19/05/2018

Sur Maudet ça suffit!

Depuis une semaine, certains médias genevois font d’une erreur de Pierre Maudet une affaire gravissime. Oui, le magistrat a fait preuve d’imprudence, de naïveté et d’une temporaire perte de conscience du risque de confusion des genres. C’est regrettable. Lorsque l’on occupe une telle charge, la vigilance constante dans ce domaine est de mise. Le malaise qu’il a ressenti très vite au sujet du financement et des conditions de ce voyage montre qu’il l’a finalement compris ; mais clairement un peu tard. C’était il y a deux ans et demi. La dénonciation tardive qui a révélé ce fait n’émane évidemment pas d’un esprit pur, qui serait animé par le seul souci d’éthique. Le désir de nuire est évident ici. Mais passons…


Oui, un journal, une radio sont dans leur rôle en informant le public sur tel ou tel dérapage d’une personnalité politique. Rien à dire là-dessus. Toutefois, si ce rôle est vraiment branché sur l’éthique, un critère essentiel est celui de la proportionnalité. Ajoutons la prudence et la rigueur professionnelle qui doivent encadrer cette mission d’investigation et d’information. Une balance doit évidemment être tenue entre d’éventuels accusateurs et la personne visée. En somme, être journaliste d’investigation, ce n’est pas être procureur-accusateur. A l’heure actuelle, il y a probablement des journalistes qui admirent par exemple Mediapart et son responsable Eddy Plenel. Heureusement, on a pu entende aussi des journalistes français de très bonne réputation avoir un regard très critique sur ce Média, et sur ce personnage ambigü qui n’exhale un parfum ni de pureté, ni d’objectivité. Ce n’est vraiment pas un modèle.


Nous avons personnellement trop fréquenté, au cours de notre parcours journalistique, les réunions de rédaction pour être, à notre tour, de vieux naïfs. Le phénomène d’auto-allumage, la trouvaille de l’os qu’il faut exploiter à fond, la stratégie du feuilleton , jour après jour, afin de peser sur la suite des événements, la mise en évidence par des affiches et des titres accrocheurs susceptibles de capter des lecteurs, une ambiance d’excitation du chasseur : tout cela nous le connaissons fort bien. On ne nous la fait pas. Le manteau du chevalier blanc gardien de la vertu démocratique poursuivant les fautifs et les égarés est un manteau qui peu cacher bien des choses. L’homme est complexe ; le journaliste donc aussi. Ce dernier devrait d’ailleurs se souvenir que, pour l’indice de confiance au sein de la population, il partage un score peu enviable avec le politicien. De quoi rendre l’un et l’autre modestes.


Mais revenons à Pierre Maudet. La faute est patente. L’étonnement devant l’imprudence est exprimée. Faut-il en ajouter et en rajouter encore ? Non ! Il se trouve que cette histoire de voyage malencontreux cadre très mal avec la personnalité d’un homme connu pour être sobre, aux loisirs simples ; bref très éloigné du monde de La Jet-Set. Ce détournement d’image est donc vraiment bête. Va-t-on dès lors poursuivre avec cette image là un homme dont nous sommes convaincu de l’honnêteté fondamentale ?


Mais il y a beaucoup plus à considérer. Pierre Maudet , élu dès le premier tour au Gouvernement, est un homme d’Etat pivot pour Genève. Il est devenu connu en Suisse. Notre Canton aurait grand profit à le retrouver à la présidence du Conseil d’Etat, présidence accompagnée de la direction d’un Département. On devrait compter sur lui pour une conjonction d’équilibre, de cohérence et de dynamisme gouvernemental durant la législature qui s’ouvre. Va-t-on gâcher cette chance, diminuer sa marge d’action politique dans l’intérêt de Genève ? Oh, la réponse vient. C’est lui qui a gâché les choses avec cette affaire. Encore une fois, l’erreur est indéniable, reconnue. Mais une autre erreur, plus néfaste, serait de perdre le sens de la mesure, le critère essentiel de proportionnalité, la capacité de résister au goût de la chasse à l’homme et à la satisfaction professionnelle de tirer en longueur sur un bon coup.

En un mot comme en cent : sur Maudet, ça suffit. Laissons le maintenant travailler, avec tout son potentiel, au service des Genevois et de Genève.

 

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16/05/2018

Ah si c’était Jérusalem la lumineuse

Les morts palestiniens de Gaza au moment de l’inauguration festive de l’ambassade américaine à Jérusalem ont choqué. Donal Trump, avec son simplisme ravageur, ne cesse de souffler sur des braises. Le contraste des images n’a été bon ni pour Israël ni pour les États-Unis. Il faut, pourtant, essayer d’aborder la question de Jérusalem dans sa profondeur historique et son étendue politique. Franchement, quel Israélien, quel Juif de par le monde pourrait contester, dans son cœur et son esprit, que Jérusalem est la capitale de l’État hébreu ? Il ne saurait admettre que le lien incontestable entre cette ville et les Juifs puisse être relativisé.


