20/05/2017

Fabrice A ne devrait jamais sortir

On attend le verdict sur le procès du meurtrier d’Adeline . les lignes qui vont suivre ne sont pas politiquement correctes. En effet, la conclusion est que Fabrice A ne devrait plus jamais sortir de prison,
Une telle opinion va à l’encontre de toute une doctrine et une pratique pénales. L’idée admise est que la peine doit être individualisée, modulée en fonction de la responsabilité évaluée du prévenu, des chances, évaluées elles aussi, de son amélioration et de sa réinsertion. Cettte approche subtile a toute sa cohérence théorique et sa dimension humaine. D’ailleurs, il y a quelques années, l’auteur de ces lignes avait voté contre l’Initiative pour l’internement à vie des criminels pervers. Eh bien, aujourd’hui, c’est une position contraire défendue ici ; cela au terme d’une réflexion s’appuyant sur plusieurs éléments.
Le premier tient à l’imprécision inévitable au sujet de la diminution possible du caractère dangereux d’un meurtrier du type de Fabrice À. Le mal, la perversité enfouis peuvent-ils disparaître vraiment ? Il y a quelque chose qui est à la fois intéressant et dérisoire dans les avis des experts psychiatres. Ils expliquent beaucoup mais ne sont sûrs de rien. Des exemples d’amélioration, de réinsertion réussies existent, certes. Mais des exemples de récidives tragiques existent également. Cette incertitude ne plaide-t-elle pas en faveur d’un principe de précaution de la société et des personnes ? Fût-ce au détriment du condamné.
Le deuxième élément tient à l’horrible sort fait à la victime, ainsi qu’à la blessure inguérissable infligée à ses proches. Chacun peut s’imaginer à leur place. Chacun peut imaginer leur sentiment de révolte devant ce qu’ils perçoivent comme étant une relativisation de leur souffrance, dès lors qu’ils constatent une focalisation sur la personnalité de l’accusé. On peut s’imaginer ce qu’ils ressentent lorsqu’ils savent que le meurtrier pourra un jour sortir de prison,--après quinze ou vingt ans peut être-, et se construire une existence plus ou moins normale ; alors même qu’eux sont marqués à vie. Une rencontre fortuite dans la rue ou un café ! C’est proprement insupportable. En y pensant bien, cette focalisation du Code pénal sur le meurtrier plutôt que sur la victime et ses proches a vraiment un aspect révoltant.
Le troisième élément tient à la hiérarchie des valeurs, à la priorité dans leur illustration et leur protection. On est allé trop loin dans l’individualisation de la sanction, dans l’appréciation psychologique du criminel ; au détriment de la perception objective du crime et de ce qu’il représente. Notre société se devrait de mettre au plus haut niveau la protection de la personne, de son intégrité physique. Donner une chance de sortie, même après des années, à un homme comme Fabrice serait, quoi qu’en pourraient dire les juges, une manière de dégrader la valeur attribuée à la vie d’Adeline, de relativiser l’atteinte gravissime portée à la personne et à la société.
Il ne s’agit pas, ici, d’évoquer une vengeance. On n’en est plus au sang qui doit effacer le sang, ni à la peine de mort. Elle a été abolie et doit continuer de l’être. Il n’empèche que celui qui a transgressé une règle fondamentale de la société, déterminante pour sa cohésion et le respect de ses membres devrait être retranché à jamais de sa vie courante. A l’application de son internement de ménager des conditions humaines. A lui, à l’aide peut être de personnes attentives, religieuses ou non, de rechercher une régénération personnelle de l’âme. Ce serait son affaire. Mais la société, elle, devrait indiquer, marquer le point de non retour. La vie est sacrée, sa protection est une pierre angulaire : Celui qui, froidement, bafoue cette valeur fondamentale devrait vivre en marge. Que l’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas ici des crimes passionnels uniques, lesquels bien sûr doivent rencontrer une sanction de durée limitée, , quand bien même il faudrait davantage marquer parfois la gravité de l’atteinte à la vie. Mais on est ici dans le registre des crimes abominables de pervers, pour lesquels ni la personne ni la valeur humaines n’ont de prix.
Certains réagiront pourtant à ces lignes en disant que la décision d’enfermer à vie est cruelle, inhumaine, La réponse est qu’il y a des transgressions inacceptables et que les relativiser est, inconsciemment, nourrir des germes très nocifs pour notre humanité

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17/05/2017

Votons oui

Dimanche, nous saurons si la loi sur l’énergie, première étape législative de la stratégie énergétique 2050, sera acceptée par le peuple, ou non. Il y a les meilleures raisons de suivre le Conseil fédéral et le Parlement : donc de voter oui.
Certes, il faut écouter et lire les arguments des opposants, lesquels ne sont évidemment pas des obscurantistes. Un vote résulte d’un choix, après avoir banlancé le pour et le contre. Les opposants ne croient pas à la modicité de la hausse transitoire des coût de l’énergie pour le consommateur. La différence des chiffres avancés entre ceux du Conseil fédéral et du Parlement est spectaculaire. Ils craignent un subventionnement coûteux des centrales hydrauliques qui ne couvre plus leurs coûts ; mais précisément à cause de la baisse des coûts de l’énergie. Ils imaginent des soutiens, là encore trop chers, aux nouvelles énergies renouvelables ; lesquelles ne pourront pas combler le manque général en temps voulu. Alors, il faudra, disent-ils, importer du nucléaire français, voire du charbon allemand dont une partie pourrait bien venir même de Chine. Quant aux éoliennes, elles ont, d’après eux, un avenir limité dans un plateau suisse étroit, sans compter qu’elles abîment le paysage.
Ah là là…
Et bien nous préférons croire le Conseil fédéral et la majorité du Parlement. Tout d’abord, il faut un acte politique clair pour une sortie progressive du nucléaire. S’en tenir à un rythme de transition régulé par le marché ne suffit pas. Même un esprit libéral et rétif à l’étatisme doit en convenir. Il y a des domaines et des moments où une orientation politique est nécessaire. D’ailleurs, comme pour l’agriculture, on est inéluctablement dans un maquis de subventionnement. Et puis, toujours dans une dynamique d’orientation politique, le soutien aux énergies renouvelables, --en fait déjà bien connues--,telles le solaire, la géothermique, la biomasse et l’éolienne vont dans le sens de l’histoire énergétique. Il y a assez de procédures pour que la Suisse ne devienne pas un parc éolien. Le paysage en sera moins défiguré qu’il ne l’est pas les lignes à haute tension. Les autres énergies mentionnées ont progressé beaucoup ces derniers temps dans leur capacité et leur rentabilité. Il y a un avenir économique, financier, social évident dans ces domaines. Enfin, les possibilités d’économiser l’énergie, par exemple dans les bâtiments, sont elles aussi encourageantes. On peut, là encore, trouver des incitations sans sombrer dans une bureaucratie trop lourde.
Tout cela étant considéré, on ne croit pas au caractère inéluctable d’un manque obligeant à une augmentation d’importations discutables. A terme, n’est-ce pas, au contraire, un refus d’une orientation moderne vers l’avenir qui nous laissera plus dépendant ? Certes, rien ne dit, qu’un jour, un recours au nucléaire avec des centrales sûres et ne créant pas des déchets inquiétants, ne soit possible. Alors, on verra. Mais pour l’avenir prévisible, il faut sortir du nucléaire en misant sur les énergies renouvelables et en rentabilisant la consommation par diverses mesures adéquates.
Ainsi donc, d’un côté les inquiets, les sceptiques ; de l’autre la pari de la confiance pour suivre le chemin indiqué par le Conseil fédéral et le Parlement. Cette option nous paraît la plus prometteuse.

 

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08/05/2017

L'élection française vue de Suisse

 

Il faut saluer la victoire d’Emmanuel Macron. C’est un exploit individuel et collectif impressionnant ; cela même si sa victoire au deuxième tour s’appuie largement sur ceux qui ont surtout voté contre Marine Le Pen. Que se serait-il passé si François Fillon n’avait pas été englué dans les affaires ? Gageons qu’il aurait participé au duel final, sans doute au détriment de Marine Le Pen dont il n’était pas très éloigné au score du premier tour.

 

Assassinat politique, comme il dit ? Sans doute. Scandale des fuites et des relations incestueuses entre la justice et les médias, selon la phase de Jean-Pierre Chevénement ? Assurément. Mais les erreurs de jugement et sa mauvaise réaction de défense indiquent aussi sa part de responsabilité personnelle dans ce ratage électoral. Il l’a d’ailleurs reconnu. Passons. Reste à voir quelle composition aura la nouvelle Assemblée qui sortira des urnes le 18 juin prochain. Suivant les scénarios se produisant , le quinquennat pourrait tanguer de gauche à droite.


