe Roch, prônent un changement de vie presque théologique. Il faudrait, tel Rousseau, vivre beaucoup plus frugalement en symbiose reposée avec la nature. Mais ce n’est pas une perspective politique, économique, sociale réaliste. Ce qui ne signifie pas qu’il faille ignorer les appels à plus de retenue dans la consommation énergétique.
Et l’avenir du nucléaire dans tout cela ? La France n’y renonce pas et la Suisse, quoi qu’on en dise, continuera d’en consommer directement ou d’en bénéficier indirectement par le jeu des échanges européens en réseau. Ce qui plaisait dans l’émission était l’attitude d’esprit du directeur de programme sur les recherches visant à maitriser la fusion nucléaire. En substance, il disait n’avoir pas de certitude absolue sur les possibilités d’aboutir à quelque chose de merveilleusement utilisable mais il pensait qu’il y avait de très fortes probabilités.
En somme, il pense que dans une vingtaine d’années on sera bien au point là-dessus. Il estimait, par conséquent, que ne pas aller au bout du chemin afin de vérifier l’hypothèse serait incompréhensible. Imaginons au-delà des vingt ans encore quelques années nécessaires à l’implantation des supports et installations ; les enfants de la décennie actuelle pourraient bien vivre une grande partie de leur existence en utilisant de l’énergie nucléaire propre et sans danger obtenue par fusion. Pour cela, il s’agit de ne pas relâcher les efforts de recherche et de les encourager résolument.
Quelle leçon politique en tirer ? Eh bien que des choix doivent certes êtres faits. Ne pas construire de nouvelles centrales à fission, investir dans les énergies renouvelables. Mais ne pas verrouiller avec un cadenas idéologique les chances d’un nucléaire renouvelé. Oui belle leçon politique : être clair, décidé sans être rigide, idéologique. L’homme et l’énergie, ce n’est pas une affaire de religion mais de réflexion.
11:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.01.2012
Europe: l'enjeu français
Europe : l’enjeu français
Les Suisses romands aiment bien suivre les campagnes présidentielles françaises. Ils se moquent mais ils apprécient. N’en déplaise à l’UDC, on ne voit pas sérieusement comment on pourrait avoir en Suisse, à l’échelle du pays, de telles campagnes personnalisées. Le Président Sarkozy réussira-t-il à passer l’épaule devant François Hollande ou bien son sort est-il scellé ? Toujours est-il que le Président et son Gouvernement annoncent des réformes importantes pour sauver l’emploi et retrouver la croissance, tout en proclamant une volonté de discipline budgétaire rigoureuse. Trop tard et trop tôt dénonce la Gauche en ignorant la contradiction entre ces deux reproches. Tard, sans doute mais la situation économique s’est aggravée dans tous les pays européens et la France se trouve près de l’œil du cyclone. Trop tôt parce que certaines mesures ne pourront entrer en vigueur qu’après l’élection et que les français auront peut être changé de dirigeants ? Mais non l’intensité de la crise nécessite que agisse et ce sera à la Gauche de décider si elle annule tout ou pas : à ses risques et périls ou plutôt au risque de la France. On se demande, d’ailleurs si François Hollande, afin de cimenter sa majorité de gauche, n’hypothèque pas dangereusement le crédit dont a besoin son pays. Est-il responsable de sa part de déclarer devant une foule que son ennemi c’est la Finance ?
Mais il peut bien discourir. De plus en plus, c’est dans le cadre européen que se définit la musique ; et c’est de plus en plus l’Allemagne qui donne le ton. Angela Merkel a manqué de tact en parlant d’une mise sous tutelle européenne de la Grèce. Mais elle dit juste en déclarant que c’est à l’échelle européenne que doit se jouer la partie. La prospérité de toute l’Europe en dépend, insérée dans une autre partie d’ailleurs qui se joue à l’échelle mondiale. Elle dit juste également lorsqu’elle avertit qu’un affaissement économique et financier de la France serait très grave pour tous. Raison pour laquelle, sans doute, elle prévoit d’épauler Sarkozy dans sa campagne. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas sa personnalité, une réélection de ce dernier ménagerait sûrement mieux l’avenir que son échec. Un affaissement de la France isolerait l’Allemagne et stimulerait partout les tentations protectionnistes et nationalistes. Lorsque l’on observe l’ambiance en France, on est inquiet. Contrairement à ce qu’il en est en Suisse, une culture de dialogue social, de coresponsabilité patronale et syndicale pour faire face aux difficultés économiques ne s’est guère développée. Il y a des exceptions, des réussites particulières dans telle ou telle entreprise. Mais, le plus souvent, la manifestation dans la rue est la réaction presque immédiate à toute proposition d’assouplissement. Quant au poids de la fonction publique, n’en parlons même pas.
Comprenons que les mois prochains, en France, n’offriront pas qu’un spectacle captivant, un match haletant. Pour l’avenir économique et donc social de l’Europe, l’enjeu français est crucial. Cela concerne évidemment la Suisse.
18:39 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.01.2012
Dieu pas vraiment mort
Dieu pas vraiment mort
A ceux qui ont envie de prendre du recul vis-à-vis du train des choses, de réfléchir à l’essence même de la condition humaine recommandons le livre intitulé Dieu, où Frédéric Lenoir répond aux questions de Marie Drucker (ed.Laffont). Philosophe, sociologue Frédéric Lenoir est aussi historien des religions. Et quel talent pédagogique ! Quant à Marie Drucker, elle pose vraiment les bonnes questions, celles que chacun devrait poser et se poser. A la fin, Frédéric Lenoir livre sa propre foi. Oui, un livre à recommander chaudement.