Seulement voilà : Jérusalem est aussi une ville exceptionnelle pour les Musulmans et pour les Palestiniens en particulier. Comment s’en sortir ? On sait bien que tout a commencé à se compliquer dès la première guerre mondiale. On a connu l’effondrement de l’Empire ottoman, le mandat froid des Britanniques, l’entrée régulière de Juifs dynamiques retrouvant la terre promise , terre de refuge et d’identité. C’est à la fin du dix neuvième siècle, en pleine affaire Dreyfus et dans un climat d’anti-sémitisme en Europe qui allait déboucher sur l’horreur, que l’idée d’un Etat juif s’est mise à cheminer. Les pères fondateurs, les Ben Gourion et autres, voulaient un Etat laïc mais la religion et les religieux ont évidemment marqué le processus. La guerre de 1848,—la catastrophe pour les Palestiniens—, était-elle inévitable ? Oui, dès lors que les Arabes refusaient absolument la création de cet Etat d’Israël. Celles de 1956 et de 1968 ? Oui, si l’on se souvient que Nasser voulait cimenter une unité arabe dans un exercice de destruction d’Israël. Si l’on veut être Lucide et équitable, il ne faut jamais oublier ce passé.

 

C’est après que la politique israélienne a progressivement dérapé. Les assassinats de Sadate et de Rabin ont été un malheur. Ces deux guerriers devenus hommes d’Etat visaient la paix. La création de deux Etats, avec la même ville comme capitale selon un arrangement à organiser, se présentait comme une belle perpective. Hélas, l’intransigeance de mouvements palestiniens d’un côté et l’implantation systématique de colonies israéliennes en Cisjordanie occupée de l’autre ont obscurci cette perspective. Ajoutons l’isolement de Gaza avec une surpopulation complètement coincée. Tout n’est pas de la faute d’Israël. Que d’occasions perdues, sans compter les luttes internes, du côté palestinien. Il n’empêche que les autorités israéliennes se croient réalistes en voulant créer une impasse irréversible pour les Palestiniens. Elles ne font qu’attiser le désespoir et la haine.


Oui un désespoir des Palestiniens. Ils n’ont plus guère de poids politique dans le contexte régional de la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran ; de la situation en Syrie ; de la lutte contre le terrorisme international ; de la tension entre l’Iran et les Etats-Unis encouragés par Israël. Quant à l’Europe, on perçoit avec chagrin les limites de son influence. L’ancien Secrétaire d’Etat suisse Edouard Brunner misait à terme sur une prise de conscience de la diaspora juive, particulièrement américaine, afin qu’une pression s’exerce sur Israël et l’incite à des initiatives généreuses et historiques. Mais, avec notamment 500.000 colons installés en Cisjordanie occupée, n’est-ce pas trop tard ? Alors, un mouvement irréversible : mais vers quoi ?


Quant à Jérusalem ! Si le principe d’une ville capitale de l’Etat hébreu ne peut qu’être reconnu, l’implantation pratique mais aussi symbolique d’ambassades occidentales aurait dû et devrait être subordonnée à l’avancement réel d’un processus de négociations en vue d’une paix globale. Il y faudrait la création d’un vrai Etat palestinien trouvant sa place aux côtés de l’Etat hébreu. Hélas, avec la rigidité des autorités israéliennes confortée par le simplisme politique des États-Unis de Trump, et se justifiant aussi devant l’intransigeance de certains mouvements palestiniens un processus de paix est-il encore imaginable ? Ajoutons à cela une indifférence environnante dans une région qui a d’autres problèmes. La masse humaine palestinienne, déstructurée, pourra-t-elle secréter autre chose qu’une jeunesse désespérée ?


Oh Jérusalem, tu devrais être une lumière de concorde et de paix dans le monde, avec ta dimension culturelle et spirituelle unique. Tu pourrais être Jérusalem la lumineuse universelle. Pourquoi restes tu la ténébreuse ?

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08/05/2018

Quelle alchimie pour le Conseil d’Etat?

Lorsque l’on rentre de Belgique, —où l’on a pu échanger quelques propos sur les systèmes institutionnels suisse et belge—, on se dit que la Confédération helvétique est un sacré pays issu d’une sacrée histoire. Elle vaudrait la peine d’être plus et mieux racontée dans nos écoles.


Ce qui relève des habitudes politiques tient à ces gouvernements de coalition que l’on retrouve aussi bien dans les Cantons qu’à l’échelon fédéral. Le mécanisme de démocratie directe y a incité. A Genève, on a eu, certes, une domination radicale mais c’était dans des temps anciens. Les dernières élections genevoises ont vu deux alliances (le PS et les Verts d’une part, le PLR et le PDC d’autre part) se retrouver à égalité de sièges au Grand-conseil. Des majorités pourraient s’y former au gré d’alliances avec l’UDC et le MCG d’un côté ; le PS et ensemble à Gauche de l’autre. Mais les côtés ne sont pas dessinés avec précision. Ainsi, le MCG a montré déjà ses capacités de jouer à la balançoire.