L’observateur peut se poser la question : y aura-t-il un consensus dynamique autour d’un Président qui se dit déterminé à accomplir des réformes indispensables ? Avec Fillon, la détermination était claire. Avec Macron, malgré les mots, c’est l’attente. Toutefois, une position est encourageante : son engagement européen. Dans une période où le risque de repli des nations sur elles-mêmes est grandissant, la chance est là d’avoir en France un jeune Président qui croit à la conjonction indispensable des dimensions nationales et européenne. Lui qui n’est pas un meurtri de la dernière guerre mondiale, rejoint les pères fondateurs et comprend que rien de bon, rien de sûr,rien de prospère, rien de prometteur pour la jeuesse ne peut se réaliser sans une articulation européenne forte. Il a compris également que le moteur de l’Europe devait se brancher sur le couple franco-allemande.


Même en Suisse on doit s’en féliciter. Si notre pays, de par son identité particulière et une méfiance de longue date tient à garder une certaine distance vis-à-vis de la construction européenne, elle dépend largement de la solidité de cette dernière. La Suisse en contre-point et non pas en plein dedans, soit : mais en lien étroit et en flux réciproque vital. Or, certains nient cette réalité existentielle et cette nécessité. Ils confondent indépendance dans l’interdépendance et une crispation faussement identitaire, nuisible à la prospérité et à l’assise de la Suisse en Europe.


Cela, on vient de le voir encore avec le discours follement applaudi de Christoph Blocher devant l’Assemblée de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre. Cette fois, il s’agirait d’une Initiative populaire s’attaquant directement à la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. L’interdire à tout jamais par un article dans la Constitution. Aberrant ! Et, en attendant, s’ opposer de toutes les manières à la politique du Conseil fédéral et du Parlement qui cherchent à concilier l’Initiative contre l’immigration massive et l’Accord avec l’UE. Casser, en quelque sorte la chance d’une négociation avec Bruxelles. Quelle erreur incroyable !


On aimerait qu’une jeunesse, s’interessant davantage à l’histoire, ressente la chance offerte par une Europe harmonisée, le risque économique et politique d’une Europe déarticulée. On aimerait qu’elle comprenne et ressente la nécessité historique , pour la Suisse, de développer un lien institutionnel et des relations concrètes fortes avec une Europe dont elle est partie prenante ; fût-ce en singularité.

Alors oui, de ce point de vue l’élection d’Emmanuel Macron est une bonne nouvelle.

 

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11/04/2017

Pas de vie sans la mort

Un exposé et une prédication entendus, la même semaine : Marie Cénec et Vincent Schmitt. C’est probablement ce que l’on peut entendre de mieux actuellement au sein de l’église protestante genevoise. Un regret : que ces réflexions fortes, incitatives à la méditation et à la sensation n’aient pas à disposition les voies et moyens d’un écho plus large. Un problème actuel des églises.
Que retenir ? L’homme peut-il vivre sans Dieu ? Oui, sans aucun doute. Peut-il atteindre personnellement le même niveau d’éthique, d’humanité, de moralité qu’un croyant ? Oui encore, sans aucun doute. Alors pourquoi se prendre la tête et vouloir qu’une foi apporte des réponses aux mystères insondables ?
Or, il y a d’abord une observation . Les religions ont, certes, souvent déroulé le pire dans l’histoire des hommes. Tuer au nom de Dieu, quelle abomination ! Mais elles ont aussi inspiré le meilleur. Nombre d’intellectuels athées, agnostiques le reconnaissent. Les bases, le socle de nos valeurs qui irriguent nos sociétés viennent de nos racines spirituelles. Il a fallu une dimension de transcendance originelle pour développer des sociétés civilisées.

Mais il y a plus à dire. L’homme sans Dieu admet donc que sa vie est un bref parcours finissant dans le néant. Logiquement, il doit également penser que l’univers né du bing bang n’est que le fruit du hasard et de la nécessité, pour parler comme Jacques Monod. Or, si vraiment, nos société n’étaient plus que La réunion d’hommes ne ressentant aucune expérance au-delà de la vie terrestre, tout l’édificie se voulant auto-suffisant deviendrait bien fragile. La mort, porte close après la courte vie et porte ouverte sur le rien ! Quelle que soit l’exigence éthique de l’athée, n’y a-t-il pas un arrière- fond de désespérance, une arrière-goût d’absurde ?

D’ailleurs, si certains s’en arrangent, on voit poindre la tentation de conjurer cette échéance de la mort, d’apporter sinon un espoir d’immortalité totale, du moins une perpective de longévité inouïe qui y tende. C’est à quoi visent les théories trans-humanistes qui fleurissent particulièrement aux Etats-Unis. En pays francophone, un Luc Ferry en a présenté une analyse. On voit des milliardaires américains foncer et investir dans ces recherches vertigineuses. A la fin du siècle présent, les gens qui le voudront pourront vivre mille ans, déclare l’un d’eux le plus sérieusement du monde. Avec quel corps aux organes constamment renouvelés ? Avec quelles connexions entre le cerveau et des robots ? Ce serait, aux yeux des ces mordus, l’ouverture d’une aventure humaine passionnante.

On n’ose pas imaginer les ruptures d’équilibre géo-politiques, économiques et sociales qui pourraient découler de cette <aventure passionnante>. Car la mort, soit La durée limitée des corps vivants est au cœur des équilibres de la création. En fait, s’agirait-il encore de l’espèce humaine ?

Il ne s’agit pas de jouer ici au vieux ronchon faussement austère. La durée de vie des hommes s’est énormément allongée ; grâce à une élévation du niveau économique, à la médecine, à l’hygiène, au soin que l’on prend de sa personne. On ne peut que s’en féliciter. Mais, si sa propre personne devient l’unique objet de sa préoccupation, si la partie est obsessionnelement prise pour le tout, alors, où se placent le sens, la dimension de la vie ? Que devient l’interrogation troublante mais tellement essentielle sur le mystère de la création, sur la relation de l’homme avec cette dimension, sur le devenir de quelque chose de soi après la mort ? Tous les grands mythes, toutes les grandes religions, toutes les grandes philosophies ont discuté de cela. Quel serait l’intérêt de la condition humaine, sans réflexion et intuition à ce sujet ?

Voilà pourquoi , rien n’est plus beau, plus fort, plus perturbant mais profondément émouvant que cette histoire humaine et post-humaine de Pâques ; c’est-à-dire de mort puis de résurrection, soit une incarnation indiquant une continuité au-delà de la mort : mais autrement, vers autre chose. Finalement---et ceci est évidemment une conviction personnelle---, l’homme sans Dieu et visant uniquement sa longévité---, serait une sorte de mort vivant. Nous voulons penser que cela n’adviendra pas et que l’homme intégrant en lui le fait la mort prolongera sa raison d’être.

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14/03/2017

Démocratie:conviction et contradiction

Longtemps, l’autorité politique s’est réclamée du droit divin. Les conceptions ont évolué. Aujourd’hui, sous nos latitudes, s’est ancré le principe de laïcité. Cela n’extirpe pas nos racines. Ainsi, la réflexion sur la politique peut utilement se nourrir de réflexions sur la spiritualité. Récemment, la pasteur Marion Muller- Collard, dans un petit livre accrocheur intitulé <l’intranquillité>, s’inspire de Blaise Pascal. L’idée est que la vérité ne vient pas à l’esprit d’un coup, ne se traduit pas dans un bloc immuable. En Chrétienne, la pasteur cite évidemment Jésus : <je suis le chemin, la vie>. Autrement dit, il faut marcher sur un chemin tout sauf facile. Suivre une ligne directrice, guidée en l’occurrence par la foi ; mais sans éluder jamais les questions difficiles. Blaise Pascal pratiquait l’exercice de la contradiction : un argument devant rencontrer nécessairement un argument contraire avant de se développer pleinement. A la fin, loin d’être affaiblie, la conviction ne peut en sortir qu’élargie, éventuellement corrigée, certainement renforcée.
Ne devrait-il pas en être ainsi en politique, dans un véritable esprit démocratique. Or, on constate très souvent ceci : dès que l’on parle politique, giclent les affirmations péremptoires, la condamnation immédiate de la contradiction. L’art du dialogue, de la confrontation des idées laisse place au choc des émotions. Lors de la discussion politique, on glisse vite dans un mécanisme cérébro- hormonal qui n’est plus très rationnel. En temps normal, la conséquence n’est pas grave mais dérériore la qualité du débat. En temps troublé, on sait où cela peut mener. Le non art de la contradiction débouche sur un terrain miné et la conflagration.
Certes, la politique est aussi un combat.Il peut être rude. Il ne s’agit pas de faire dans l’angélisme. Mais un vrai Libéral, viscéralement attaché à une vraie démocratie, aura toujours à cœur et à l’esprit de frotter sa conviction à la contradiction. Car tel est le chemin, la vie…

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04/03/2017

L'alpiniste qui dévisse

François Fillon, l’alpiniste accompli, est dans la tourmente mais il s’accroche, enfonce son piolet dans une roche devenue soudain friable, ne renonce pas, ou pas encore, refuse de faire demi tour. Du courage ? De la ténacité ? Des qualités qui pourraient être nécessaires dans la fonction de Président ? Sans doute. Et puis, on a le droit d’exprimer une certaine empathie. Ce qu’on lui reproche, ce dont on le soupçonne est-il si grave ? En Suisse, un parlementaire fédéral reçoit, outre son indemnité, une somme ,--il est vrai assez modeste--, qu’il peut utiliser ou non pour rémunérer un assistant l’ aidant dans dans son travail. En France, c’est l’État qui paye le soutien, pour une assistance annoncée en bonne et due forme.

