28/01/2018

Lumières et trompe l’oeil de Davos

Si le WorldTour Economic Forum n’existait pas , il faudrait l’inventer. Or, un professeur d’économie, Klaus Schwab, l’a bel et bien créé et lançé. C’est devenu un rendez vous annuel incontournable. Les manifestations contre lui,- acusé d’être le rassemblement de luxe des riches et des puissants à la barbe des opprimés-, n’ont plus vraiment d’écho. Le Forum a démontré sa capacité à laisser s’exprimer des opinions contrastées, voire divergentes.

On le sait, Davos est une occasion d’échanges entre des cercles et des sphères qui peuvent tirer de ces contacts un suivi positif. De grands responsables politiques, économiques, scientifiques peuvent s’y rencontrer et parler en tête à tête. Mais c’est, bien sûr, l’occasion d’entendre des discours forts et attendus de la part de chefs d’Etats. On a donc l’impression de recevoir une lumière plus claire sur le train du monde.

Enfin, quand on dit lumière plus claire ! L’année dernière, le Président chinois s’était posé en chantre du libre échange commercial, en adversaire du protectionnisme. Amusant lorsque l’on voit, en contraste, une crispation américaine et européenne sur le sujet. Cette année, c’est le Premier ministre indou qui afficha la même posture. Fort bien et tant mieux si ces deux grandes puissances de notre siècle vont dans ce sens. Mais gare au trompe l’œil. Ces deux pays constituent une course d’obstacles pénible pour les exportateurs et investisseurs étrangers. Leur bureaucratie et leur interventionnisme administratif valent moult barrières protectionnistes. On est loin de la réciprocité. De la parole à la réalité il y a encore une belle distance.

Au fond, deux présidents ont eu une parole vraiement crédible. Le nôtre, Alain Berset et le Président français Emmanuel Macron. La Suisse est, depuis belle lurette, l’avocate du libre échange ; sous réserve du secteur agricole. Elle est aussi en recherche constante d’un point d’équilibre entre l’ouverture au monde et l’affirmation de sa souveraineté, garante de sa singularité fédéraliste et démocratique. Davos aurait pu être, pour elle, une occasion de contacts positifs avec l’Union européenne ; cela dans une phase délicate. Or, force est de constater des dissonances fâcheuses entre les membres du Conseil fédéral à propos d’un Accord institutionnel ; dissonances aux limites d’une rupture de collégialité. Cela rappelle les mêmes avant la votation de 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). Il est urgent de redresser la barre et de retrouver une discipline et une loyauté collégiales.

L’autre discours intéressant fut, à l’évidence, celui du Président Macron ; dont la différence de profondeur et de Style avec celui du Président américain frappa et sidéra tant les participants que les observateurs. Il n’y a aucun doute ; le jeune Président français a une envergure d’homme d’Etat. Sa pédagogie explicative sur la complexité des choses et du monde commence à imprégner les esprits au-delà de l’hexagone. Son volontarisme à la fois libéral et social, sa profession de foi pour soutenir l’excellence et demander le partage (dans les nations et entre les nations) ouvrent des perspectives économiques, sociales, politiques mais aussi éthiques et psychologiques. Avec lui, la station grisonne a été davantage qu’une tribune offerte. Sous l’oriflamme du <en même temps> on a eu peut être le meilleur appel de Davos.

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27/12/2017

Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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Le défi européen de la Suisse en 2018

En cette fin d’année, on aura à nouveau entendu parler des relations entre la Suisse et l’Union européenne, et des problèmes qu’elles posent. Dire, qu’en 2013, la voie blatérale semblait dégagée et que la discussion pour mettre sur pied un Accord cadre semblait bien progresser. Le succès de l’Initiative contre l’immigration de masse a compliqué la donne, l’Accord de libre circulation des personnes avec l’UE étant évidemment concerné. Le Conseil fédéral et le Parlement ont manœuvré comme ils ont pu, ce qui irrite l’UDC et motive une Initiative en cours, directement dirigée contre l’Accord de libre circulation.


Cette dernière tient à un Accord cadre. On la comprend. Au lieu de, chaque fois, fixer avec la Suisse un calendrier de négociation bilatérale en regard de chaque amélioration de son propre Marché intérieur, un tel Accord permettrait un système automatique de négociation bilatérale , au rythme de l’évolution de ce Marché intérieur européen. Oui, l’UE y tient, mais comment ne pas voir l’intérêt aussi pour la Suisse ? Au lieu de, chaque fois, aller frapper à la porte de Bruxelles afin que son économie ne se retrouve pas en décalage et discriminée, la Suisse aurait ainsi la garantie d’une telle négociation. Comment peut- on, comme chez l’UDC, y voir un danger et non pas un avantage ?