· On y passe en revue toutes les idées que les hommes se sont fait du divin, au fil du temps et dans la diversité des cultures. On y croise les grands philosophes et les grands théologiens. On s’y confronte au mal commis au nom de Dieu mais également aux plus grandes avancées de l’esprit et du cœur réalisées par la quête spirituelle. On y compare le Judaïsme, l’Islam et le Christianisme dans leurs tendances successives et diverses. Et puis on s’interroge : Dieu a-t-il encore un avenir, particulièrement dans notre vieille Europe ? Nietsche avait prédit la mort de Dieu. Il entendait par là que les hommes, surtout les Occidentaux, l’avaient tellement défini, qualifié qu’à force d’être tordu dans tous les sens il finirait par ne plus être pris au sérieux. Il disparaitrait peu à peu dans les plis changeants de l’esprit humain. Alors, les découvertes de l’astrophysique aidant, la relativité de la terre dans les univers s’imposant, les inconnues sur les énergies originelles donnant le vertige n’aurions nous plus le choix qu’entre l’athéisme ou le désintérêt pour ces questions et un déisme vague à la Voltaire ? Ou bien, au contraire, serions- nous menacés par le retour des intégrismes, voire des fanatismes tels qu’on les voit chez des Musulmans, des Juifs mais aussi dans des branches chrétiennes à la mode évangélique américaine par exemple ? Des chocs culturels, des catastrophes, des affaissements économiques, des guerres pourraient favoriser une généralisation de ce scénario obscurantiste. Si Frédéric Lenoir imagine bien des retours dans cette direction, il voit une tendance lourde pour le long terme allant plutôt dans le sens de Nietsche. Ou , plutôt, une grande partie des gens, dans les pays développés, devraient s’habituer à l’énigme d’une force originelle, d’un Divin mystérieux étranger au sort que les hommes se font à eux-mêmes. Cela n’enlève rien, ajoute tout de suite Frédéric Lenoir , à la valeur des réflexions et des intuitions spirituelles. Mais quelle foi personnelle possible dans ce grand désert ?
· Frédéric Lenoir s’est attaché, lui, à l’image, à la parole, au témoignage de Jésus tels que transmis par les évangiles. Même après avoir pris la mesure du contexte historique, de l’interprétation donnée par des adeptes d’un Jésus qui n’a laissé aucun écrit, il y a un souffle, un élan, un abandon, un don, un amour pour les frères humains qui ne mentent pas. Et si un tel homme a su capter et convertir une onde de ce divin énigmatique dans une destinée d’homme vouée à l’Amour, si il a pu convaincre par l’exemple que la mort n’est pas la fin de tout, pas la fin d’une âme qui ne la craint plus , alors l’espoir est permis et la vie d’ici bas peut avoir un sens. Au fond, Frédéric Lenoir se résout à l’éloignement du Divin parce qu’il ressent intimement la présence d’un Christ qui dépasse les travers, les errements, la finitude des hommes, qui suscite et ressuscite autre chose.
· Finalement, nous dit ce livre, il n’y a pas de possibilité de saisir Dieu, de le définir, de l’hominiser. Et chaque approche religieuse devrait renoncer à croire qu’elle détient toute la vérité. Chacune devrait dialoguer avec les autres en tout respect réciproque. Chacune est héritière de sa culture. Mais, pour les Chrétiens, avec et en dépit de l’énigme insondable , il y a cet homme totalement porteur d’Amour, si proche de ses frères humains mais irrésistiblement tendu vers un espoir d’un au-delà de l’homme , invitant à la confiance en cet espoir ressenti comme une certitude de résurrection. En somme, si la foi chrétienne, sauf à se raidir, ne peut qu’évoluer au tamis de la raison critique, elle peut continuer de se fortifier en puisant à l’essentiel de sa source vive : les évangiles par lesquels celui qu’on nomme le Christ parle aux Chrétiens mais est également en dialogue avec tous les hommes en quête de sens et d’amour.
· En reposant ce livre si peu dogmatique, aux analyse si objectives mais qui laisse finalement à la perception du cœur l’ouverture de la Foi, on se dit que le xx1 siècle pourrait réinventer sa spiritualité au diapason de l’explosion des connaissances et pourtant dans la fidélité à ses sources vives . On se sent plus léger, plus apaisé, plus confiant.
11:18 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
12.01.2012
Affaire Hidebrand:deux dangers
Affaire Hildebrand : deux dangers
C’est une affaire entendue, Philipp Hildebrand ne pouvait plus que démissionner. Deux mails successif semblent montrer que, d’abord il n’avait pas mesuré l’erreur de l’opération de change menée par sa femme puis qu’il l’a sentie et a interdit à son gérant de fortune personnelle toute nouvelle opération de ce genre. Trop tard. Qu’il n’ait en rien voulu spéculer dans un but d’enrichissement, on peut le croire. Que sa femme, qui le dit dans ses excuses, n’ait pas vue malice et ait simplement voulu avoir des dollars qu’elle utilise pour son activité de galeriste internationale, on peut la croire. Que ces deux ne soient nullement un couple infernal et cynique, c’est évident. Il n’y a donc pas de quoi en faire un scandale national. Il y avait de quoi entamer une crédibilité et une confiance dans l’institution. La démission s’imposait. C’est regrettable mais c’était inéluctable.