Soit. Mais la déclinaison de cette activité est en main du député. Alors, entre l’emploi fictif et coupable et l’assistance vraiment pleine et dense, il y a tout un éventail de prestations dont les contours sont difficiles à préciser. La pauvre Pénélope s’est probablement perdue de bonne foi dans ce flou juridique et pratique.

Autre remarque. Le lâchage en cascade des <amis> auquel on assiste ne respire pas tellement le courage et la loyauté. Au lieu de serrer les rangs on s’exfiltre. Certains ont envie de ne pas être repérés plus longtemps comme étant les matelots d’un capitaine en perdition. Ce n’est pas forcément le sentiment vertueux qui les anime.

Bon ! mais une fois cela dit, on voit d’autres aspects du caractère de François Fillon. Comme il arrive souvent aux politiques, il confond son destin personnel avec l’intérêt général. Oui, avant la tempête, il était fondé à coonsidérer que le redressement de la France passait par lui. Il était la chance d’une vraie alternance. Mais aujourd’hui, que ce soit injuste ou non, sa personne devient la garantie, pour la droite, de perdre l’élection. L’alpiniste, qui s’accorche et croit voir le sommet malgré les vents contraires, est en train de dévisser comme un somnambule. Or, sa chute sera celle de son camp. Du courage, on passe à l’obstination, de la ténacité à l’égocentrisme. Perte de lucidité et du sens de la responsabilité,

Car, de surcroît, l’imprudent, qui se voyait comme l’incarnation de la vertu et de la transparence, stigmatisait en douce ses rivaux à la primaire.. <Imagine-ton de Gaulle mis en examen ?>. Et pif sur le nez de Sarkozy et aussi de Juppé condamné naguère. Et cette phrase : <je ne me retirerai que si je suis mis en examen>. Il va l’être et ne se retire pas. Dès lors, il est pris au piège de sa propre posture. L’image se lézarde. Les qualités ne sont plus retenues. Le programme devient inaudible.

Sa dignité eût été de passer aussitôt la main, quitte à appeler le remplaçant à endosser des points forts de son programme, lequel lui avait fait gagner la primaire de la Droite et du Centre. Enfin, il y a une leçon à recevoir devant cette péripétie électorale et judiciaire. En politique, il ne faut pas jouer au grand vertueux devant l’Eternel. Il faut être lucide, cohérent, crédible. En somme, toute personnalité politique ambitieuse devrait avoir autour d’elle un ou deux compagnons de route à l’écoute du monde extérieur, brisant le vase clos et faisant office de garde fou. Pénélope, sans doute femme aimante et dévouée, mais peut être trop pour avoir été cet ange gardien nécessaire. Vous savez, on aimerait presque la consoler.

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31/01/2017

RIE 3: vision économique contre myopie comptable

Disons le tout net, les interventions des anciennes Conseillères fédérales Evelyne Widmer-Schlumpf et Ruth Dreifuss contre le projet fiscal fédéral RIE3 nous ont choqué. Il y a le devoir de réserve, sauf en cas de renversement politique majeur. Qu’Obama critique la décision inacceptable de Trump sur les immigrés musulmans, c’est bien. Que les deux anciennes membres du Collège gouvernemental se lancent ici dans l’arène, c’est déplacé.

Sur le fond, l’ancienne ministre fédérale et cantonale des finances aurait pu se demander pourquoi tant de ministres cantonaux, à l’instar du Conseil fédéral et du Parlement, sont pour la réforme. Ruth Dreifuss, elle, pourrait s’interroger sur le choix, par exemple, de la ministre socialiste des finances à Bâle, laquelle soutient résolument le projet fiscal. De même, l’engagement conjoint du PLR Pascal Broulis et du Socialiste Pierre-Yves Maillard dans le Canton de Vaud ne semble pas la troubler. Ils savent que 82% de leur impôt cantonal sur les bénéfices vient des multinationales. Presque 70% à Genève.

En fait, on voit bien deux approches. Visant le recul, dans un tout premier temps, des recettes fiscales fédérales et cantonales résultant du projet, la Gauche crie au risque d’affaiblissement de la fonction publique et à la menace contre les prestations sociales. L’épisode précédent de RIE2 a pourtant démontré le contraire. Il y a toujours, à gauche, cette agressivité plus ou moins affirmée contre le Capital. L’égalité de traitement exigée par l’accord avec l’UE fait se rejoindre vers un taux de l’ordre de 13% les impôts sur le bénéfice de toutes les entreprises. Les grandes multinationales perdent leur statut spécial mais les entreprises indigènes voient leur taux baisser. Logique et raisonnable, non dissuasif et équitable. En plus, certaines déductions seront possibles pour l’impôt cantonal parallèle, en regard de leur degré de capitalisation. Scandale s’offusque la Gauche. Des cadeaux prévisibles aux actionnaires ! Tandis que les habitants non privilégiés, eux… Relevons ici, en passant, que Genève a des taux d’impositions particulièrement élevés sur les hauts revenus et les classes moyennes dites aisées ; tandis que 34% de particuliers ne payent aucun impôt sur le revenu. L’assiette fiscale est déséquilibrée. C’est malsain. C’est contraire à une équité fiscale et à une conscience civique qui voudraient que chacun contribue, si peu que ce soit, à l’effort commun. Mais, à Genève surtout, court cette obsession de surtaxer les riches, les patrons, leurs entreprises et de redistribuer au maximum. On aura toujours et encore, ce parfum persistant de lutte des classes.

A l’inverse, il y a une vision économique à moyen et long terme que partagent la Droite et les Sociaux-démocrates réalistes. De ce côté, on a compris que comptent l’attractivité, la compétitivité permises par le lieu d’implantation ; c'est-à-dire, chez nous, nos cantons et notre Confédération. Les entreprises multinationales doivent contribuer, bien sûr, aux rentrées fiscales, mais dans une mesure qui les rassure, les incite à demeurer, à venir. Les entreprises indigènes, grandes, petites ou moyennes doivent aussi contribuer à l’effort fiscal ; mais dans une mesure qui les rassure, les incite à investir, à prospérer, à embaucher. Car oui, le prolongement de ce dynamisme en continu se traduit par des emplois. Et à terme, tout cela assure des rentrées fiscales dans la durée. Trop d’impôts tuent l’impôt. Une économie sans trop de boulets fiscaux crée l’impôt.

On nous parle de la fonction publique qui serait en péril. A Genève, qui ne voit qu’elle est trop nombreuse et financièrement trop lourde. Mais c’est un autre débat. De toute manière, sa pérennité dépend de la solidité financière de l’Etat, laquelle dépend de la vitalité économique.

On l’observe donc : vision comptable à court terme contre vision économique à moyen et long terme. Quelle est l’approche qui donne, finalement, le plus de champs au progrès social ? Poser la question c’est y répondre. Voilà, mesdames les anciennes Conseillères fédérales, ce que vous auriez pu au moins retenir comme étant une argumentation défendable. A défaut de vous convaincre, cela aurait dû vous amener à ne pas déroger à votre devoir de réserve.

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26/01/2017

Mort de l'Hebdo: et ensuite?