 

Ah les juges étrangers qui supprimeraient notre souveraineté ! Or, c’est archi faux. Chaque accord, découlant de chaque négociation, serait soumis à notre procédure de ratification démocratique. Et la Suisse pourrait ne pas accepter une interprétation juridique par la Cour européenne de justice. Donc l’UDC pourrait toujours et encore clamer ses oppositions. Évidemment, en cas de refus , par exemple populaire, d’un accord, certaines mesures de discrimination de la part de l’UE seraient inévitables. C’est là-dessus que porterait alors une négociation. Eh bien oui, c’est le prix à payer pour le respect de notre fonctionnement institutionnel, de notre souveraineté. Mais que l’on cesse de nous dire qu’elle serait bradée. De fausses allégations répétées ne font pas une vérité.


On a donc joué avec des fantasmes à propos de cet Accord cadre . L’ennui, c’est que notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis , a un peu pris en compte ce jeu lorsqu’il a voulu amadouer l’UDC pour son élection au Gouvernement. Il a parlé de pause, de nouveau vocabulaire, de réflexion générale…Bref, de quoi calmer certains à l’intérieur mais de quoi susciter de la méfiance à Bruxelles.


Certes, Le Conseil fédéral doit convaincre l’opinion intérieure. Il doit tout faire afin d’éviter un nouveau rejet populaire. Mais il ne gagnera pas sur ce front avec des faux semblants. L’important est d’avoir une ligne claire, une explication vraiment pédagogique, un engagement du Gouvernement résolu et collégial. Il ne s’agit pas de recourir à une dramatisation qui ne serait pas crédible. Bien sûr, sans Accord cadre avec l’UE, tout ne sera pas perdu pour la Suisse. Mais, assurément, tout sera plus difficile avec un raidissement de l’UE inévitable. Quitte à se faire dire par l’UDC qu’il oublie un peu ses propos de campagne, Ignazio Cassis devrait convenir à voix haute qu’un encadrement de la voix bilatérale et de son mouvement est logique et serait bénéfique à l’intérêt national ; qu’une relation fructueuse et réaliste avec l’UE passe par cela et que notre souveraineté, notre fonctionnement démocratique n’en seront pas altérés.


C’est avec de telles données que le Conseil fédéral pourrait envisager une votation fédérale portant sur nos relations avec l’Union européenne. Mais la question se pose : le Collège gouvernemental dans son ensemble et Ignazio Cassis en particulier seront-ils, en 2018, à la hauteur de ce défi euroéen ; sur les fronts extérieur et intérieur ? Poser la question, c’est ne pas y répondre encore.

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20/12/2017

La P-26 enfin sérieusement racontée

Dans l’histoire, il arrive que l’on dramatise jusqu’à l’hystérie et la paranoia la découverte d’un fait qui méritait simplement d’être analysé sereinement. Ainsi en a-t-il été de la fameuse P-26, soit l’Organisaton secrète de défense, découverte dans la suite des enquêtes sur l’affaire des fiches. En fouillant dans les dossiers du Département de la défense, on a trouvé cette P-26. L’émission >Temps présent> diffusée ce jeudi soir 21 décembre, lui est consacrée.


De quoi s’agissait-il ? Mise sur pied bien avant la chute du mur de Berlin, elle s’inscrivait dans le scénario connu qui aurait vu se déclancher une guerre en Europe. L’hypothèse était que la Suisse aurait été occupée par l’armée du Pacte de Varsovie, que nos autorités civiles et notre armée n’auraient plus eu prise sur notre territoire. Bref, une situation d’occupation incitant à une résistance. Un scénario que la France et d’autres pays ont connu entre 1940 et 1945.

Précisément, l’idée était que cette résistance puisse s’organiser et fonctionner aussi tôt que possible, avec le moins de dégâts possibles. D’où l’option de mettre sur pied une organisation secrète de cadres, volontaires bien sûr, astreints à des exercices correspondant à une action de résistance. Les armes étaient naturellement confinées dans des dépôts. C’est ainsi que des hommes et des femmes, tous d’âge mûr, mais à la fibre patriotique et démocratique chevillée à l’âme, certains d’être des résistants en cas d’invasion, convaincus qu’une préparation secrète professionnelle était une bonne chose ont été sollicités. Ils se sont fait un devoir, un honneur d’accepter cette charge. Ils y ont consacré beaucoup de temps, en toute discrétion et sans attendre aucun avantage. Cinq parlementaires, dont l’auteur de ces lignes, partageaient le secret.