Au fond, l’homme n’avait pas intériorisé tout ce que comportait sa mission. IL n’avait pas fait adhérer sa femme à ce que ce poste impliquait en termes d’exigence, de retenue, de transparence et de concordance absolue avec la mission nationale qui était la sienne. C’est une démonstration selon laquelle les critères de légalité, d’honnêteté ne suffisent pas dans certaines charges. Il y faut comme un surcroît d’éthique et une cohérence sans faille. En fait, cet événement, comme d’autres qui l’ont précédé, telle l’affaire UBS, prouve si besoin était que le libéralisme sans support éthique solide ne peut que subir des perturbations, de la méfiance, un affaiblissement au sein de la société. La régénération, la restauration de l’éthique personnelle dans le système détermineront son avenir à long terme.
En effet, le système économique, financier libéral suppose un degré de confiance élevé. De même, la démocratie libérale qui est la nôtre demande cette confiance. On voit que d’aucuns, dès qu’ils reniflent une faille, qu’ils débusquent une erreur, un couac se précipitent dans une dramatisation habilement orchestrée. Distiller systématiquement la méfiance est l’arme et aussi la drogue de certains politiciens et de certains journalistes. Alors, quand ils peuvent sauter sur une véritable erreur, quelle aubaine. Le chasseur se pourlèche les babines en harcelant sa proie. Et ‘on se pare du drapeau du justicier au nom du peuple contre ces élites financières, économiques, politiques que l’on juge déconnectées de ce peuple vertueux. Il faut le dire clairement : l’UDC blochérienne, --qui n’est pas toute l’UDC--, ressent un besoin de se refaire une santé après des déconvenues électorales l’automne dernier. Quoi de mieux pour relancer une image qu’une affaire Hidebrand-BNS ?
Si, encore une fois, cette affaire rappelle l’exigence d’éthique, de repères essentiels à observer il importe tout en même temps de s’opposer à la propagation d’une méfiance généralisée. Remettre une chose en place, c’est bien. Tout secouer pour une exploitation électorale et personnelle n’est pas servir le pays. Sans parler de l’utilisation d’informations reçues grâce à une fuite au mépris d’un secret bancaire que l’on prétendait défendre. S’il s’agit de servir le pays, la sauvegarde du rôle essentiel de la BNS, avec son indépendance et sans pression politique constante, doit être voulue par une majorité politique ferme tant au Conseil fédéral qu’au Parlement. Une fois de plus, Pascal Couchepin, sur l’antenne de la Radio romande à l’émission Forum a eu un commentaire très clair à ce sujet, en homme d’Etat PLR qu’il était et qu’il est resté. Non, la confiance qui est le ciment de ce pays ne sera pas jetée aux orties.
17:54 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23.12.2011
Noël: l'espérance malgré tout
Noël : l’espérance malgré tout
Dans le projet issu de sa première lecture l’Assemblée constituante genevoise a adopté un préambule. Puisse-t-il subsister tel quel en seconde et troisième lecture d’ici fin mai prochain. Non sans contestations on a pu y inscrire que le peuple de Genève était reconnaissant de son héritage humaniste, spirituel, culturel et scientifique. Autrement dit, en tout respect pour les autres religions, pour le principe de laïcité de l’Etat également il est bien rappelé implicitement que l’identité genevoise plonge ses racines dans la culture chrétienne marquée ici par la Réforme. Perdre de vue ce repère c’est, en élargissant l’ignorance de l’histoire, se perdre de vue soi même. Bien sûr, Genève est habité par des Juifs qui ont souvent contribué de manière très importante à sa vie collective. Bien sûr on y compte de nombreux Musulmans issus des flux migratoires, Bien sûr Il y a d’autres sources spirituelles encore qui cohabitent et les athées, déclarés ou non, ont tout droit de cité. Bien loin de l’ordre religieux imposé par Calvin il y a plus de cinq cents ans. Et ce même préambule insiste sur la richesse que constituent les apports successifs et la diversité de ses membres. La tolérance est donc au cœur de notre démocratie ; sous réserve d’un attachement non négociable à des valeurs fondamentales qui cimentent notre société. Mais, encore une fois, nous sommes sur une vieille terre chrétienne qui a forgé notre destin. Ceux qui viennent ici, avec leurs apports propres, ne sauraient faire comme si ce génie du lieu n’existait pas. Ils ont à le connaître, au moins, et à l’accepter.
A cet égard, les débats sur la connaissance du fait religieux à l’école laissent perplexes. Que des explications soient données sur les grands points d’autres religions dans le cadre des cours d’histoire, c’est bien. Mais comment ne pas donner une priorité à l’emprunte chrétienne passant par la Réforme qui a fait Genève. Il y a des équivalences, des égalités de traitement par souci du politiquement correct, qui frisent le déni d’histoire, le reniement et ouvrent la porte à la dilution individuelle et collective.