L’annonce de la disparition de l’Hebdo a été un coup de tonnerre et fait un peu mal. L’auteur de ces lignes ayant eu, comme base, une activité de journaliste, qu’il lui soit permis, pour une fois, un ton personnel. Je sais ce qu’est, pour ceux qui en vivaient, la disparition d’un journal. Je porte encore le deuil de celle du Journal de Genève. J’ai une pensée pour Jacques Pilet, son fondateur. Pourtant, je n’ai pas toujours apprécié sa ligne consistant en un journalisme d’investigation ou d’information orientée ; c’est à dire d’enquêtes dont on savait dès la première ligne quelle serait la conclusion. Conscient de mes lacunes dans ce genre de journalisme là, je préférais la rigueur d’un Roger de Diesbach par exemple. Toutefois, l’hebdo fut une belle histoire. Je pense à tous les rédacteurs en chef qui se sont succédé avec une pensée particulière pour Ariane Dayer, dont le talent, heureusement, a pour trouver sa place au Matin Dimanche. Surtout, l’Hebdo a créé des événements, des forums de réflexion, des discussions. Il s’est engagé dans des débats sur l’Europe. Il a fait vivre intellectuellement, politiquement la Suisse romande. Un périodique comme l’Illustré prendra-t-il un peu la relève ? Ce ne pourra être la même envergure. Les éditeurs, Ringier-Springer, ont-ils voulu choisir entre l’Hebdo et le Temps, quotidien à vocation romande ? On aimerait croire au moins à la pérennité de ce quotidien, plutôt que de craindre la fragilisation de l’autre enfant du Groupe après l’abandon de son aîné.

 

Bien sûr, la presse écrite est en danger. Certes, une évolution se fait vers les textes en ligne, de plus en plus utilisés par les jeunes générations. Pourtant, afin de permettre des réflexions bien communes, des discussions, des relectures à tête reposée, le texte électronique aura-il le même apport que le texte imprimé ? J’en doute. J’ai des craintes quant à la nourriture intellectuelle et civique, quant à la présence médiatique en Suisse romande face à la Suisse allemande majoritaire ; ce qui a des incidences sur l’articulation confédérale de notre pays.

 

Je ne crois pas à la vertu du soutien direct de l’Etat. Mais je pense que des milieux économiques, intellectuels, politiques devraient entrer dans des échanges approfondis pour savoir comment garder une presse de qualité de référence assumant un rôle essentiel pour tous et pour chacun.

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09/01/2017

Plaidoyer pour l'élégance

Plaidoyer pour l’élégance

 

Chaque premier de l’An l’Eurovision diffuse le concert du nouvel an donné par l’orchestre philharmonique de Vienne. Chaque fois, c’est un honneur et manifestement un plaisir pour le chef invité. Ce l’est aussi pour le public, d’une élégance vestimentaire que ne le cède en rien à celle des musiciens. Les Srauss père et fils sont incontournables et tout le monde les attend, les accompagne. Les téléspectateurs ont droit, en sus, aux évolutions des danseurs de l’Opéra de Vienne. Il y a comme un parfum de nostalgie de l’Empire Austro-hongrois, comme si, avec Stephan Zweig, on voyait le train pour l’exil emmener le dernier Empereur Charles.

 

Ce concert, événement un peu décalé d’un temps révolu ? Sans doute. Mais que ce petit moment d’élégance est agréable à voir, à entendre, à ressentir. Elégance, le mot est lâché, quitte à se faire moquer et traiter d’élitiste. On a l’impression qu’elle seperd. La grande avancée bienfaisante de la démocratisation, y compris culturelle, devait-elle fatalement diminuer le champs vivant de l’élégance, introduire de l’uniformité gris souris ? Oh, il ne s’agit pas seulement de l’élégance vestimentaire, encore que l’on puisse regretter que les gens ne s’habillent pas pour honorer, suivant la nature du spectacle, les artistes qu’ils vont voir ou entendre. Mais on pense aussi à l’élégance du langage, du comportement.

 

Soyons lucides. Des personnes présentant bien, comme on dit, s’exprimant bien peuvent cacher une vulgarité de pensées et de sentiments. Tout au contraire, tels ou tels ne se souciant guère de leur apparence et de leur vocabulaire, ou qui les cherchent à leur manière provocatrice et marginale peuvent avoir une noblesse intérieure. Ne soyons pas des doctrinaires de l’apparence.

 

Toutefois, il y a quand même un certain lien entre les aspects de l’élégance. Celui qui aime la belle littérature, qui admire les belles choses, qui goûte la beauté de ce qu’il voir, qu’il entend, qui prend soin de sa personne, qui cultive la richesse de sa langue maternelle , qui pratique la courtoisie dans sa relation à autrui, bref qui conjugue l’élégance personnelle et le respect de l’autre, oui celui- là, à son échelon, fait oeuvre de civilisation.

 

A l’échelle collective, cela concourt à une civilisation. Même dans la confrontation politique, il est possible de garder l’élégance dela forme et le respect du contradicteur, de ferrailler sur les idées sans attaquer la personne ; pour autant que cette dernière soit bien sûr estimable, ce qui est le plus souvent le cas.

 

Beaucoup de vœux, de souhaits ont été exprimés en ce début d’année. Eh bien, que s’exprime ici le léger plaidoyer pour l’élégance.

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24/12/2016

Voila le monde tel qu'il est

Voir le monde tel qu’il est!

 

Quelle fin d’année ! Les images d’Alep dévastée. Un marché de Noël à Berlin victime d’un terroriste. Comment prêcher l’amour, la paix au milieu des folies meurtrières. Il y a une semaine, 'l’Appel Spirituel' conviait à sa rencontre annuelle une invitée principale: une femme écrivain musulmane, Karina Berger. Elle a mal à son Islam. Elle a expliqué, exprimé plutôt de manière émouvante ce qu’était le sien, sa lecture du Coran ; si loin des dévoiements, si proche du meilleur de toutes les confessions. Oui, ces messages, ces appels à autre chose, il faut les écouter, s’en imprégner.

 

Et pourtant, dans la perception du monde compliqué, pour une maitrise relative des événements, il y a aussi une responsabilité de lucidité et de réalisme. Dans les guerres, notamment civiles, il y a rarement un camp totalement du bien contre un camp totalement du mal. Ceux qui se parent de vertu ont souvent des arrières pensées, des intérêts qui n’ont rien de pur. Et à ceux qui croient partir en croisade, il faut leur rappeler l’adage ironique qui dit que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. Quelques exemples: l’Occident a fait tomber Kadhafi en Libye sans assurer le suivi. Il s’en suit, notamment, un chaos politique et le passage d’un flux si périlleux mais aussi inquiétant de migrants africains vers l’Italie.

 

Les Etats Unis ont éliminé Saddam Hussein. Que de désordres et de guerre depuis en Irak. Et l’avènement de Daech. On a les yeux braqués sur Alep la tragique. Mais les opposants dits modérés et divisés ont très vite été noyautés par les extrémistes, lesquels ont pris en otage les civils dans leur résistance à Alep. Ces gens là n’ont rien à voir avec la liberté. On critique beaucoup la Russie de Poutine. Cetes, le personnage n’est pas un enfant de cœur et n’a pas été nourri au biberon de l’esprit démocratique. La Russie n’a pas de tradition à cet égard. Mais que d’erreurs l’Occident n’a-t-il pas commises. Analyses simplificatrices sur l’Ukraine, condamnations précipitées, sanctions discutables, provocations politico-militaires donnant aux Russes un sentiment d’injustice, d’encerclement et suscitant la nationalisme.

 

Parfois, on se met presque à regretter des politiciens au sang froid, des Nixon ou des Kissinger. Ils manquaient de sensibilité pour les droits de l’homme qu’il ne faut jamais oublier ; mais ils ne commettaient pas d’erreurs d’analyses majeures. En cela, ils donnaient de meilleures chances à la paix. Un mot en cette période de Noël sur les réfugiés, les requérants d’asile chez nous: oui, on est choqué lorsqu’une décision fédérale de renvoi frappe des personnes semblant déjà bien intégrées et appréciées de leur entourage. Toutefois, comme l’a relevé franchement Pierre Maudet, ce serait hypocrite de ne pas voir le problème d’ensemble, la nécessité d’un cadre légal, d’une loi définissant les critères d’admission. L’ignorer serait tendre la perche aux nationalistes outranciers.

 

On le constate : rien n’est simple dans cet écheveau international et national. Formulons un vœu pour l’année prochaine : que se découvrent plus et mieux les intersections favorables aux élans du coeur et aux actions réalistes. L’humanité se perdra si elle oublie trop la compassion, la fraternité et l’amour. Mais elle explosera si des esprits lucides aux commandes ne prennent pas en compte les complications et les contradictions du monde afin de trouver des équilibres realists.

 

Joyeux Noël!

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08/12/2016

Fillon:quelques mois pour convaincre

En France, Manuel Valls a beau être totalement impliqué dans le quinquennat de François Hollande, sa manière personnelle d’être et d’agir pourrait lui valoir de gagner la primaire de la Gauche. A droite, François Fillon est le candidat bien affirmé. Il est favori mais il est bien placé pour savoir que les sondages ne sont que la photographie d’un moment et que rien n’est joué pour lui.