Et voici que la découverte a soulevé une tempête médiatique et politique. Sans aucune précaution avant une enquête un peu rigoureuse, on a crié à la menée fasciste, au complot contre la démocratie, au mépris des garanties institutionnelles, et même à la préparation dans l’ombre d’on ne sait quel coup d’Etat. Or, les membres de la P-26, ayant prêté serment de se taire, n’ont rien pu dire durant des années. Récemment seulement, le secret a été levé pour eux et ils peuvent enfin s’exprimer. Ils en sont soulagés, tant les attaques dont ils faisaient l’objet étaient blessantes, pour ne pas dire traumatisantes.


Un livre bien documenté a déjà remis toute cette affaire à sa juste place. Mais, surtout, ce jeudi 21 décembre au soir, l’émission <Temps présent> sur la chaîne 1 de la télévision romande présentera donc cette histoire de la P-26. Cette émission a pu être regardée à l’avance par des personnes concernées. Elle est bonne. C’est du vrai travail journalistique professionnel. L’approche est vivante, personnalisée mais rigoureuse et objective. Les journalistes, les politiciens et autres inquisiteurs de circonstance qui étaient, à l’époque, montés sur leurs grands chevaux, devraient, s’ils ont une petite capacité auto-critique, se sentir un peu gênés ; même si on veut bien faire la part du choc de la découverte. Les journalistes, en regard de cette affaire, devraient tout de même se poser quelques questions fondamentales sur les exigences d’un bon journalisme d’enquête et d’information. Raison de plus pour saluer ce <Temps présent> et inviter à le regarder.

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07/12/2017

Donald Trump ou le simplisme dangereux

Toute l’expérience de Donald Trump est celle d’un homme d’affaires audacieux, sûr de lui, prenant des risques, essuyant des mécomptes mais se refaisant une santé financière et jouant un nouveau coup. Le problème , c’est que cet homme est devenu le Président des États-Unis. Il n’est pas question de nier sa légitimité démocratique. Il correspond à des colères, à des réactions d’un électorat qui l’a porté à la Présidence, même s’il n’avait pas obtenu la majorité sur l’ensemble du pays. Il a découvert que les pouvoirs d’un président américain sont assez limités par ceux du Congrès. Mais un président a une bonne marge d’autonomie en matière de politique extérieure. Et, ici, franchement, cela fait peur.


Le voici qui vient de décider le transfert de son ambassade en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem. Certes, il en avait parlé durant sa campagne, Certes, les milieux juifs américains le réclamaient depuis longtemps. Il n’est pas question non plus, ici, de nier l’importance religieuse, politique, culturelle, identitaire que revêt Jérusalem pour les Juifs en général et les Israéliens en particulier. Seulement, il se trouve que cette même ville a des résonances profondes pour les Arabes en général et les Palestiniens en particulier. Ben Gourion avait reconnu la difficulté de faire coexister deux peuples se disputant la même terre. Dans les déchirement issus des deux guerres mondiales, les guerres du proche Orient, ayant abouti à la création puis à la consolidation de l’Etat d’Israël, étaient hélas inévitables. On en connaît la trame.


Or, n’est-il pas de la responsabilité des Etats, particulièrement de l’Europe et des Etats Unis, de concourir au maximum à l’ouverture d’un chemin menant vers la paix ? La politique du Gouvernement israélien, sous pression des partis religieux, suit un chemin inverse. Oh, il serait faux de minimiser les menaces dont fait toujours l’objet Israël, les menées terroristes dont il est victime. Au regard d’une histoire européenne tragique, on ne peut que vouloir absolument la sécurité pour Israël. Mais, à long terme, cette sécurité devrait s’appuyer sur une cohabitation de voisinage avec un Etat palestinien viable, sur des relations apaisées avec les voisins arabes. Qui ne voit l’accumulation des obstacles sur ce chemin. En cis-jordanie, partiellement sous une autorité palestinienne branlante et limitée par l’Etat hébreu, une floraison ininterrompue de colonies. On en est, sauf erreur, à quelque 500.000 ou 600.000 colons résolument implantés en ces territoires conquis ; cela contrairement au droit international et aux résolutions de l’ONU. Quant à Jérusalem, peu à peu des Israéliens soutenus par les autorités y investissent la partie Est ; cette partie de La Cité sacrée pour eux aussi dont les Palestiniens aimeraient faire la capitale de leur Etat.