Or donc, le prisme chrétien sur la vision du monde est crucial dans ce coin du monde. Et le rythme chrétien est donné par Noël, vendredi saint et Pâques. Nöel, c’est la célébration d’une naissance porteuse d’une folle espérance au milieu d’un monde largement hostile, bourré de tensions et parcouru par le mal. Noêl, c’est la promesse d’une faiblesse qui renaîtra dans ce monde et au-delà malgré les tentatives de l’anéantir. Noêl c’est finalement l’émotion belle et pure, l’espérance que la mal n’aura jamais le dernier mot. Noêl c’est peut être aussi un sentiment d’une bénédiction, d’une chance et d’une responsabilité pour ce Canton et Ce Pays.
En tout cas, au terme d’une année 2011 agitée de tant de soubresauts, plombée en Europe par une lourde crise financière ayant frappé durement bien des personnes, cette célébration d’une naissance invitant à toutes les renaissances est encore plus importante. En tout cas c’est ressenti comme cela dans ces quelques lignes. Bon Noël, bonnes fêtes, bonne année et rendez vous après le 10 janvier.
14:02 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18.12.2011
Conseil fédéral: confiance malgré tout
Conseil fédéral : confiance malgré tout
Les sept conseillers fédéraux ont été élus pour quatre ans, y compris le nouveau ; accompagné d’une Chancelière au service du Collège. Le statu quo dans la composition politique a été ainsi prolongé. Beaucoup s’en réjouissent. La majorité des citoyens suisses, d’après un sondage, désiraient qu’Eveline Widmer Schlumpf demeure en place. Elle est perçue comme une bonne conseillère fédérale et une bonne ministre des finances. La voici, en plus, Présidente de la Confédération, donc du Collège exécutif pour la première année de la législature ; donc particulièrement responsable de favoriser une bonne alchimie.
Les membres de l’UDC, eux, grincent évidemment des dents. Tous ? Ce n’est pas certain. Il faut dire que les chefs de file de ce parti, déjà un peu sonnés par le résultat des élections parlementaires, ont manœuvré de manière désastreuse. Il était difficile de remettre en cause le siège d’une conseillère fédérale sortante ; qui plus est serait toujours UDC si ce parti de l’avait pas expulsée, avec la section grisonne, faute de pouvoir la brûler comme sorcière. Il faut dire aussi que le début du drame, la non réélection de Christoph Blocher en 2007, pour discutable qu’elle fût était explicable par la non mue d’un chef de meute en homme d’Etat. Bref, s’ils voulaient opposer à la Grisonne honnie par eux un candidat vraiment UDC, ils auraient dû en préparer un avec soin, à l’avance et le rendre visible, crédible. Au lieu de quoi, ils ont ridiculisé trois candidats grillés comme des pétards mouillés. Le comble fut attient lorsque le Chef de groupe UDC s’en est pris, en pleine procédure d’élection, au PLR ; soit le seul parti, le seul groupe qui avait admis leur revendication de reprendre le siège d’Eveline Widmer Schlumpf.
Cela étant, faut-il en rire, s’en réjouir ? Est-il sain que le plus grand parti de suisse en termes électoraux, --il le reste--, n’ait qu’un siège au Gouvernement. Encore est-ce avec un ministre de la défense, Ueli Maurer, qui est vraiment aussi mal dans sa peau que mal à l’aise dans sa fonction. En janvier, l’UDC tiendra une grande assemblée. La question d’un retrait d’Ueli Maurer du Conseil fédéral sera posée. On peut douter que cette option rallie une majorité.. C’est d’ailleurs ici le grand fait nouveau. L’UDC semble moins monolithique. Le culte du Chef est contesté. La tendance dure est critiquée par d’aucuns à l’interne. Cela suffira-t-il pour que ce parti, humilié le 14 décembre dernier quatre ans après la grande humiliation, ne se lance pas dans une politique d’opposition à tout va ? On voudrait le croire et imaginer que dans quatre ans, après un départ normal et volontaire d’Eveline Widmer Schlumpf, une remise en ordre mathématique de la formule magique puisse avoir lieu. Car l’équilibre actuel est bancal et rend plus difficile le rôle du Gouvernement : établir en amont une entente qui permette aux projets de passer les obstacles et d’aboutir. C’est la qualité d’une formule magique. Bancale, elle la perd en partie.
Mais on veut avoir confiance malgré tour. Didier Burkhalter aux Affaires étrangères, c’est l’assurance d’une politique moins spectaculaire dans ce domaine mais plus réfléchie, plus continue sans doute ; avec une meilleure utilisation des diplomates au service de ce département, une meilleure écoute dans un climat de travail restauré. Il y a des gens qui craignent une plus grande timidité, moins de courage dans les positions. Parions qu’ils ont tort. Didier Burkhalter, pour ceux qui le connaissent, sera pleinement là où l’intérêt de la Suisse le demandera.
Quant à Alain Berset, il va relever trois grands défis. Il va devoir montrer que la non expérience d’un exécutif cantonal ne l’empêchera pas de diriger une grosse administration. Il va devoir montrer que la loyauté collégiale l’amènera à contredire son parti, au nom du Gouvernement, lors de votations délicates. Il devra aussi et surtout, bien sûr, démontrer sa capacité à rechercher et à dégager des solutions de consensus sur des sujets oh combien sensibles. Eh bien, là encore, parions que l’homme sera à la hauteur de l’attente.