 

Beaucoup pensaient qu’Alain Juppé rassemblerait plus la Droite et le Centre. Or, la primaire a fait émerger le candidat de la clarté sans concessions, de la vérité dite crûment. La question est de savoir si la majorité des électeurs est prête à avaler les remèdes forts qu’il propose. C’est vrai que la France, si riche de talents et de possibilités traine des boulets qui entravent son vol. Divisions chroniques, bureaucraties paralysantes, fonction publique pléthorique, syndicats aussi politisés que peu représentatifs et archaïques, droit du travail écrasant dissuadant notamment les PME d’investir et d’embaucher, fausse protection sociale dans la durée à cause des effets pervers de la rigidité sur les licenciements, braquée uniquement sur le court terme, répartition confuse entre les différents échelons politiques tels l’Etat, les régions, les départements, les communes.

 

On pourrait continuer le catalogue. Il y a aussi cette propension bien française à dramatiser des débats théoriques, idéologiques et cette difficulté à nouer des dialogues politiques, économiques et sociaux constructifs. En caricaturant, on dirait que la France, après avoir tué la monarchie tout en gardant son parfum, dans une éternelle valse hésitation entre Robespierre et Bonaparte. Un vrai courant libéral, moderne et réformateur est un ruisseau que l’on peine à trouver.

 

Alors François Fillon ? Serait-il le premier à oser dire toutes les choses, à proposer un véritable programme de réformes ? On en a l’impression et on aimerait tellement qu’il réussisse. Il va lui falloir rassembler, donc arrondir certains angles sans dénaturer ses idées.

 

Il devra persuader les fonctionnaires qu’ils auront à gagner d’un statut plus mobile et tendu vers l’efficacité. Quant aux suppressions, la méthode sera importante et nécessitera un dialogue. En outre, il faudra des garanties de qualité par exemple pour l’enseignement et la police. Il faudra démontrer que cette qualité et l’efficacité ne sont pas liées uniquement au nombre des professeurs ou des policiers.

 

Il y a aussi particulièrement la question des soins médicaux, de l’assurance maladie. Rationaliser, éviter les abus, soit ! Mais il importe que toute personne aux bas revenus n’ait pas de problème financier pour bénéficier des soins de base. François Fillon a compris qu’il devait clarifier vraiment ce point. Bref, cela va être un combat avec des réactions plus que vives. Si Fillon est élu, s’il tient ensuite le choc sur l’essentiel tout en nuançant là où ce sera nécessaire, s’il entraine le pays dans ce mouvement décisif il aura une chance d’entrer dans l’histoire comme celui qui aura enfin permis à la France de s’adapter au contexte mondial et d’entrer pleinement, avec ses atouts, dans le XXI ème siècle.

17:24 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer | |  Facebook | | | |

27/11/2016

Sortie du nucléaire: garder l'élan

Sortie du nucléaire : garder l’élan

 

Ici même, nous avions admis que l’Initiative voulant accélérer la sortie du nucléaire comportait sans doute un risque quant à la fourniture en électricité ; mais qu’il n’était pas fou d’oser ce choix en pariant sur une mise à disposition accélérée des énergies nouvelles. Le peuple et les cantons, majoritairement, ont estimé que prendre ce risque n’était pas raisonnable.

 

Dont acte ! Mais alors, ne nous trompons pas et ne nous laissons pas tromper sur l’interprétation du résultat. Il n’indique en aucune façon une volonté de s’accommoder durablement du nucléaire. Il s’agit maintenant, pour les partisans de l’Initiative et pour les opposants mais partisans sincères et résolus de la stratégie 2050, de se rassembler afin de baliser réellement ce chemin vers la sortie du nucléaire.

 

En effet, il y a ceux qui refusent cette stratégie du Conseil fédéral avalisée par le Parlement. Une votation populaire est donc prévisible. Certes, un Libéral n’aime guère, en principe, l’intervention étatique et la programmation politique dans le domaine économique ; sauf à offrir des conditions cadre favorables. Il fait souvent confiance aux forces du marché et aux avancées technologiques Mais, dans le domaine énergétique cela ne fonctionne pas bien. Autant l’interconnexion des réseaux à l’échelle européenne est une bonne chose, autant la surproduction à cette même échelle a des conséquences négatives. Ainsi, l’énergie d’origine fossile, --telle le charbon si polluant--, ou l’énergie hydraulique ont des prix surbaissés qui n’incitent en rien aux efforts d’adaptation. Les entreprises gérant ces ressources ploient d’ailleurs de plus en plus sous le fardeau d’un manque de rentabilité, y compris pour le nucléaire. Mais cette paralysie encombre le marché. Même un Libéral peut donc rejoindre les écologistes sur l’idée qu’une taxe sur les importations d’énergie fossile, particulièrement ; taxe servant à nourrir les subventions visant à développer les énergies renouvelables.

 

Certes un renchérissement de l’énergie ne serait pas sans conséquence sur les entreprises et l’économie en général. Mais on est bien devant un choix politique très important qui dépasse une approche purement économique. Il faut sortir du nucléaire, développer jusqu’à la rentabilité générale les énergies renouvelables. Il faut des mesures technologiques accrues (dans le bâtiment notamment) ainsi que des incitations aux comportements plus adéquats afin d’obtenir des économies d’énergie. Dans la période de transitions que nous vivons, l’Etat a évidemment un rôle moteur.

 

Progressivement, les entreprises d’électricité, d’ailleurs largement en main d’entités publiques, retrouveront une activité équilibrée s’inscrivant dans un équilibre de société. Progressivement, il devrait en aller de même à travers toute l’Europe qui a le devoir de montrer la direction à suivre pour la sauvegarde de notre planète et de nous autres frères humains qui en avons la charge, et qui n’en ont que trop détérioré les équilibres existentiels.

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13/11/2016

Nucléaire :oser l’Initiative

Le vote sur l’Initiative pour la sortie du nucléaire repose sur une question de rythme, de confiance ou de méfiance. En effet, si quelques uns résistent encore à l’idée qu’il faut organiser cette sortie selon un calendrier à préciser, la majorité du parlement comme, --semble-t-il--, la majorité du peuple souscrit à cette option générale.

 

Mais, tandis que l’Initiative veut un processus accéléré de sortie, le Conseil fédéral propose, à l’incitation de Doris Leuthard , un processus davantage étalé dans le temps. Il prend en compte les besoins de l’économie et des personnes en approvisionnement électrique. Il n’y a donc pas de dates prescrites pour fermer les centrales nucléaires. Le contrôle de sécurité doit être strict et le terme évoqué est 2050.

 

Du côté des Initiants, on fait valoir que les centrales nucléaires helvétiques ne sont plus rentables, qu’elles sont vieilles, voire très vieilles pour quelques unes, et qu’il importe d’accélérer le remplacement par le recours aux énergies renouvelables, dont la performance technique et le rendement ne cessent de progresser. Doris Leuthard et ses experts nous disent que le rythme exigé par l’Initiative est trop rapide. Afin de couvrir les besoins en électricité, disent-ils, nous risquons d’importer, durant un bon bout de temps, davantage d’énergie étrangère d’origine nucléaire et, pire, de l’énergie fossile émanant du charbon allemand. Un péché écologique et un contre-sens.

 

Seulement voilà : ce n’est pas du tout prouvé. Il semble que l’électricité vendue par l’Allemagne est en bonne partie renouvelable et que le charbon utilisé à titre transitoire est plutôt destiné à sa consommation indigène. Actuellement, nous importons quelque deux tiers de notre électricité et nous en exportons aussi deux tiers : un mouvement de va et vient au travers des réseaux et au gré des saisons : l’hydraulique étant le pivot tournant. Or, il n’est pas impensable d’exporter moins et d’importer moins, en poussant résolument l’exploitation indigène des énergies renouvelables ainsi qu’un programme d’économies d’énergie.

 

Bref, si l’Initiative recèle en effet un risque, difficilement mesurable, quant à notre nourriture électrique durant quelques décennies prochaines, ce risque devrait pouvoir être écarté, moyennant une volonté politique claire. En revanche, quels que soient les contrôles de sécurité avec le sérieux fédéral bien connu, le risque grandissant d’un accident dramatique, risque inhérent à de vieilles centrales ne peut être ignoré.

 

Enfin, puisque la majorité d’entre nous admet, à l’instar de ce qu’il en est dans nombre de pays européens, qu’il faut en terminer avec le nucléaire, pourquoi ne pas insuffler une politique énergique,--c’est le cas de le dire--, allant dans ce sens. Bref, après avoir réfléchi et beaucoup hésité, notre conclusion est celle-ci : osons l’Initiative.

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07/11/2016

Luther, la laïcité et nous

Luther, la laïcité et nous

 

Quel beau culte présidé par Olivier Fatio, à St-Pierre dimanche dernier. Les 500 ans de la Réforme et le rappel de l’influence de Luther : telle était la trame. Reste surtout de Luther cette conviction que la Justice de Dieu n’est pas répressive, qu’il ne faut pas s’essouffler pour échapper au châtiment. Le salut est un don une grâce obtenus par la Foi, la confiance. De cela peut et doit découler une sérénité, un apaisement fortifiant l’engagement, en dépit des ignominies qui parcourent notre monde.