Comment tout cela peut-il tourner ? Une même ville étant deux capitales de deux Etats ? Ou bien une autre formule avec des garanties apaisant les Arabes ? C’est une situation bien difficile. En revanche, pour la communauté internationale, il y a un devoir de comprendre les aspects symboliques, émotifs de cette situation. Face à une impasse politique actuelle et dans l’espérance d’une reprise d’un mouvement vers la paix, laisser les ambassades occidentales à Tel-Aviv, ne pas les implanter à Jérusalem , c’est prendre acte d’un gros problème, ménager les deux parties au conflit et marquer son attente, son espoir d’une négociation décisive. Lorsque le Président américain dit que sa décision ne change rien à son engagement pour trouver un accord de paix, il se comporte en homme d’affaires et non pas en homme d’Etat qui comprend la complication des choses. On aimerait bien croire avec lui que, malgré cette décision à contre sens, les chances de dialogue n’auront pas diminué encore. Mais on a peine à le croire. Tout processus de paix aura besoin des États-Unis. Leur crédibilité vient d’être entamée par un président qui agit par à coups et ne réfléchit pas en profondeur, en largeur, en durée. C’est inquiétant.

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25/11/2017

Tariq Ramadan dcrédibilisé

Cher monsieur Anastase,

Vous critiquez vivement la conclusion de mon Blog sur Tariq Ramadan. Vous estimez que je me rabaisse en souhaitant que sa perte de crédibilité personnelle, à cause des accusations dont il fait l’objet, entraîne une perte de crédibilité de son discours en général. Vous estimez que cela n’entame en rien ses positions idéologiques. . Et vous citez Céline et Aragon à l’appui de votre critique à mon égard.
Permettez moi de vous dire que vous confondez les cas. Céline était un afreux anti-sémite mais, comme le disait André Chavanne, il n’en était pas moins un romancier de génie ayant écrit un chef d’œuvre. On peut donc parler de cet aspect sans parler de l’autre. De même pour Aragon, zélateur aveugle du communisme stalinien. Il n’en était pas moins un romancier et un poète remarquable.
Tariq Ramadan n’est ni romancier ni poète. Il est tout entier dans son discours politique, sociologique, religieux. Il appuie sur la morale stricte qui doit régir les relations entre hommes et femmes. Il met en cause, à cet égard, notre notion de liberté et d’égalité entre les sexes. Bref, chez lui tout se tient. Il s’est posé en référence à la fois intellectuelle, religieuse et personnelle.
Que ses soucis judiciaires le décrédibilisent sur l’ensemble est donc logique et heureux. Cela peut contribuer à réveiller des esprits endormis. Sur le cas de Frère Tariq, ne vous en déplaise, je persiste donc et signe.

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22/11/2017

La leçon malgré lui de Frère Tariq

Sans trancher sur la seule base de témoignages relayés par les médias, laisssons la justice s’occuper éventuellement des accusations portées contre Tariq Ramadan au sujet de comportements répréhensibles qu’il aurait eus avec quelques jeunes femmes, voire des jeunes filles ; cela en profitant de sa position d’influence. Regrettons peut être que certaines, qui se présentent comme des victimes, n’aient pas su ou pu se rejoindre et adresser à temps , à visage découvert des dénonciations apropriées. Mais ici n’est pas le propos.


Ce qui importe ici est de relever la faible résistance d’intellectuels, de responsables politiques, médiatiques, administratifs ou autres face à la sinuosité et à l’ambiguïté du personnage habile et talentueux. On a assez d’informations pour savoir qu’il adapte très bien ses paroles et ses textes au public qu’il cible. Pour avoir été avec lui sur un plateau de télévision après les attentats de Madrid, il y a quelques années, nous nous souvenons de sa courbe dialectique : <je condamne ces actes mais…> Beaucoup était dans ce mais. Il évoquait des Musulmans pas assez respectés dans leur culture propre, leur identité, discriminés socialement et professionnellement. Il profitait de mettre en cause un contexte nous culpabilisant, expliquant en partie la dérive de certains jeunes. Et voilà, sans avoir l’air d’y toucher, le mal affreux, le crime impardonnable quelque peu enveloppés dans une habile sinuosité dialectique.