C’est dire l’importance qu’aura le Collège exécutif. On attendrait avec davantage de confiance une ligne générale claire si l’on avait encore quatre élus de l’Entente. Certes, arithmétiquement, en regard de la composition du Parlement, la nouvelle répartition au Conseil d’Etat est logique. Mais, politiquement, avec quatre de l’Entente, les décisions gouvernementales, certes collégiales, auraient plus sûrement une connotation Centre -droit ; même si les élus Gauche-Verts seraient évidemment pris en considération pour la formation de la décision. Or, désormais, avec deux groupes de trois, ce sera le septième Conseiller d’Etat, à savoir le MCG Mauro Poggia, qui va trouver une possibilité accrue d’influencer la décision gouvernementale. Il s’est réjoui d’ailleurs d’endosser ce maillot d’arbitre. Ce n’est pas une si bonne nouvelle ; car la meilleure efficacité d’un Collège découle probablement d’un dosage subtil entre une cohabitation des forces politiques principales et une couleur modérément majoritaire permettant une cohérence et une continuité plus affirmées.


Il y a quatre ans et demi, on se posait des questions légitimes sur Mauro Poggia. Comment pouvait-on avoir été libéral, puis PDC et être devenu un chef de file MCG ? Eh bien, l’honnêteté oblige à reconnaître que le Conseiller d’Etat a levé beaucoup de doutes. Il est entré pleinement dans sa fonction. On peut discuter de ses positions, notamment à propos des frontaliers, des cliniques privées ou de l’assurance -maladie. Mais personne ne conteste sa compétence et sa détermination. Le peuple en a jugé ainsi en lui offrant une très belle élection.


Reste cette nouvelle interrogation. Résistera-t-il au plaisir de la balançoire, en entraînant son Groupe MCG au Grand-conseil ? Ou bien, d’une manière générale, Mauro Poggia s’inscrira-t-il dans un certain élan majoritaire face aux défis à relever ? Le Président incontournable de ce Gouvernement, le brillant Pierre Maudet, fera tout pour insuffler une vraie dynamique gouvernementale. S’il en était ainsi, le Conseil d’Etat pourrait inciter le Parlement à un travail positif. Genève pourrait avancer mieux vers des solutions nécessaires plutôt que de s’empêtrer, comme trop souvent, dans des oppositions et des contradictions sans fin. On va voir. Espérons.

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02/05/2018

Souvenirs de Mai 68

A chacun, pourvu qu’il ait l’âge correspondant, ses souvenirs de Mai 68. Pour l’auteur de ces lignes, alors jeune rédacteur au Journal de Genève, ce furent plutôt les trois premiers jours de Juin. Le vent avait tourné. De Gaulle , à la radio, s’était ressaisi et avait retrouvé sa voix des grandes heures. Une énorme manifestation en sa faveur avait eu lieu sur les Champs-Elysées. Toutefois, la Sorbonne, l’Odéon et nombre d’usines étaient toujours occupés. L’essence était toujours rare ; d’où la folie d’être monté à Paris en voiture avec le coffre bourré de bidons d’essence.
Souvenir…Arrivant à la Sorbonne ressemblant à un camp de vacances, quoi de mieux que d’aborder une charmante étudiante en lui demandant de se situer iéologiquement. <Je suis marxiste-trostkiste- révolutionnaire> répondit-elle avec un joli sourire. C’était bon pour l’interview. Avec ce visage, la révolution était rassurante.


Mais soyons sérieux. Au fil du reportage, on observait que l’apparente conjonction entre étudiants et ouvriers était trompeuse. Ces derniers, visités aussi, voyaient en nombre d’étudiants des jeunes bourgeois se payant le luxe et l’ivresse du désordre ; tandis qu’eux avaient des revendications sociales et politiques, relayées notamment par la CGT et la Parti communiste. La Gauche en général se voyait déjà au pouvoir. Même le rigoureux Mendès-France y perdit sa lucidité. Les revendications sociales furent en partie satisfaites au terme des accords de Grenelles. Mais enfin, tout ça pour quoi ?


Eh bien, déjà à l’époque, un jeune journaliste , pourtant bourgeois et conventionnel, pouvait sentir que s’il y avait des ferments dangereux de dilution dans cette aventure, il y avait aussi une explosion explicable, qui avait quelque chose de nécessaire. Par exemple, tous ceux qui étaient sortis récemment de l’université,—à Genève aussi—, avaient éprouvé la rigidité, la scolarité un peu sclérosée de l’enseignement. Indiscutablement, il y avait quelque chose de pesant dans l’air ambiant. On pouvait dénoncer les dérives mais on sentait également une rafale d’air frais. Il y a bien sûr eu de la démagogie, des récupérations opportunistes, des pertes de pédales. Le vieux Jean-Louis Barrault s’écriant >Barrault est mort> était pathétique. Une Jeanne Hersch, droite dans ses bottes, ne se laissait pas ébranler et ne cédait rien sur son exigence de rigueur intellectuelle. Mais, si la violence dans les rues faisait horreur, il y avait en même temps une gaité, une chaleur humaine, une envie de rêver la société qui ne laissait pas indifférent. Tout était mêlé.