 

Comment ne pas sentir à quel point cet héritage demeure une source de tout ce qui nous a façonnés ensuite ! Tourner le dos à nos racines spirituelles serait plus qu’une méconnaissance déplorable, une ingratitude desséchante ; ce serait une erreur politique et sociétale majeure.

 

Dans la nouvelle Constitution genevoise, il y a un préambule à l’élaboration duquel l’auteur de ces lignes s’était engagé avec feu. Il commence par ces mots : « le peuple de Genève reconnaissant de son héritage humaniste, spirituel, culturel… » Certes, sont aussi évoqués plus loin les apports successifs et la diversité qui constituent ce peuple. Mais l’accent est donc bien mis sur les racines, le ciment historique de base.

 

Alors oui, bien sûr, au fil du temps s’est marquée la distance entre les églises et l’Etat. L’autorité politique, qui s’adresse à tous, s’appuie sur le principe de laïcité. Ce principe met au premier plan les règles de la République, de vie en commun qui s’imposent à tous. Soyons clair et sans langue de bois. Aujourd’hui, la question se présente à cause de l’Islam ; ou plutôt à cause de ceux des Musulmans qui refusent la primauté de la laïcité et certaines règles de vie en commun. On pourrait aussi s’inquiéter du manque de vigueur dans les réactions de Musulmans dits modérés face aux radicaux qui infiltrent leur dialectique auprès de jeunes et dans quelques mosquées. Il importe d’être très ferme là-dessus.

 

Toutefois, un autre risque existe : celui de l’intégrisme laïque, de la mise à l’écart dogmatique des religions, des églises dans la vie publique. Toute relation normale, tout dialogue fécond des autorités avec les responsables religieux pollueraient la sacro sainte laïcité. On n’en est plus à une garantie des principes démocratiques et de la paix confessionnelle ; on en vient à la remise dans les greniers privés de la part religieuse de nos identités. Ce n’est pas seulement une attitude agressive envers, par exemple, les Musulmans membres de notre Communauté nationale. C’est aussi un déni dogmatique de notre histoire judéo-chrétienne. Il paraît que des ayatollahs de cette laïcité guerrière et d’exclusion voudraient interdire le rassemblement de protestants devant le mur des Réformateurs, le premier dimanche de novembre. Ce serait, aux Bastions, une utilisation trop privée d’un espace public. On se pince pour y croire.

 

Le Grand- Conseil est saisi de trois variantes pour un projet de loi sur la laïcité, les relations entre l’Etat et les églises, les entités religieuses. Deux variantes, l’une surtout, expriment une laïcité de combat, d’exclusion, de surdité, de déni historique. Un projet du Conseil d’Etat entend répondre mieux à l’indication de la Constitution dans son préambule. A voir. Puissent le débat et sa conclusion aller dans ce sens. Officialisons les relations normales, souhaitables, claires entre le politique et le religieux ; entre la société et ses composantes religieuses. Et cultivons, à l’intention de tous, le devoir, la responsabilité et la chance de notre mémoire patrimoniale, dont la dimension spirituelle a nourri notre Corps civique et sociétal.

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10/10/2016

Identité heureuse?

Identité heureuse ?

 

Les Suisses romands sont ébahis devant les soubresauts de la politique française, mais, à la fois voyeurs et intéressés, ils la suivent de près. Ainsi, la primaire de la Droite vaut son pesant de spectacle. Signe des temps et des questions graves qui se posent, la notion d’identité au sein de la Communauté nationale nourrit les débats. Ils en deviennent réducteurs à cause de la recherche électoraliste, forcément populiste, d’adhérents par les candidats.

 

Toutefois, derrière l’écume, il y a en effet de vraies questions : ainsi celle de l’identité. Nicolas Sarkozy dépense un peu son énergie hors norme à sauter d’une jambe sur l’autre. Ce qu’il dit n’est pas toujours ce qu’il disait. Qu’importe ici. Son cri patriotique : "nos ancêtres les Gaulois" a fait mouche ; mais en partie contre lui. Il a essayé de nuancer, d’expliquer , mais ses rivaux ont eu beau jeu de le critiquer. Slogan maladroit, sans aucun doute. En revanche, en écartant le politiquement correct, il y a des socles et des mouvements historiques à rappeler, qui ont formé une nation. Il serait si nécessaire d’expliquer aux jeunes, surtout à l’école, comment s’est développée à travers les siècles la France Chrétienne, capétienne, révolutionnaire ; sans tout focaliser, par exemple, sur la méchante colonisation et la normale immigration à assumer avec une dimension de culpabilité.

 

Autrement dit, oui, d’une connaissance, même en survol, des principaux repères historiques à une adhésion aux valeurs fondamentales de l’Etat et de la Société, il y a une relation évidente. On penserait que ces mots s’adressent essentiellement aux immigrés et enfants d’immigrés, particulièrement musulmans. Or, la professeur de philosophie Bérénice Levet, au cours d’ un entretien conduit par le Figaro du 25 septembre, montre que l’ignorance de repères en histoire et en instruction civique atteint tous les jeunes.

 

Citons : "après quarante-cinq années de désidentification religieuse, culturelle et nationale, l’égalité par le bas est presque parfaite entre les jeunes Français de longue généalogie et leurs jeunes concitoyens d’origine immigrée".

 

En somme. À vouloir obstinément écarter les repères nationaux, en croyant écarter les différences discriminatoires et faciliter ainsi l’intégration, on a obtenu l’évolution contraire. L’effacement d’une attraction commune risque de laisser place aux juxtapositions communautaristes.  Le Breton pure souche aux cheveux roux et l’immigré de parents ou grands parents algériens risquent de ne plus avoir le même drapeau et de se regarder en chiens de faïence. Beau résultat !

 

Faut-il tout de même rêver, à l’instar d’Alain Juppé, "d’une identité heureuse" pour tous les habitants de ce qui redeviendrait la douce France de Charles Trenet ? Sans doute, le candidat maire de Bordeaux a-t-il raison de viser ce qui pourrait éclaircir le climat et rassembler des compagnons de route, aptes à concilier leurs appartenances propres et leur habitation nationale commune. Optimiser la démarche plutôt que de dramatiser la situation ? soit ! Il faut en effet distiller un message positif et proposer le respect, les mains réciproquement tendues. Toutefois, puisse le candidat septuagénaire qui en appelle aux jeunes ne pas devenir un marchand d’illusions, une fois la présidence gagnée. Son mentor Jacques Chirac fut un assaillant du pouvoir formidable mais un Roi craignant les remous. Bousculer sans déchirer, bien ; mais bousculer assez et corriger les nombreuses sorties de route serait impératif. Par exemple, revoir de fond en comble l’enseignement de l’histoire et remettre en place une sorte de service national obligatoire, aussi court soit-il.

 

Que de propos sur la France de la part d’un Suisse ! Eh bien, si la toile de fond est bien moins préoccupante pour l’instant, la question de l’identité et de sa prise de conscience se pose aussi ; avec les données de la démocratie et du fédéralisme propres à la Suisse. Dès lors, oui, ce débat français mérite d’être suivi. Ne parlons pas d’Identité heureuse ni de nos ancêtres les Helvètes ; mais trouvons le chemin conciliant fidélité à notre trame de l’histoire et ouverture aux autres. C’est un défi du siècle.