Autre exemple illustratif à propos de la lapidation , en certaines régions, de femmes ayant eu un contact sexuel hors mariage. On aurait pu attendre un simple et franc cri d’horreur, un appel à supprimer immédiatement et définitivement une telle abomination au nom de valeurs humaines universelles. Mais non ! Seulement un appel à un moratoire adressé aux pays où existe une telle pratique. Ne pas heurter de front les Musulmans intégristes et leur vision de la femme. Faire la part de la culture, inciter à une évolution autonome, en douceur : Ne surtout rien se voir imposé par un Occident de toute manière dépravé et décadent. A la lumière des révélations actuelles sur le personnage, cela ferait presque rire s’il ne s’agissait pas d’une horreur.


En revanche, rappelons les réactions intransigeantes lorsque tel journal, en Europe, use de sa liberté d’expression pour critiquer l’Islam, caricaturer Mahomet comme il le fait à propos d’autres religions. Rappelons que ce même Tariq avait agi afin que ne soit pas jouée la pièce de Voltaire sur Mahomet car elle heurtait trop, à ses yeux, la sensibilité des Musulmans.


Ainsi apparaît Tariq Ramadan, en réalité vrai petit fils du fondateur des Frères Musulmans. Or, il a su anesthésier nombre de gens en Europe, qu’il séduit habilement. Ces personnes se voient en esprits ouverts, tolérants. Ils mettent en garde contre la tentation de l’islamophobie. Ils comprennent son mais… à propos du terrorisme. Ils comprennent son souci psychologique et pédagogique à propos de la lapidation. Ils ne le considèrent nullement comme une menace insidieuse mais comme un interlocuteur intéressant.


Quelle mollesse de l’esprit et de l’instinct, quelle erreur ! Toutes choses égales d’ailleurs, on pense à ces intellectueéls complaisants envers le fascisme par allergie au communisme ; et, inversement à ceux, nombreux, qui fermaient les yeux sur le stalinisme par crainte de s’allier aux facistes, ou même aux démocrates mais tellement bourgeois capitalistes. Il y a enfin ceux qui préconisent de ne pas faire trop de bruit, par gain de paix, pensent-ils.


Aveuglement, manque de solidité, de force de conviction, indulgence ou indifférence coupable face à des dérives idéologiques, religieuses évidentes, perte de vue des principes cardinaux de notre vie en commun : l’histoire est remplie de ces personnes , de ces personnalités éminentes qui n’ont pas su percevoir et combattre aussitôt les germes de ce qui pouvait conduire au pire. Lénine, qui s’y connaissait en stratégie déstabilisatrice, parlait de ces <idiots utiles> qu’il fallait, précisément, utiliser. Gageons que Frère Tariq a bien compris le message.

Les affaires personnelles dans lesquelles Tariq Ramadan semble être mal engagé peuvent avoir une une conséquence plus large bénéfique ; celle de miner sa crédibilité , de réveiller les endormis sous hypnose, de susciter leur esprit critique, de les amener à retrouver un attachement solide, charpenté aux valeurs fondamentales qui sous-tendent nos Etats laïques et nos Sociétés démocratiques.

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12/11/2017

Un réquisitoire africain nuisible

Sans avoir assisté à sa conférence, on aura eu intérêt à lire, dans « Le Temps » du vendredi 10 novembre , le large compte rendu des propos tenus par l’écrivanin nigérian Uzodinma Iweala. Et on a le droit de considérer qu’ils expriment de la colère mais n’ouvrent aucun avenir réaliste. C’est, une fois de plus, le procès du colonialisme , de l’exploitation des Noirs par les Blancs. C’est un rappel de citations montrant le mépris avec lequel étaient parfois décrits les Africains. On ne peut, à cet égard, que déplorer les mots du Roi de Belgique Léopold 11 ou même du grand philosophe Emmanuel Kant. Le Conférencier en tire la conclusion que, notamment, toute la philanthropie actuelle en faveur de l’Afrique est viciée à la base par une conscience très insuffisante de ce passé . Il évalue des sommes gigantesques représentant ce qui aurait été volé à l’Afrique. Il réclame que soit beaucoup plus fortement exprimée une demande de pardon, et que des sommes correspondantes, au titre de réparation, soient versées sur un Fonds pour l’Afrique. Enfin, Il entend que ce Fonds soit entièrement mis à la disposition des Africains sans aucune intervention paternaliste des donateurs.