Récemment, Daniel Cohn-Bendit a très bien évoqué cet aspect, cette ambiance, cette soudaine joie de vivre. Lui, n’a jamais eu la moindre tentation marxiste. Étonnant de l’entendre, lui le Juif, dénoncer pareillement le totalitarisme nazi et le totalitarisme communiste. Naturellement, une Société et un Etat ne fonctionnent pas dans le rêve ; même s’il en faudrait plus à chacun et à tous. Que de décrues négatives, particulièrement dans l’enseignement et l’éducation, Que de réintégrations de certains jeunes dans les cercles les plus conventionnels ; tandis que d’autres n’ont plus très bien trouvé leur place. Rares ont été ceux qui ont vraiment réfléchi et ont pu ensuite se définir clairement. Il est amusant de lire dans la revue des deux mondes un dialogue fictif entre Charles de Gaulle et Daniel Cohn -Bendit. Tous deux moins bourgeois qu’un Pompidou. Ils sont en opposition bien sûr mais, par certains côtés, plus proches que l’on imaginerait. Sans doute cet idéalisme et cette manière de rêver sa vie dans l’action.


Il est intéressant de comparer les étudiants échevelés de 68 imaginant un monde nouveau et les manifestants d’aujourd’hui dans les universités. Ces derniers sont des conservateurs, assis sur des critères inadaptés et refusant des réformes indispensables. A cet égard, ils ressemblent, cette fois, à la CGT et aux cheminots. Même peur, d’ailleurs compréhensible, du changement et crispation. L’imagination, la volonté d’adaptation, —maïs dans sa froideur—, elle serait plutôt macronienne.
Que peut conclure, cinquante ans après, le jeune journaliste ayant plongé un peu dans cette ambiance ? Il y a eu une excitation, une ivresse, des illusions et des dérives aux conséquences lourdes. Mais il y a eu en même temps ungoût très fort de La Liberté, une envie d’inventer, de faire vibrer les relations humaines. C’est un parfum qui a laissé quelques traces. Et puis quand même, sur le terrain, moins de rigidités structurelles et morales. Encore que…Aujourd’hui, bien des choses nous font peur. Et si le mieux à retenir était de ne pas avoir peur de vivre pleinement sa vie et d’y inviter les autres ?

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09/04/2018

Aux urnes citoyens!

La démocratie est le moins mauvais des régimes ; au moins pour des citoyens qui se sentent responsables du bien commun. Tocqueville avait déjà pointé du doigt les dérives d’une démocratie représentative : l’indifférence, l’uniformité dans l’individualisme, le conformisme des citoyens dans ce contexte. En Suisse, à l’échelon fédéral comme dans les cantons, on bénéficie d’une démocratie semi-directe. Il s’agit donc, pour le peuple, d’exercer une double influence : par l’élection des ses représentants au Parlement et , dans les cantons, également aux exécutifs ; par le droit de décision populaire directe au travers du Référendum et de l’Initiative d’autre part. Ces deux instruments directs furent, à l’origine, institués afin de permettre aux minorités sous-représentées d’en appeler au peuple sur des sujets leur tenant à cœur. L’utilisation a, depuis, été largement détournée de ce but.


Mais, ce qu’il faut comprendre est que ces deux branches de l’expression démocratique vont ensemble, procèdent du même privilège et de la même responsabilité citoyenne. Bouder l’élection des représentants, —-députés et Conseillers d’Etat—, c’est ne plus croire vraiment en notre démocratie unique en son genre; c’est afficher une méfiance irraisonnée, c’est ne plus vouloir exprimer que ses humeurs éventuelles sur tel ou tel sujet en votation. C’est démissionner de sa responsabilité citoyenne. Voilà pourquoi le coup de sonde est inquiétant qui, à Genève, laisserait entrevoir une participation très basse pour l’élection du Grand-Conseil et pour le premier tour de l’élection au Conseil d’Etat.


Genevoises, Genevois : serait-ce pour une telle indifférence que les générations précédentes se seraient historiquement engagées ? Ne pas s’informer, ne pas réfléchir, ne pas choisir et donc ne pas voter en pareil rendez vous n’est-il pas ingrat, égocentrique, irresponsable et, pour tout dire, presque un peu honteux ?


Allons ! Souhaitons encore un élan final fort, par correspondance, par voie électronique ou bien au bout de ses pieds dans les locaux de vote afin que les urnes genevoises dégagent l’esprit de notre démocratie ; afin que vive vraiment Genève.