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15/09/2016

Sécurité pour la liberté

Sécurité pour la liberté On a commencé à voter au sujet de la loi fédérale sur le Renseignement. Elle est attaquée par Référendum. La Gauche combat cette révision en puisant dans une crainte viscérale d’un Etat répressif au nom de l’ordre. L’extrême gauche devrait se souvenir qu’il n’y a pas eu pire totalitarisme que sous le drapeau du marxisme. Mais passons. Plus étonnante est la position de jeunes des partis bourgeois, PLR et PDC. Au non de la liberté, de la sphère privée à protéger, ils voient aussi dans ce renforcement des armes étatiques une menace contre les personnes. Dans un premier temps, on a envie de leur dire que l’on apprécie leur attachement aux libertés individuelles et leur méfiance envers l’Etat fouineur. Il est à craindre cependant qu’ils aient réagi davantage par instinct que par raisonnement. Il faut, en bonne attitude libérale, remettre quelques notions à leur place. Oui, un Etat, fût-il démocratique, a une tendance naturelle à envahir la sphère privée des gens ; et cela en tous domaines. Oui, il convient de toujours contenir l’action de l’Etat dans le cadre de l’indispensable. Oui, tout bon animal libéral n’aime pas entendre le pas des chasseurs. Mais alors, mes amis, précisions quelles sont les tâches fondamentales d’un Etat. En jargon on parle des fonctions régaliennes. La réponse est évidente. Au premier rang il y a le devoir d’assurer l’indépendance du pays et d’assurer la sécurité des citoyens. A défaut, il n’y a plus de libertés qui tiennent. Or, depuis longtemps on a compris que le danger d’une invasion classique de la Suisse était faible ; ce qui n’est pas une raison pour casser l’armée dans sa continuité. Mais ce sont les nouvelles menaces auxquelles il s’agit d’opposer un dispositif et une action. Depuis longtemps, le doigt a été mis sur l’insuffisance du service de renseignement fédéral, les limites trop étroites de ses possibilités, l’empêchement d’organiser pleinement les collaborations avec les services étrangers. L’affaire des fiches à laissé la trace d’un traumatisme qui a creusé des failles. Il est donc plus que nécessaire d’étoffer nos services de renseignement, dont l’action doit naturellement s’articuler sur celle des cantons et s’entourer de garde fous judiciaires et politiques. Or, c’est exactement ce que stipule la loi attaquée. Amoindrir encore davantage la marge de manoeuvre des services de renseignement fédéraux, notamment en matière d’écoutes et de surveillance électronique, aurait été prolonger une situation dangereuse d’impréparation face aux menaces terroristes. Que la Suisse soit, pour l’instant, moins une cible que d’autres pays ne nous autorise pas à être le maillon faible dans le réseau de résistance au danger. Nous avons une responsabilité vis à vis des résidents en Suisse et vis-à-vis des autres pays, nos partenaires en sécurité. Ne pas comprendre cela, c’est ne pas analyser les faits et verser dans une défense idéologique de la liberté, sans voir qu’il s’agit précisément de la protéger. S’il devait y avoir, dans la pratique, des excès de zèle, on peut garantir que le dispositif de surveillance mis en place les ramènerait dans le cadre défini. Un libéral démocrate n’aime pas l’ordre pour l’ordre et il cultive la méfiance envers l’intrusion étatique. Mais il soutient ce qu’il importe de faire lorsque la menace est virulente et que la sécurité, gage de nos libertés, est directement en jeu.

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24/08/2016

Tocqueville: libéral, démocrate mais lucide

Tocqueville : libéral, démocrate mais lucide Les vacances ne sont pas toujours là pour vider l’esprit. Elles peuvent offrir l’occasion de l’enrichir. Ce fut bien le cas en ayant la chance d’être invité à passer quelques jours dans la demeure familiale où vécut Alexis de Tocqueville. Oui une chance pour un libéral de ressentir jusques dans les murs le souffle de ce grand maître à penser du libéralisme. Sa famille, toujours présente, promeut avec fidélité son héritage intellectuel. Rappelons qu’il vécut entre 1805 et 1859 ; qu’il s’engagea politiquement avec bonheur dans sa région normande ; qu’il fut député, l’un des auteurs de la Constitution de la deuxième République après la Révolution de 1848 ; mais que le Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le rejeta dans la vie privée. Ce sont évidemment ses écrits qui ont passé à la postérité. Ceux qui désirent avoir une vue d’ensemble rapide auront intérêt à lire une publication aussi plaisante qu’étonnante. L’historienne Charlotte Manzini interroge Alexis de Tocqueville sur toutes choses, comme dans une interview actuelle, et toutes les réponses sont tirées des livres, des discours ou des lettres d’Alexis. Il en découle une sorte d’intimité prenante, rendant l’homme attachant. Mais, surtout, une pensée cohérente, lucide apparait, nourrie d’une conviction, d’une éthique et d’une intégrité impressionnantes. Ainsi sur la démocratie. Aristocrate de naissance et de tradition, ayant eu des membres de sa famille victimes de la terreur, Alexis de Tocqueville n’en est pas moins un progressiste. Il croit au bien fondé de la démocratie, de l’égalité des droits. Mais il rêve d’une société où la liberté possible de chacun le conduirait à s’engager librement pour le bien commun. Or, il craint que l’effacement nécessaire de l’ancienne société élitaire et la généralisation inéluctable de l’égalité ne débouchent sur une sorte d’uniformité, de contrainte émanant de la société elle-même : pour le convenu, le conforme. Il pressent des sociétés où les gens ne s’occuperaient plus que de leurs affaires privées, dans leurs petits cercles, se contentant d’élire des responsables politiques assurant eux le fonctionnement de l’Etat. Un Etat paradoxalement de plus en plus présent, créateur de lois, prenant en charge les exigences de la solidarité organisée, tandis que les citoyens, en dehors des élections, ne s’occuperaient que d’eux-mêmes tout en se ressemblant tous plus ou moins. Cette perspective l’effraie bien davantage que le risque , auquel il ne croit pas, qu’un excès de libertés conduise à l’anarchie. Cela était la crainte souvent agitée dans son milieu social. Certes, ces lignes forcent un peu le trait. Mais la réflexion de Tocqueville, son exigence civique sont propres à renforcer les convictions et l’engagement d’un démocrate libéral. Oui, la liberté pour chacun, l’égalité des droits sont des acquis inestimables. Mais une liberté pour quel usage ? Qu’elle permette un épanouissement personnel, des réussites matérielles, fort bien ! Encore faut-il espérer que cette liberté nourrisse un esprit critique mais positif. Que puis-je apporter, tel que je suis, avec ma personnalité, mes idées à la société qui m’entoure ? Que faudrait-il changer, ou conserver, réformer ou défendre ? Comment participer aux débats fructueux qui permettent à la démocratie de vivre et non pas seulement de fonctionner ? Lorsque l’écrivain suisse Peter Dürrenmatt avait osé, devant Vaclav Havel, dire que ses concitoyens aussi étaient des prisonniers, cela avait fait scandale. A juste titre. C’était indécent. Toutefois, avec le recul et en ayant retrouvé la pensée de Tocqueville, on retient quelque chose de son outrance. Oui, une liberté atrophiée, centrée sur soi-même, sans élan, sans civisme, abandonnant l’esprit critique, adhérant au conformisme ambiant, ne marquant plus une identité personnelle capable d’être un vrai apport aux autres : oui cela peut vous rendre prisonniers de vos manques. Alors, retenons l’appel de Tocqueville à cette liberté- responsable de la personne qu’Un Denis de Rougemont, plus tard, va prôner. Rêvons d’une démocratie dont les valeurs éthiques constitueraient la sève vivante. Et prenons le parti d’agir en ce sens. Ce sera la meilleure sauvegarde face à tout ce qui nous menace et la meilleure promesse d’avenir.