Or, cette position mérite une sévère critique. A l’époque du colonialisme, plusieurs personnalités s’y opposaient, persuadées que cela ne créerait que des problèmes à long terme. En France Thiers et Clémeceau furent de ceux-là. Mais, sans nier l’entreprise de domination, il serait déséquilibré de faire croire que le Continent noir pospérait avant, qu’il n’y a pas eu aussi des engagements nourris de belles intentions suivis d’effets positifs. Pensons à l’action sociale de certains missionnaires, aux médecins, aux constructeurs d’infrastructures, aux organisateurs administratifs. Tous n’étaient pas d’horribles racistes. Sans parler du racisme entre ethnies, souvent virulent et qui sévit toujours. On ne saura jamais ce que serait devenue une Afrique plus isolée, livrée à elle-même tandis que l’Europe et l’Amérique se modernisaient à grande vitesse. Quant à l’esclavage, un mot tout de même. Les plus grands esclavagistes en Afrique ont été les Arabes avec la complicité souvent de chefs africains. Et ce sont les Européens, les Américains, blancs et chrétiens, qui ont, les premiers, mis fin à cet odieux marché humain.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il est évident que les Etats occidentaux, les organisations internationales, les fondations philanthropiques doivent envisager de plus en plus un partenariat égalitaire avec l’Afrique. C’est difficile mais il le faut : moralement et pour les équilibres réciproques, humains, sociologiques, sécuritaires, économiques. A la fin du siècle, 40% de la population mondiale sera africaine et l’on subira un réchauffement climatique. Si on ne trouve pas des équilibres, il y aura des migrations accélérées, aussi massives qu’incontôlables.

On ne cheminera dans le bon sens que si Les Africains, pour leur part, s’inscrivent dans un tout autre esprit que celui affiché par le conférencier accusateur. Heureusement qu’il y a des intellectuels africains qui tiennent un discours très différent. Si la question du partenariat nécessaire se pose bien sûr notamment aux Européens, elle se pose encore davantage aux Africians. Lorsque, par exemple, un Centre de formation au Cameroun dépérit après que les coopérants ont remis les clés et la pleine responsabilité à leurs collègues africains : est-ce la faute du colonialisme ? Lorsqu’un hôpital et la formation de médecins ont été financés par des Suisses et, qu’ensuite, tout s’effondre : est-ce la faute du colonialisme ? Si tant d’argent versé pour des actions de développement sur le terrain finit dans les poches de notables corrompus : est-ce la faute du colonialisme ? Certes, il y a toutes les relations perverses entre des entreprises multinationales, des montages financiers et des notables sur place. On en parle beaucoup en ce moment. Il n’en reste pas moins que rien de durable ne se fera si les Africains, ensemble et dans leurs Etats respectifs, ne mettent pas de l’ordre dans les fonctionnements publics et privés. N’en déplaise à notre écrivain nigérian, il est indispensable que les partenaires occidentaux s’assurent du suivi des investissements, de leurs retombées sur le terrain pour les populations et tirent l’alarme contre la corruption. En fait de perte d’autonomie, les Africains sont bien davantage menacés par les Chinois sans états d’âme que par les anciens colonisateurs.
Alors, oui aux efforts, si essentiels pour les uns et les autres, afin d’établir un partenariat dynamique, contrôlé et fécond. Non à des versements énormes et sans contrôle au nom d’une repentance stérile. Cela n’empêche évidemment pas un examen critique, objectif et complet sur la période coloniale. Il faut l’assumer mais ne pas en tirer des conclusions idéologiques débouchant sur des impasses. Finalement, ce genre de réquisitoire ne rend service à personne ; encore moins aux Africains.