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28/03/2018

Plus de religieux ensemble pour les valeurs communes

Une parole étonne d’autant plus lorsqu’elle est prononcée par une personnalité que l’on n’attendait pas forçément dans ce registre. Oui, c’est Michel Camdessus, —-notable de la scène économique et financière mondiale, ancien Gouverneur de la Banque de France, ancien Directeur du Fonds monétaire international —-, qui la prononce. Si l’on veut conjurer le sombre avenir qui se profile à l’horizon de l’humanité, il faudrait retrouver un chemin de l’action qui repose sur des valeurs éthiques influençant les comportements, les échanges entre les hommes et les nations. Or, pour offrir cette parole, qui devraient être les mieux placés que les témoins des grandes religions et des grandes philosophies ? Oui, ce financier international en appelle à la spiritualité ; occasion de découvrir qu’il est , lui-même, un chrétien engagé. Il dit plus encore. Ce serait bien si les servants de chacune de ces grandes religions ou philosophies disait publiquement quelle valeur centrale d’une autre est à reconnaître, à accueillir à faire sienne.


Oh, l’homme rompu, sinon fourbu sous le harnais n’est pas du genre à tomber dans l’angélisme. Son diagnostic, son analyse des probabilités sont inquiétants. Il parle de la détérioration climatique, des crises politiques et des conflits dramatiques, des risques économiques et financiers. Il parle aussi de ce fait des migrations massives qui devient,—comme le dit Finkelkraut,— un facteur de changement et de déstabilisation dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Il y a notamment l’Afrique. Sa progression démographique est affolante. Sa progression économique, celle du niveau de vie pour beaucoup est incontestable ; mais insuffisante pour absorber l’explosion démographique. En dépit de toutes les mesures sécuritaires, aux limites du manque d’humanité souvent, le risque d’un afflux massif et continu d’Africains vers l’Europe est considérable. Dans cinquante ans, dans cent ans encore davantage, l’Europe historique, dans ses identités séculaires risque de ne plus exister. Comment conjurer le péril ? Sans aucun doute dans une idée de partage. Engagement accru, non paternaliste mais sous contrôle, pour le développement en Afrique ; jusqu’à inciter de plus en plus de jeunes Africains à croire en leurs chances chez eux. Mais il y a aussi , dans une approche plus large, une nouvelle manière de penser, de se comporter, de se détourner d’une recherche effrénée de profits immédiats, de consommer plus sobrement, de protéger l’environnement qui pourrait jeter des ponts entre les cultures.


On insiste beaucoup sur la läcité, garante d’une adhésion à ce que les Français appellent le Pacte républicain. Certes, le religieux ne doit pas empiéter sur le terrain de l’Etat laïque. Les fanatiques Musulmans qui glorifient le meurtre doivent être, le mieux et le plus possible, mis hors d’état de nuire. Mais la guerre, comme l’intégration ne pourront réussir que si la solidité culturelle et démocratique se renforce. Il est grand temps de s’appuyer sur le meilleur des héritages, des traditions, des fois religieuses. La laïcité a été un grand progrès ; mais elle a aussi distillé un virus de dilution de l’âme : donc de la solidarité, de la fraternité, de la recherche du sens à la condition humaine. Au point où nous passons, sans nous en rendre compte, les grands mythes et les grandes révélations nous interrogent. Prométhée, la Genèse et le péché originel, Caïn et Abel, la distanciation du Bouddha, le questionnement et l’écoute fascinants inhérents au Judaïsme, la fraternité au quotidien dictée par le meilleur de l’Islam. Et puis, bien sûr, cette histoire inouïe, dramatique et pleine d’espérance du Jésus prenant sur lui le mal pour en sortir par une résurrection à laquelle il invite chacun dans son intimité et sa communion avec les autres. N’est -ce pas, plus que jamais, une histoire à comprendre et à méditer.


L’humanité glisse t-elle vers sa perte ? Ou vers une manière d’exister qui ne ressemblerait plus trop à notre humanité ? Ou bien se lèvent-ils peu à peu des renouveaux, des recentrages de l’âme, une mondialisation de l’intelligence et du cœur qui redresseront la barre d’un navire livré à tous les vents. Guillaume le Taciturne aimait dire qu’il n’était pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer. C’est du protestantisme un peu austère. Il faut l’espérance ; et quand on peut, jouir de la vie. Croyants ou non,—Camdessus aime Camus l’athée moral—, imprégnons nous de Pâques et de son message. Bonnes fêtes.

 

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20/03/2018

La Russie sœur difficile mais soeur

La Russie sœur difficile mais sœur


Le Général de Gaulle parlait de l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. Il préférait aussi évoquer l’éternelle Russie, jugeant, de sa hauteur, que l’URSS ne serait qu’éphémère dans son histoire. Cela a quand même duré quelque septante années semées d’horreurs. Le Général semblait être, aux yeux de certains, un homme du passé. Il arrive que les personnalités qui ont une culture historique et le sens du temps long soient les plus lucides sur l’avenir.