Dans un an, à la fin de l’année présidentielle de la sorcière grisonne ( pour l’UDC) hissée sur le pavois, on verra mieux si le 14 décembre 2011 aura été un jour favorable au pays.
15:44 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
10.12.2011
Stephane Hessel: juste un peu trop
Stephane Hessel : juste un peu trop
Une assistance considérable était venue, la semaine dernière, pour écouter l’incroyable nonagénaire Stephane Hessel. Son livre <indignez vous> est un succès de librairie étonnant. Le vieil homme, qui s’adresse particulièrement aux jeunes, inspire des mouvements de protestation contre le désordre du monde. Parmi ses objets d’indignation, il y a la situation des Palestiniens et l’attitude des Israéliens à leur égard. On sait que celui qui critique Israël s’expose à de vives réactions de nombreux membres d’une Communauté qui ressent un devoir de solidarité presque automatique envers cet Etat. On peut en faire l’expérience à Genève comme ailleurs. Evidemment Stephane Hessel est gênant pour eux. Son origine familiale est juive polonaise, même s’il s’est retrouvé à sa naissance luthérien allemand. Naturalisé français il fut un résistant. Il fut arrêté, torturé, déporté par les Nazis. Il participa, comme jeune diplomate , à la rédaction de la Charte de l’ONU sur les droits de l’homme et suivit de près, avec grande empathie, la création de l’Etat d’Israël. Difficile de le traiter d’antisémite congénital afin de discréditer ce qu’il dit.
Et ce qu’il dit sur la situation en Palestine ne peut qu’être reçu dans la tristesse et l’inquiétude. La vie quotidienne des Palestiniens, en Cisjordanie occupée et à Gaza enfermée est dramatique. La vie quotidienne des Palestiniens, sous les cautèles administratives israéliennes, est un véritable parcours du combattant. Stephane Hessel a raison lorsqu’il dit que l’Etat puissant qu’est Israël est son propre ennemi avec sa politique du fait accompli dans les territoires occupés et une fermeture à toute perspective d’une paix basée sur des normes de droit international permettant l’éclosion d’un véritable Etat palestinien égal en droit, en cohérence territoriale et en souveraineté. Il a raison lorsqu’il dit qu’une toute autre perspective serait possible, où Israël, fort de garanties et sûr de sa force trouverait tout son avantage. Il a raison encore lorsqu’il dit que la grande majorité des Palestiniens se rallierait avec soulagement et grand espoir à une paix juste ; tandis que la politique actuelle d’Israël ne peut qu’attiser le désespoir et la rancœur.
On pourrait ajouter que la solidarité automatique des Etats-Unis a des effets pervers car elle paralyse une pression internationale qui pourrait faire bouger les lignes. Mais la force des groupes de pression pro israélien aux Etats Unis est telle que tout politicien qui les heurterait de front irait au suicide politique. Il faudra probablement attendre que ces mêmes groupes de pression, se rendant compte de l’impasse d’un politique dangereuse, finissent par infléchir les termes de leur propre solidarité avec Israël.
Oui, sur tout cela Stephane Hessel dit des choses justes. Alors pourquoi ce malaise en l’écoutant l’autre soir ? A cause de mots qui manquaient et à cause de mots de trop.
Il manquait une compréhension, --qui n’est pas du tout approbation--, de la psychologie d’assiégés des Israéliens. Après tout, ils sont dû se battre pour que leur Etat existe. 1948, 1956, 1967, 1973. Ce n’est que tard que l’Egypte, la Jordanie ont reconnu leur existence, ont renoncé à rayer leur Etat de la carte. Et un pays comme la Syrie en est toujours là ; sans parler de l’Iran en arrière fond. Et puis, si la politique désastreuse d’Israël depuis 1967, encore plus depuis la fin des années septante alimente les mouvements violents et terroristes, tels le Hamas, le Hezbollah, il y a dans ces mouvements des fanatiques, viscéralement haineux qui, de toute manière, sont anti-juifs et contre l’Etat d’Israël. Il ne serait donc qu’équitable d’appeler les Etats arabes niant encore la réalité israélienne et l’Autorité palestinienne à condamner clairement le terrorisme aveugle, à déclarer clairement leur reconnaissance de l’Etat hébreu. L’appel devrait s’adresser aussi à ces mouvements afin que les fanatiques irrécupérables soient marginalisés. La critique, ensuite ne serait que plus crédible, voire plus efficace.