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23/10/2017

Pour une civilisation sexuée

On a tant dit sur l’affaire Weinstein, ce producteur, harceleur de jeunes actrices qui profitait de sa position dominante pour en abuser. On ne va donc pas revenir là-dessus pour entonner la même musique qui déferle sur les réseaux sociaux et les médias. Comme l’a relevé Raphaël Enthowen, cette cascade de dénonciation a , comme beaucoup de choses, sa légitimité et son excès . Sutout, puisque c’est venu des États-Unis, voyons un peu la forêt plutôt que les arbres scandaleux qui captent l’attention.
Commençons par une annecdote illustrative. Il y a quelques années, au sein d’une grande organisation internationale sise à Genève, une haute collaboratrice, d’origine française, monte en ascenseur avec son chef , français lui aussi, et un collègue américain. Admirative, elle dit à son chef qu’il a une cravate superbe. L’autre sourit. Une heure plus tard, il l’appelle pour prendre un café et lui raconte ceci : l’Américain l’a assuré que s’il déposait plainte pour harcèlement lui serait volontiers son témoin. Le Français a eu toutes les peines du monde pour lui expliquer que l’on n’était pas aux États-Unis, qu’il avait au contraire trouvé la remarque très gentille. Il aurait pu ajouter qu’à Genève, jusqu’à preuve du contraire, on n’était pas dans une société de refoulement à psychanalyser en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes. Cela s’applique aussi entre personnes du même sexe. Dans un télé-journal d’une chaîne française, dans le contexte de l’affaire Weinstein, des jeunes étudiantes américaines, de jeunes employées, un homme aussi et un responsable d’entreprise étaient interogés. Effarant ! Surtout ne pas s’approcher physiquement l’un de l’autre à moins d’une distance respectable, évaluée en chiffres. Surtout ne jamais avoir un entretien professionnel seule avec un collègue ou un chef. Surtout garder toujours les portes ouvertes. Surtout, dans les entreprises, avoir des parois transparentes. De plus, d’une manière générale, même si l’on est partenaires, mariés, que sais-je, ne pas avoir de démonstration affective, ne pas se tenir la main ; c’est très mal vu. Bref, le puritanisme a débouché sur une sorte de vision d’un danger , d’une menace permanente, particulièrement dans la relation homme-femme. Il faut des règles strictes, rigides de comportement préventif, défensif. Quelle horreur !
Alors, évidemment, il y a l’hypocrisie. Et le milieu du cinéma de Los Angeles, a développé les perversités cahées. Mais là encore, n’a-ton pas le droit, sans être foudroyé, de se poser une ou deux questions ? Parmi les témoignages d’actrices au sujet du gros et dégoûtant producteur harceleur, l’une a raconté comment elle l’avait tout simplement et sèchement remis en place. Point final. Certes, elle n’a pas eu le rôle évoqué par lui. D’autres, subissant une attitude agressive, n’auraient-elles pas été en mesure de l’envoyer sur les roses, ou plutôt les orties ? Certes, avec un risque pour leur carrière débutante. Mais si elles avaient été plusieurs à se donner le mot, sa capacité de nuisance dominatrice aurait été bien réduite. Que penser encore de celles qui ont accepté de l’argent pour se taire.Sans doute y avait-il des cas où c’était trop difficile. Pour celles-là, tant mieux si la parole se libère. Mais cette sorte de victimisation générale des femmes est vraiment du féminisme à rebours. C’est ce que disait très justement l’avocate spécialiste de la famille à la dernière émission d’Infra-rouge sur la chaîne romande. L’égalité entre hommes et femmes, à tous égards, demande une affirmation sans peur de sa personnalité sexuée..
Pour autant, la bonne évolution ne va pas dans le sens du puritanisme maladif américain. Puisse survivre une civilisation occidentale vraiment égalitaire et vraiment sexuée. En effet, une égalité notamment professionnelle ne devrait jamais escamoter la richesse d’une cohabitation entre les deux sexes. L’auteur de ces lignes a aimé travailler avec des femmes : sous une rédactrice en chef, au côté de parlementaires, de journalistes, de directrices sous sa présidence, de Conseillères d’Etat, de Conseillères fédérales. Toujours il a respecté leur fonction, leur compétence. Mais jamais il n’a oublié qu’il était homme, qu’elles étaient femmes. Toujours, il a eu envie de ce petit plus enrichissant, inhérent à cette relation sainement sexuée. Même face à une adversaire politique au physique et à l’allure plus qu’austères, il la complimentait sur son foulard. Et cela donnait un tour moins agressif, ensuite, à la confrontation polique.
Dans l’émission infra-rouge, la jeune féministe virulente rendait triste. On ne pouvait s’empêcher de s’interroger. Si à travers les siècles de belle civilisation occidentale, de telles féministes écorchées vives avaient eu le pouvoir, aurions-nous eu l’amour courtois du Moyen-âge, Ronsard, Châteaubriand, Victor Hugo, Lamartine, Aragon et tant d’autres. Il est à craindre que non. Parmi les Américians interrogés par la chaine française, un pauvre jeune homme avouait qu’il avait toujours peur de franchir une ligne rouge inconnue et de subir une dénonciation. On songe à un François Mitterrand, évoqué par Mauriac ; l’homme qui sortait du Palais Bourbon et Humait le parfum de jolies femmes qui passaient. Un homme qui a su écrire aussi de belles lettres. Et Léon Blum, le politicien moral par excellence. Étudiant, il a suivi dans tout Paris une jeune étudiante, jusqu’à ce qu’elle l’accoste en se moquant de lui. Ils se sont mariés.
Il y a les féministes qui réclament l’égalité des droits, des salaires, des fonctions. Elles ont raison. Il y a les féministes qui veulent punir des hommes abusant de leur pouvoir pour exercer des contraintes sexuelles. Elles ont raison. Cela nous éloigne d’un long passé trop machiste et embrasse la nécessaire modernité. Mais il y a aussi des féministes qui mélangent tout, qui ne comprennent rien à l’électricité positive parcourant une relation homme-femme, qui tueraient les poètes, qui assécheraient et robotiseraient nos sociétés, qui feraient de l’Europe de la Renaissance un triste appendice d’une Amérique névrotique.
Ah oui, plaidons jusqu’à notre dernier souffle pour une civilisation occidentale réprimant les violences, les dominations, les abus sexuels mais s’affirmant par la nature, par les sens et par l’esprit comme étant , sans peur ni reproche, résolument sexuée.