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25/06/2016

Europe-souveraineté et démocratie

Lorsqu’il y a un divorce, c’est rarement la faute d’une seule des parties. Il faut remonter loin, jusqu’au début d’une union pour déceler les premiers germes nocifs. On ne sait pas si les six ministres des affaires étrangères des six pays membres fondateurs de l’Union européenne, qui se sont réunis à l’initiative de l’Allemagne, se sont livrés à cet exercice. Ils ont plutôt parlé des modalités du brexit britannique. Pourtant, ils auraient lieu de s’interroger. La Communauté européenne, prise par une mécanique du mouvement ne s’est-elle pas élargie trop vite , avant d’avoir pu vraiment approfondir son fonctionnement et, surtout, avant d’avoir vraiment trouvé son âme ? Au début, que notamment, l’Allemagne fédérale, treize ans seulement après la mort de Hitler, ait rejoint la France , l’Italie et le Bénélux pour créer les CEE : Quel tournant historique ! Les opinions de ces pays en étaient conscientes. Derrière et au dessus des projets d’harmonisations économiques, cet événement historique marquait les esprits. Robert Schumann, Français de l’Est et Luxembourgeois par sa mère, tendait la main à Conrad Adenauer le rescapé intact de la peste brune. Tous deux retrouvaient à Rome de Gasperi l’Italien. Un berceau émouvant accueillait une nouvelle naissance. Mais pour voir grandir quel être vivant ? Au sortir de la guerre, Winston Churchill évoquait des Etats-Unis d’Europe. Belle vision, mais qui ne précisait guère la forme et qui laissait entendre que le Royaume Uni aurait des liens forts, mais n’en serait pas complètement ; sa vocation particulière l’ouvrant au grand large commercial et stratégique, l’attachant particulièrement aussi aux Etats Unis d’Amérique. De Gaulle avait bien perçu cette ambiguïté britannique. Il ne voulait pas qu’elle entrât dans la Communauté. Mais Londres, constatant une force irrésistible dans cette création, voyant que l’AELE ne pourrait pas la supplanter, voulait rejoindre la CE et finit par y réussir. Or, dans son optique, il fallait empêcher toute tentation insistante de supranationalité et limiter au maximum les atteintes aux souverainetés nationales. L’homme dangereux, aux yeux de Londres, fut Jacques Delors, le Président de la Commission qualifié de Français jacobin Les années ont passé. La portée et la vibration historiques se sont effacées des esprits. Les opinions ont pris l’habitude d’observer les grands marchandages entre les pays : combien pour la politique agricole commune et à l’avantage de qui ? Quelles normes sur la concurrence entre les entreprises ? Quelles règles normatives en tous domaines ? Et puis vint l’Euro. Et puis encore ces adhésions en cascade des anciens pays communistes. Les grands débats sur la question de la souveraineté, sur la question de la démocratie n’ont pu être menés franchement et au grand jour. Souveraineté d’un Etat et démocratie dans son cadre sont constitutifs de nos vies politiques. Lorsque la Suisse moderne s’est créée, en 1848, ce fut la grande question : quid de l’Etat fédéral et quid des cantons ? En 1874 et en 1891 furent mis en place les mécanismes de démocratie directe au sein de l’Etat fédéral. La Suisse n’est pas un modèle. Toutefois, les développements institutionnels se sont faits au rythme des développements économiques. Croire que les peuples pouvaient intérioriser un patriotisme européen au fil de rendez vous essentiellement économiques était une erreur d’aiguillage. Et le cafouillage sur le dossier de la migration n’arrange rien. Certes il est facile d’en juger après coup, mais le constat n’en est pas moins évident. Sans des répartitions claires et bien comprises de compétences entre l’Union européenne et ses Etats membres ; sans une pareille lumière sur les processus de décision et leurs validations démocratiques, on allait vers des réactions au sein des peuples concernés. Pour les partis populistes, Bruxelles devient le monstre froid, anonyme et sans cœur, qui détruit la souveraineté des pays et le contrôle démocratique des peuples. L’Union européenne a-elle donc raté et est-elle vouée à se dissoudre ? Non, telle n’est pas une fatalité. Elle a eu ses ratés et subit ses lacunes. Il faut la réinventer avec de nouveaux traités. Certaines personnalités politiques en sont convaincues. Sans doute, faut-il envisager une Europe à plusieurs cercles, à plusieurs vitesses, ainsi que le préconisait un Raymond Barre, par exemple. A terme, si une telle construction se fait, ou pourrait imaginer des articulations et des regroupements différents suivant les domaines, ou à différents étages de concertation: politiques et stratégiques, économiques et financiers , sociaux, écologiques et autres… Surtout, établir des processus de ratification démocratique mettant en connexion l’Europe et ses Etats membres. Dans le meilleur des cas, cela va prendre des années. Mais le défi est crucial. Et la Suisse, dans tout cela ? Jusqu’au vote de dimanche on pouvait suivre la ligne du Conseil fédéral. Préparer la loi d’application de l’Initiative de l’UDC sur l’immigration, la tenir prête pour les sessions parlementaires de septembre et de décembre ; et parallèlement arracher, cet été, un accord avec l’UE tournant autour de la clause de sauvegarde. Ainsi, au dernier moment, l’accord se grefferait sur la loi : le tour serait joué, l’UE serait apaisée et l’UDC bon gré mal gré serait obligée de prendre acte. Eh bien, le calendrier n’est plus tenable. Bruxelles a un autre calendrier avec la sortie du Royaume uni. Rappelons que la mise en application de l’Initiative doit être faite d’ici à février prochain. On va donc vers une clause de sauvegarde unilatérale qui rendra les choses très difficiles. Dès lors, on ne voit plus d’autre solution que de provoquer un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne. Le Conseil fédéral pourra dire qu’il s’est engagé de bonne foi pour respecter le vote populaire tout en négociant avec l’UE. Il doit mettre désormais tout son poids en faveur d’une ratification par le peuple suisse et les cantons de la libre circulation ; ce qui n’enlèvera pas les éléments de l’Initiative concernant la migration non européenne. Voilà pour le proche avenir. A plus long terme, on aimerait que Berne suive attentivement les efforts de rénovation, à la fois d’approfondissement et de flexibilité du puzzle européen. On aimerait que la réflexion le débat, les propositions remettent la Suisse dans une perspective d’intérêt réel pour la rénovation européenne qui s’impose. Elle pourrait y trouver sa place.

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11/06/2016

Aide au développement : impératif

Dans le cadre des efforts budgétaires Les Chambres fédérales consolideraient les dépenses militaires,--ce qui est normal--, mais resserreraient les dépenses pour la recherche et pour l’aide au développement,--ce qui est une erreur. Certes, la discipline budgétaire est essentielle. Elle est d’ailleurs une obligation constitutionnelle. Mais les choix révèlent des priorités, donc des analyses et des vues sur l’avenir. Là, il importe de ne pas se tromper. Comprimer des dépenses de fonctionnement, maitriser l’effectif et la masse salariale de l’administration, laisser davantage aux cantons ce qui leur incombe… Il y a des pistes. En revanche, le soutien à la recherche, c’est l’ouverture à l’avenir. Quant à l’aide au développement, elle est cruciale : pour des raisons morale, économique, et sécuritaire. Il est piquant de voir que la Commission de l’Union européenne vient de prendre une position en ce sens ; cela par rapport au risque d’une migration, incontrôlée et en partie incontrôlable, à laquelle est confrontée l’Europe. Si des surveillances aux frontières, des procédures entremêlées d’accueil et de refoulement sont incontournables, seul un équilibre mondial incorporant suffisamment de paix et de partage écartera les dangers. Plus les pays en dénuement, désorganisés, en proie aux violences trouveront un chemin de stabilité et de développement, moins sera forte la pression de la migration. Quelles que soient les difficultés économiques et financières des pays européens, c’est la voie à suivre. Que la Suisse ne soit pas membre de l’UE ne change rien pour elle. Le défi européen est totalement aussi le sien. Alors, de grâce, que les politiciens ne réagissent pas à courte vue. Certes, dans l’aide au développement, il a a une part de gâchis, de corruption, et les rééquilibres ne sont pas garantis comme si c’était une recette infaillible. Tant de facteurs coexistent. Mais c’est la voie, la seule voie intelligente à suivre. Cela ne devrait pas être un sujet d’opposition entre la droite et la gauche mais entre des regards myopes et des regards.

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06/06/2016

Démocratie: confiance contre méfiance

Démocratie : confiance contre méfiance Dimanche soir, les visages souriants de Doris Leuthard et de Simonetta Somarugua faisaient plaisir à voir. Les résultats des votations étaient la victoire du Conseil fédéral et du Parlement. On renouait avait l’habitude selon laquelle des initiatives ont peu de chances lorsqu’elles sont résolument combattues par le Gouvernement, le Parlement et une majorité des forces politiques. Encore que… Certains diront que le Conseil fédéral et les partis avaient compris la leçon. Ils se sont engagés ; sauf l’UDC sur l’asile car, au fond, elle était embarrassée. C’est un fait à souligner, bien sûr. Mais il faut observer quelque chose de plus profond. Lorsque le Gouvernement et le Parlement sont désavoués, il s’agit souvent d’une expression de méfiance à leur endroit. Les citoyens ont l’impression que les problèmes qu’ils ressentent, leur craintes n’ont pas été bien vus, ont été mal pris en compte. On peut constater cette méfiance avec les succès de l’Initiative Weber, mais surtout avec la première Initiative de l’UDC sur l’asile (pas celle maladroite sur la mise en œuvre), et, naturellement, avec l’Initiative contre l’immigration de masse qui donne la migraine à toute notre diplomatie. En somme, dans un système de démocratie directe comme le nôtre, les responsables politiques se doivent d’être à l’écoute, de relever les problèmes réels, et même ressentis au-delà de la réalité. Il ne s’agit pas de suivre le peuple par opportunisme. Il s’agit de prendre la pleine mesure du débat, sans balayer les arguments contrariants avec désinvolture. Et puis, s’il faut combattre des Initiatives ou des Référendums, il faut s’engager dans un effort soutenu d’explication, assumer un rôle pédagogique dans le meilleur sens du terme. Des citoyens sur la réserve choisiront la confiance au lieu de se raidir dans la méfiance. Le populisme joue avec l’idée d’une classe politique coupée du pays réel. Le défi est de montrer qu’il n’y a pas coupure. Dans le meilleur des cas, Gouvernement et Parlement choisissent une voie et des solutions claires, qu’ils expliquent clairement. Rien n’est jamais gagné définitivement. Il faudrait peu de choses pour que le peuple, inquiet, ressente le besoin d’exercer une nouvelle pression forte. On pense à la migration. Toutefois, dimanche dernier, on n’a pas seulement eu des résultats mais aussi une marche à suivre.

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