Les mots en trop ensuite. Stephane Hessel s’est référé à l’Ubris, cette notion grecque qui indique la perte de repères, de mesure qui peut saisir les hommes mais aussi une sorte d’aspiration à la domination. Et, évoquant les Juifs, par rapport à cet Israël qui est leur drapeau, il a parlé d’une sorte de désir de dominer le monde. Voilà des mots qui ont été utilisés au cours de l’histoire dans les pires intentions, au travers des pires circonstances. Des mots qui ont choqué l’auteur de ces lignes. Evidemment, vu ce qu’il est, sa personnalité, son parcours de vie Stephanne Hessel n’est pas en cause. Mais une certaine euphorie gagnant une personne devenant une star peut faire que des mots à tout le moins très maladroits sortent de la barrière de ses dents,--comme dirait Homère. L’auteur de ces lignes a essayé, dans la discussion qui suivait, de prendre la parole afin d’exprimer ces réserves. Malheureusement, il n’y avait plus de temps. La possibilité lui a été donnée, au moins, de dire rapidement la première des réserves à l’intéressé bien qu’il fût déjà entouré de ses accompagnateurs. Et il a semblé en prendre bonne note. Ces mots q
Stephane Hessel : juste un peu trop
Une assistance considérable était venue, la semaine dernière, pour écouter l’incroyable nonagénaire Stephane Hessel. Son livre <indignez vous> est un succès de librairie étonnant. Le vieil homme, qui s’adresse particulièrement aux jeunes, inspire des mouvements de protestation contre le désordre du monde. Parmi ses objets d’indignation, il y a la situation des Palestiniens et l’attitude des Israéliens à leur égard. On sait que celui qui critique Israël s’expose à de vives réactions de nombreux membres d’une Communauté qui ressent un devoir de solidarité presque automatique envers cet Etat. On peut en faire l’expérience à Genève comme ailleurs. Evidemment Stephane Hessel est gênant pour eux. Son origine familiale est juive polonaise, même s’il s’est retrouvé à sa naissance luthérien allemand. Naturalisé français il fut un résistant. Il fut arrêté, torturé, déporté par les Nazis. Il participa, comme jeune diplomate , à la rédaction de la Charte de l’ONU sur les droits de l’homme et suivit de près, avec grande empathie, la création de l’Etat d’Israël. Difficile de le traiter d’antisémite congénital afin de discréditer ce qu’il dit.
Et ce qu’il dit sur la situation en Palestine ne peut qu’être reçu dans la tristesse et l’inquiétude. La vie quotidienne des Palestiniens, en Cisjordanie occupée et à Gaza enfermée est dramatique. La vie quotidienne des Palestiniens, sous les cautèles administratives israéliennes, est un véritable parcours du combattant. Stephane Hessel a raison lorsqu’il dit que l’Etat puissant qu’est Israël est son propre ennemi avec sa politique du fait accompli dans les territoires occupés et une fermeture à toute perspective d’une paix basée sur des normes de droit international permettant l’éclosion d’un véritable Etat palestinien égal en droit, en cohérence territoriale et en souveraineté. Il a raison lorsqu’il dit qu’une toute autre perspective serait possible, où Israël, fort de garanties et sûr de sa force trouverait tout son avantage. Il a raison encore lorsqu’il dit que la grande majorité des Palestiniens se rallierait avec soulagement et grand espoir à une paix juste ; tandis que la politique actuelle d’Israël ne peut qu’attiser le désespoir et la rancœur.
On pourrait ajouter que la solidarité automatique des Etats-Unis a des effets pervers car elle paralyse une pression internationale qui pourrait faire bouger les lignes. Mais la force des groupes de pression pro israélien aux Etats Unis est telle que tout politicien qui les heurterait de front irait au suicide politique. Il faudra probablement attendre que ces mêmes groupes de pression, se rendant compte de l’impasse d’un politique dangereuse, finissent par infléchir les termes de leur propre solidarité avec Israël.
Oui, sur tout cela Stephane Hessel dit des choses justes. Alors pourquoi ce malaise en l’écoutant l’autre soir ? A cause de mots qui manquaient et à cause de mots de trop.
Il manquait une compréhension, --qui n’est pas du tout approbation--, de la psychologie d’assiégés des Israéliens. Après tout, ils sont dû se battre pour que leur Etat existe. 1948, 1956, 1967, 1973. Ce n’est que tard que l’Egypte, la Jordanie ont reconnu leur existence, ont renoncé à rayer leur Etat de la carte. Et un pays comme la Syrie en est toujours là ; sans parler de l’Iran en arrière fond. Et puis, si la politique désastreuse d’Israël depuis 1967, encore plus depuis la fin des années septante alimente les mouvements violents et terroristes, tels le Hamas, le Hezbollah, il y a dans ces mouvements des fanatiques, viscéralement haineux qui, de toute manière, sont anti-juifs et contre l’Etat d’Israël. Il ne serait donc qu’équitable d’appeler les Etats arabes niant encore la réalité israélienne et l’Autorité palestinienne à condamner clairement le terrorisme aveugle, à déclarer clairement leur reconnaissance de l’Etat hébreu. L’appel devrait s’adresser aussi à ces mouvements afin que les fanatiques irrécupérables soient marginalisés. La critique, ensuite ne serait que plus crédible, voire plus efficace.
Les mots en trop ensuite. Stephane Hessel s’est référé à l’Ubris, cette notion grecque qui indique la perte de repères, de mesure qui peut saisir les hommes mais aussi une sorte d’aspiration à la domination. Et, évoquant les Juifs, par rapport à cet Israël qui est leur drapeau, il a parlé d’une sorte de désir de dominer le monde. Voilà des mots qui ont été utilisés au cours de l’histoire dans les pires intentions, au travers des pires circonstances. Des mots qui ont choqué l’auteur de ces lignes. Evidemment, vu ce qu’il est, sa personnalité, son parcours de vie Stephanne Hessel n’est pas en cause. Mais une certaine euphorie gagnant une personne devenant une star peut faire que des mots à tout le moins très maladroits sortent de la barrière de ses dents,--comme dirait Homère. L’auteur de ces lignes a essayé, dans la discussion qui suivait, de prendre la parole afin d’exprimer ces réserves. Malheureusement, il n’y avait plus de temps. La possibilité lui a été donnée, au moins, de dire rapidement la première des réserves à l’intéressé bien qu’il fût déjà entouré de ses accompagnateurs. Et il a semblé en prendre bonne note. Ces mots qui manquent, on aimerait qu’il ne les omettent pas, Ces mots regrettables en trop, on aimerait qu’il ne les prononce plus. Alors, son message fort sera mieux reçu par ceux qui n’ont pas choisi un camp contre l’autre mais rêvent de justice et de solution.
ui manquent, on aimerait qu’il ne les omettent pas, Ces mots regrettables en trop, on aimerait qu’il ne les prononce plus. Alors, son message fort sera mieux reçu par ceux qui n’ont pas choisi un camp contre l’autre mais rêvent de justice et de solution.