Certes, l’URSS de Staline, et de ses successeurs jusqu’à Gorbatchev, était un danger grave pour l’Occident. Ce fut la raison d’être de la P26 en Suisse par exemple. Certes, les pays libérés de la tutelle de Moscou, tels les pays baltes et la Pologne, ont eu des raisons légitimes, dont une mémoire cuisante, de se méfier de ce voisin même amoindri ; de s’appuyer sur l’Union européenne, sur les États-Unis, sur l’OTAN. Il n’en demeure pas moins que l’attitude des Occidentaux à l’égard de la Russie post-communiste a singulièrement manqué de profondeur historique. L’auteur de ces lignes,—-à l’époque membre d’une commission d’étude paraparlementaire sur la politique de sécurité suisse—-, se souvient très bien des échanges ayant eu lieu à Moscou avec des personnalités politiques, académiques, journalistiques et militaires sur les relations souhaitables entre la Russie et l’Ouest. On n’était plus dans la propagande d’antan. Or, tous étaient d’accord pour estimer qu’une présence trop affirmée de l’OTAN, de ses forces armées aux frontières de la Russie amoindrie donnerait aux Russes un sentiment d’humiliation et d’encerclement. Tous conseillaient la prudence, imaginaient une zone démilitarisée, une collaboration résolue, un vrai partenariat pour la paix OTAN-Russie.

Dans l’ensemble et dans le désordre, l’Ouest a préféré une politique classique d’endiguement. On a pris en compte les rancunes et les craintes de ex pays satellites . On a fait peu de cas de la sensibilité d’une Russie secouée et traumatisée. Sans doutes, des aides économiques à la Russie n’ont pas manqué. Oui, la corruption, des enrichissements personnels indécents, la mauvaise gouvernance ont pu susciter la méfiance. Et puis on sentait bien que le KGB n’était pas vraiment mort. D’ailleurs, l’homme fort actuel en est directement issu. Il n’empêche que la bonne politique eût été de tout faire en vue d’arrimer pacifiquement la Russie à une Europe pacifique et démocratique. Cela n’aurait pas exclu des réactions fermes aux ressurgences de pratiques détestables. Mais ces réactions eussent été inscrites dans un cercle établi malgré tout.


Avec un Pierre le grand, —sauvage des steppes mais tourné vers l’Europe—, Catherine 2, Alexandre 1er l’ami de la Suisse au Congrès de Vienne, la Russie a participé pleinement aux péripéties de l’Europe. Si la contamination communiste, tel un poison mortel, a imposé un cordon sanitaire pour les démocraties, la chute du communisme et l’explosion de l’URSS eussent dû créer une renaissance des liens naturels.


Oh oui, Vladimir Poutine multiplie les coups d’échec gagnants et inquiétants. Pas d’angélisme à son sujet ! Toutefois, il faut rappeler que la Crimée était une vraie terre russe et que son rattachement à l’Ukraine fut une décision administrative autoritaire d’un Kroutchev n’imaginant pas une seconde la dissolution de l’URSS. En ce qui concerne le séparatisme à l’Est de l’Ukraine, c’est une autre affaire à considérer. Quant à l’interventionisme russe en Syrie, il est à mettre en regard de l’incapacité des États-Unis et de l’Union européenne à intervenir à bon escient et en temps voulu. Si tel n’avait pas été le cas on n’aurait peut être plus Assad, on n’aurait peut être pas eu Daech, on ne verrait peut être pas des Kurdes rêvant d’autonomie se faire massacrer par les Turcs d’Erdogan, Il est vrai qu’avec des si…Mais que de souffrances infinies , dans l’histoire des hommes, auront résulté d’occasions perdues ou ratées.


Tout cela pour conclure ,—-en dépit des espions empoisonnés et des actions critiquables—, que la Russie de Poutine ne doit pas être perçue comme un ennemi inapte au dialogue. C’est une sœur européenne difficile, ombrageuse, aux pulsions nationalistes et jouant sur nos nerfs ; mais c’est une sœur envers et contre tout. Couper le lien familial serait plus qu’inopportun. Ce serait une erreur culturelle et politique majeure.

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09/03/2018

Ignnazio Cassis face à l’UDC

Une meilleure prise de conscience du dossier et des réalités semble avoir rendu notre ministre des Affaires étrangères à l’exigence de vérité. Peut être que son entourage au Département, à commencer par les deux Secrétaires d’Etat, y sont pour quelque chose.


Car enfin, Ignazio Cassis déroutait et inquiétait un peu. Sa manière de dire qu’il fallait appuyer sur le bouton stop, reprendre le dossier européen à zéro, changer de vocabulaire, parler d’accords sur l’accès au marché plutôt que d’un Accord institutionnel sentait le politicien jouant sur les mots pour calmer les eurosceptiques. Il avait l’air de vouloir se démarquer de son prédécesseur afin de trouver un souffle nouveau. Nouveau pour aller où ? On ne peut s’empêcher de penser que l’obtention des voix UDC pour son élection au Conseil fédéral passait, à ses yeux, par cette gymnastique verbale. Donnons lui toutefois le crédit d’une volonté de trouver une pédagogie permettant de gagner un soutien populaire à sa politique européenne. Or, au contraire, l’impression progressive d’enfumage verbal ne pouvait que risquer de braquer un peu tout le monde.