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18/10/2017

La Catalogne dans un fédéralisme

La violence de l’affrontement entre les indépendantistes de Catalogne et le Gouvernement national de Madrid a sidéré nombre d’Européens. C’est évident : si , au nom du droit à la libre détermination des régions de chaque pays en Europe, on admet le risque d’une explosion des Etats, on glissera vers un désordre endémique, avec des risques graves de déstabilisation générale. Lorsque Denis de Rougemont imaginait l’affirmation des régions et leur collaboration naturelle, ce n’est pas une destruction révolutionnaire des Etats qu’il préconisait. La perspective était une articulation s’appuyant sur l’histoire, inscrivant, à la fois , le fédéralisme au sein des Etats et les complémentarités naturelles entre les régions par-dessus les frontières des Etats. Ce n’est que sur cette articulation que peut se concevoir un rassemblement des pays européen au sein d’une entité en partie supra-nationale, telle l’Union européenne.
Or, il est visible que les données actuelles ne répondent pas à cette articulation idéale. Les Etats qui se sont forgés dans une structure fédéraliste puisent, dans leur passé historique, une adaptation à la modernité ; à savoir un équilibre entre les identités diverses qui le composent et une identité nationale qui surplombe sans étouffer. Il est clair que pour des Etats qui se sont formés par une action progressive du pouvoir central , avalant peu à peu par la force diverses régions, le fil historique est beaucoup plus fragile que pour des Etats qui ont englobé des entités historiques, politiquement structurées ; et cela en reconnaissant pleinement l’identité séculaire de chacune. Ou, pour être plus clair, comparons l’Allemagne, les États-Unis et , bien sûr, la Suisse avec des Etats comme la France ou l’Espagne. Ces derniers, dits de tradition centralisatrice, ont accompli et accomplissent des efforts de décentralisation et de reconnaissance culturelle. Mais ce n’est pas la même chose qu’une continuité historique aboutissant naturellement à un fédéralisme. La Suisse est un bel exemple, chanceux mais qui mérite une constante attention. Ce n’est pas un hasard si, du côté de la Catalogne, on a évoqué une possibilité de médiation suisse. Il y faudrait un accord des deux parties, tenant compte aussi de tous les non indépendantistes catalans. En fait , on se prend à songer au processus remarquable qui a permis de surmonter la crise jurassienne au sein de notre Confédération.
Autrement dit, si on veut éviter un effet de contagion, les divers pays européens les plus concernés devraient aller au-delà de l’effort ciblé pour organiser telle ou telle autonomie relative particulière d’une région : par exemple la Catalogne, les Pays basque pour l’Epagne, l’Ecosse pour le Royaume Uni, la Corse pour la France ….Il faudrait, en tout cas dans les pays où la tension est palpable, organiser un fédéralisme adapté à leur histoire. La France ne deviendra jamais la Suisse des cantons ou l’Allemagne des Lander. Mais, même là, des actions de décentralisation pourraient épouser mieux les identités régionales historiques plutôt que de s’en tenir à des décentralisations surtout administratives. Enfin, c’est à voir… En tout cas, pour un pays comme l’Espagne, la nécessité d’une révision constitutionnelle allant dans ce sens paraît s’imposer. Simultanément à une fermeté écartant toute atteinte à l’unité de l’Espagne, le Gouvernement serait bien inspiré de proposer vraiment et rapidement un chantier de révision de la Constitution, dans un sens clairement fédéraliste. Cela concernerait toutes ses régions. l’Union européenne devrait soutenir une telle évolution. En effet, seul un équilibre à cultiver, à retrouver, à inventer entre les identités particulières et l’identité rassembleuse pourra donner à l’Europe un avenir apaisé et fructueux. Puissent donc les Catalans se railler à ce chantier construisant une Espagne fédéraliste. Ce sera bon pour eux, pour les Espagnols et pour les Européens en général.

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