16:33 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.12.2011
Le grand rendez vous d'Olivier Jornot
Il y a des personnes que la fonction grandit. Il y a des personnes qui ne grandissent pas avec la fonction. Le pari, ici, est que la fonction de Procureur général va grandir Olivier Jornot, élu jeudi dernier pour deux ans à ce poste par le Grand conseil. Il sera candidat, dans deux ans, pour un mandat normal de six ans.
Entendons nous bien. Olivier Jornot est déjà une personnalité publique dont l’intelligence, les talents, la capacité d’engagement et de travail sont largement reconnus. Il a été un brillant Président du Parti libéral et il est qualifié de meilleur député du Grand Conseil par ses pairs et les observateurs. Mais il a aussi nourri des crispations à son endroit. Assez tranchant dans l’expression d’opinions politiques bien arrêtées, peu indulgent envers ce qui ne lui paraît pas respirer l’intelligence, bref, assez marqué, typé il ne semblait pas être le candidat du consensus aux yeux, notamment de la magistrature. Sa venue est crainte par d’aucuns.
17:06 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
27.11.2011
L'impôt accepté à condition...
L’impôt accepté à condition…
Le Président du Conseil d’Etat vaudois, Pascal Broulis, a dédicacé son livre jusqu’en territoire genevois. C’est que le titre n’est pas banal : <l’impôt heureux>. On pourrait croire au sketch d’un humoriste. Mais non. L’homme d’Etat vaudois, ministre des finances de son canton, estime que la nécessité de l’impôt doit entrer dans la conscience des habitants. Conscience de toutes les prestations que permet le produit de l’impôt : écoles, infrastructures, santé, prestations sociales etc. Conscience du devoir de chacun de contribuer à l’effort en corrélation avec sa situation de revenus et de fortune.
Le contre exemple spectaculaire est donné par la Grèce. Finances publiques désastreuses, habitudes scandaleuses et multiples d’échapper à tout ou partie de son imposition. En Suisse, n’en déplaise à nos voisins accusateurs, l’évasion fiscale n’est pas dans les mœurs de tout un chacun. Question de civisme, sans doute, de confiance aussi dans un Etat comparativement modéré. Encore que…
On a toujours le droit de se demander pourquoi des Gouvernements étrangers, le Gouvernement français notamment, voient dans la législation suisse sur le secret bancaire,--ou ce qu’il en reste--, un maléfice. Si la gestion de l’Etat inspirait la confiance, si le fisc ne se donnait pas des airs confiscatoires les Français chercheraient-ils à abriter leur patrimoine en Suisse ? On se souvient d’Antoine Pinay, homme de la rigueur budgétaire et de la modération fiscale qui se vantait, au début des années 1950, d’avoir incité des capitaux français à revenir dans l’hexagone.
Mais revenons, nous, en Suisse et plus particulièrement à Genève. Les finances du canton se détériorent. La crise générale en est la cause et la dépendance particulière de Genève du secteur tertiaire, bancaire accentue le mouvement. Toutefois, le poids de la fonction publique, celui des prestations, des gestions d’établissements publics souvent dispendieuses jouent un rôle considérable. Le ministre cantonal des finances avoue que, sur un budget de quelque huit milliard trois, au moins, sont enchainés par des lois. Alors, des compressions de dépenses sur le reste où existe une marge de manoeuvre ? David Hiller le prévoit mais il laisse aussi entendre que des hausses d’impôts pourraient être nécessaires. Hausses pour qui ?
L’assiette fiscale, en effet, est déjà déséquilibrée à Genève. D’un côté, près de 30% de contribuables théoriques qui ne payent pas ou quasiment pas d’impôts ; ce qui est un exemple singulier, anormal et malsain. De l’autre , des grosses fortunes et des gros revenus qui, légitimement payent beaucoup. Mais, lorsque l’imposition cumulée fortune , revenus, monte à plus de 70% du revenu ; lorsque toute l’imposition, avec le fédéral plus la cotisation AVS qui est sur le revenu pèsent sur un contribuable à plus de 100% du revenu, est-on encore dans la logique de la solidarité ou dans une ascension qui donne aux intéressés un sentiment de spoliation ? Evidemment, nous autres de la classe moyenne, nous savons bien que les plus riches n’auront pas à changer leur train de vie et que beaucoup auront des accroissements de fortune qui compenseront bien au-delà des prélèvements. Mais il s’agit de réfléchir à la question de l’équilibre. Fixé ou non, la notion de bouclier fiscal c'est-à-dire d’une limite raisonnable aux prélèvements de l’Etat sur un individu devrait rester dans l’ordre des choses.