Le Conseil fédéral et le Département semblent avoir retrouveé la ligne droite ; la seule crédible et possible. La première amélioration doit être un respect de la collégialité ; notamment de la part des deux Conseillers fédéraux UDC. Qu’ils se taisent en public s’ils n’adèrent pas à la ligne gouvernementale. Or donc, l’évidence est là. Il faut accepter de négocier cet Accord institutionnel avec l’UE ; soit un cadre, un enclenchement immédiat de négociation au fur et à mesure d’une évolution du Marché intérieur de l’UE. Ce sera, pour la Suisse, la meilleure garantie de non discrimination. Tant mieux si Berne peut obtenir la création d’un Tribunal arbitral. Mais, à la fin, ce sera toujours la Cour européenne de l’UE qui dira le droit au sujet d’un accord. On ne pourra que négocier une marge d’interprétation. En revanche, il faut rappeler que si, sur tel accord, ou telle interprétation juridique la Suisse n’est pas satisfaite, elle pourra dire non. Évidemment, avec la conséquence d’une discrimination sur le domaine concerné, discrimination dont elle ne pourra que négocier les limites. In fine, ce ne seront pas <les juges étrangers> qui auront le dernier mot mais la Suisse, en toute responsabilité politique. Imaginer que l’on puisse négocier autrement que sur les acquis communautaires, à reprendre ou refuser, est pure illusion entretenue et diffusée par l’UDC.


Cette dernière, d’ailleurs, a compris cette logique mais elle la rejette au nom de notre souveraineté. Or c’est une mauvaise appréciation de notre souveraineté et une mauvaise défense de nos intérêts nationaux. L’affrontement politique est donc inévitable sur ce sujet des relations avec l’Union européenne. Ignazio Cassis, l’habile candidat au Conseil fédéral va devoir endosser pleinement le costume de l’homme d’Etat ; aussi bien dans la négociation avec Bruxelles que dans la confrontation démocratique en Suisse. Finis les faux-fuyants et les mots élastiques. Face à l’UDC, le temps est venu d’un langage de vérité, Les yeux dans les yeux. Cela, c’est de la vraie politique. Bon vent, monsieur le Conseiller fédéral.

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21/02/2018

Non à

Cette votation sur l’Initiative <no bilag> ouvre une discussion sur le libéralisme. Il y a des Libéraux, particulièrement des jeunes PLR, qui défendent cette Initiative. Ils en ont bien le droit. Et, jusqu’à des limites qui les rendraient incohérents, des membres du PLR se réclamant d’un libéralisme affirmé et complet, y compris dans le domaine de l’information, ont bien le droit de contester la redevance perçue très largement au profit de la SSR.


Mais il importe aussi de remettre le libéralisme dans son vrai registre ; qui n’est pas doctrinal, encore moins doctrinaire, mais philosophique. La philosophie libérale postule certes une liberté responsable. Autrement dit, dans le domaine des libertés individuelles de base comme dans le domaine économique, le postulat est de faire confiance aux personnes, aux entreprises, à une saine concurrence, là où il y a toutes les raisons de le faire.


Ce libéralisme là n’est cependant ni l’anarchisme ni la loi de la jungle. Il ne nie pas l’Etat, il le régule et le circonscrit autour de ses tâches nécessaires. Prenons la sécurité. Des sociétés privées de sécurité existent mais elles ne sauraient remplacer les polices de l’Etat. Prenons l’école. Des écoles privées existent , sont complémentaires mais ne sauraient éliminer l’instruction publique. Et puis, en Suisse, le libéralisme a toujours été associé au fédéralisme. Cela indique une place laissée , autant que possible, aux souverainetés cantonales. Mais cela indique également une solidarité confédérale, laquelle prend en compte la représentation et la protection des minorités.


Pourquoi tous ces rappels ? Parce que la question des médias en Suisse n’échappe pas à ces critères et à ces valeurs. Parce que trop d’équilibres sont en jeu pour que l’on affaiblisse gravement la SSR ; pour qu’on la plonge dans un bain frénétique de concurrence, dans une saturation publicitaire, dans un tourbillon d’émissions venues d’ailleurs et branchées principalement sur la recherche du taux d’audience. Sans la redevance, les émissions les plus qualitatives, l’information rigoureuse exigeant le plus de préparation passeraient certainement à la trappe. Le devoir de montrer la Suisse dans ses diversités serait largement oublié. Sans elle, de surcroît, les radios et les télévisions régionales qui bénéficient d’un bout de la redevance ne tiendraient très probablement pas le coup. La Suisse romande, quant à elle, deviendrait de plus en plus, dans le domaine télévisuel, une sorte d’appendice du marché français. Sans doute que les grands éditeurs suisses de presse et de numérique supplanteraient une SSR bien déplumée et désarmée , courant affolée à la quête de publicité.