En outre, si l’Etat cherche à restaurer ses finances en augmentant les impôts, il retombera immanquablement aussi sur la classe moyenne. Or, celle-ci n’en peut plus. Elle n’a pas la marge des riches et n’a pas cette exemption parfois totale et finalement choquante des bas revenus. Elle ne peut se réjouir non plus d’une surimposition des plus hauts revenus qui finiront par fuir Genève pour des cieux fiscaux plus cléments ; attitude que l’on ne saurait applaudir mais compréhensible. D’ailleurs, heureusement, que subsiste une concurrence fiscale entre cantons. Sinon, jusqu’où irait la tentation de certains : suivez mon regard.
En conclusion, rappelons cette devise du baron Louis : trop d’impôt tue l’impôt. Et si Pascal Broulis veut nous persuader que l’impôt peut être heureux, ajoutons que, dans ce domaine, la clé du bonheur est dans la mesure.
20:46 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.11.2011
Conseil fédéral: la tentation trop subtile
Conseil fédéral : la tentation trop subtile
La date approche, la tension monte dans les états-majors des partis représentés sous la coupole fédérale, les commentaires se multiplient. Le 14 décembre on saura non seulement qui succédera à Micheline Calmy Rey mais encore si le Gouvernement gardera la même composition politique, si elle changera et dans ce cas de quelle façon. En 1959, la formule dite magique ne fut pas décidée sans grandes discussions de coulisse. Mais elle fut simple à réaliser. Les quatre plus grands partis se partagèrent les sept sièges, le plus petit de ces quatre n’en ayant qu’un. C’était indiscutablement le résultat des élections fédérales au Conseil national qui a déterminé la clé. On sait que l’UDC a reçu un deuxième siège en 2003, siège perdu par le PDC. Mais on sait que l’éviction de Christoph Blocher au profit d ? Evelyne Widmer Schlumpf en 2007 a provoqué l’exclusion de l’UDC grisonne et la création d’un nouveau parti , le Parti bourgeois démocratique (PBD) dans lequel la Conseillère fédérale expulsée a fait son nid.
Dès lors l’UDC comme telle n’est plus représentée que par un Conseiller fédéral. Le Parlement peut-il raisonnablement réélire Evelyne Widmer Schlumpf, tête d’affiche d’un tout petit parti, en raison de son bon travail et d’une image centre droit rassurante ? Cela en ne laissant qu’un siège à l’UDC ?
On trouve des commentaires allant dans ce sens. Ils ne croient pas à un retrait total et tempétueux de l’UDC dans une telle hypothèse. Elle a reculé aux élections, perdu des sièges au Conseil national même si elle demeure le premier parti du pays. Surtout, avancent ces commentateurs, il faut observer le Conseil des Etats. Les élus doivent bénéficier d’alliances majoritaires dans leur canton. Et l’UDC bute le plus souvent contre ces alliances. La plus spectaculaire a fait chuter un UDC bernois sortant dans le canton de Berne. Les deux élus aux Etats sont un PBD,--ex UDC--, et un Socialiste. Berne, le canton par excellence où est née l’UDC. Quel camouflet ! D’ailleurs, argumentent ces commentateurs, observons la nouvelle flexibilité du Centre au Conseil national avec la poussée, même petite, de ce même parti PBD et des Verts libéraux.
Franchement, cette analyse et cette conclusion ne tiennent pas la route si l’on entend encore se référer à la formule magique. Priver l’UDC d’un second siège c’est, en effet, entrer dans un jeu d’alliances, d’intentions politiques afin de limiter l’impact du plus grand parti sur l’action gouvernementale. Franchement, la question tout simplement de sa présence au Conseil fédéral devrait alors se poser, dès lors que l’on quitterait la stricte référence arithmétique. Si on veut cela, qu’on le dise mais que l’on admette la fin de la formule magique et l’entrée dans des combinaisons politiques à têtes multiples.
Ah certes, il y a une autre hypothèse. Donner un deuxième siège à l’UDC mais au détriment du PLR, tandis qu’Evelyne Widmer Schlumpf garderait le sien. Alors là ce serait mutiler un parti de Centre droit visible, reconnaissable, pivot historique de l’action gouvernementale pour honorer officiellement un Centre encore bien inconnu sinon introuvable. Car on ne sait pas trop ce que ces petits partis au bénéfice d’une poussée relative en terme de sièges vont en faire au Parlement. En somme on quitterait le critère arithmétique pour un équilibre aux variables moins visibles. Ce mauvais coup porté au PLR ne serait pas un bon plan pour la Suisse.
Certes, il faut encore que l’UDC présente un nouveau candidat valable, crédible. Ce devrait être possible d’ici au 14 décembre. Dans ce cas, la majorité du Parlement serait sage d’en revenir à la formule arithmétique simple, tout en rendant hommage pour services rendus à Mme Widmer Schlumpf. Cela peut sembler ingrat, rigide. Mais, que l’on sache, la PDC Ruth Metzler, en 2003, avait dû quitter le Conseil fédéral alors qu’elle avait derrière elle un Parti plus imposant que celui qui va représenter l’ex-UDC grisonne. On verra ce qui adviendra le 14 décembre mais on espère que sera écartée l’envie de jouer et la tentation trop subtile.
22:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