Alors, cela ne va pas. Oh, il y a des choses à dire sur le comportement parfois suffisant de certains journalistes de la SSR qui se croient dépositaires de la bonne parole. Beaucoup ont une sensibilité personnelle de gauche. Cela ne les autorise pas à rudoyer, par exemple lors d’émissions, des élus UDC dont les propos ne leur plaisent pas. On peut combattre politiquement l’UDC. Il n’en est pas moins le plus grand parti de Suisse. La SSR, à la faveur de la nouvelle loi qui attend le résultat de la votation pour devenir opérante, devra maigrir un peu et s’astreindre à l’introspection autocritique. Mais aucune irritation ne justifierait ce qu’on appelle volontiers en Suisse allemande : jeter le bébé avec l’eau du bain.


Bref, un Libéral qui tient à son pays, à ses équilibres fédéralistes, à une information de qualité nourrissant la démocratie ne peut suivre l’Initiative. Le libéralisme de réaction idéologique peut rêver de concurrence totale dans les médias. Le libéralisme responsable met, ici comme ailleurs, les enjeux à leur juste place. Le libéralisme ne peut être de gauche car il n’est pas doctrinaire. Il ne peut pas être jusqu’au-boutiste car il ne tourne pas sur lui-même. Il a ses racines spirituelles, éthiques, patriotiques et civiques. Il est philosophique et pragmatique.< No bilag> ne peut donc pas se réclamer de ce libéralisme là car il lui dit clairement non.

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28/01/2018

Lumières et trompe l’oeil de Davos

Si le WorldTour Economic Forum n’existait pas , il faudrait l’inventer. Or, un professeur d’économie, Klaus Schwab, l’a bel et bien créé et lançé. C’est devenu un rendez vous annuel incontournable. Les manifestations contre lui,- acusé d’être le rassemblement de luxe des riches et des puissants à la barbe des opprimés-, n’ont plus vraiment d’écho. Le Forum a démontré sa capacité à laisser s’exprimer des opinions contrastées, voire divergentes.

On le sait, Davos est une occasion d’échanges entre des cercles et des sphères qui peuvent tirer de ces contacts un suivi positif. De grands responsables politiques, économiques, scientifiques peuvent s’y rencontrer et parler en tête à tête. Mais c’est, bien sûr, l’occasion d’entendre des discours forts et attendus de la part de chefs d’Etats. On a donc l’impression de recevoir une lumière plus claire sur le train du monde.

Enfin, quand on dit lumière plus claire ! L’année dernière, le Président chinois s’était posé en chantre du libre échange commercial, en adversaire du protectionnisme. Amusant lorsque l’on voit, en contraste, une crispation américaine et européenne sur le sujet. Cette année, c’est le Premier ministre indou qui afficha la même posture. Fort bien et tant mieux si ces deux grandes puissances de notre siècle vont dans ce sens. Mais gare au trompe l’œil. Ces deux pays constituent une course d’obstacles pénible pour les exportateurs et investisseurs étrangers. Leur bureaucratie et leur interventionnisme administratif valent moult barrières protectionnistes. On est loin de la réciprocité. De la parole à la réalité il y a encore une belle distance.

Au fond, deux présidents ont eu une parole vraiement crédible. Le nôtre, Alain Berset et le Président français Emmanuel Macron. La Suisse est, depuis belle lurette, l’avocate du libre échange ; sous réserve du secteur agricole. Elle est aussi en recherche constante d’un point d’équilibre entre l’ouverture au monde et l’affirmation de sa souveraineté, garante de sa singularité fédéraliste et démocratique. Davos aurait pu être, pour elle, une occasion de contacts positifs avec l’Union européenne ; cela dans une phase délicate. Or, force est de constater des dissonances fâcheuses entre les membres du Conseil fédéral à propos d’un Accord institutionnel ; dissonances aux limites d’une rupture de collégialité. Cela rappelle les mêmes avant la votation de 1992 sur l’Espace économique européen (EEE). Il est urgent de redresser la barre et de retrouver une discipline et une loyauté collégiales.

L’autre discours intéressant fut, à l’évidence, celui du Président Macron ; dont la différence de profondeur et de Style avec celui du Président américain frappa et sidéra tant les participants que les observateurs. Il n’y a aucun doute ; le jeune Président français a une envergure d’homme d’Etat. Sa pédagogie explicative sur la complexité des choses et du monde commence à imprégner les esprits au-delà de l’hexagone. Son volontarisme à la fois libéral et social, sa profession de foi pour soutenir l’excellence et demander le partage (dans les nations et entre les nations) ouvrent des perspectives économiques, sociales, politiques mais aussi éthiques et psychologiques. Avec lui, la station grisonne a été davantage qu’une tribune offerte. Sous l’oriflamme du <en même temps> on a eu peut être le meilleur appel de Davos.

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